[:fr]Rec>ON (réconciliation)[:en]Rec>ON (reconciliation)[:]

[:fr]Projet : Coopération européenne artistique et citoyenne entre l’Allemagne, l’Arménie, la France et la Turquie sur le thème de la réconciliation

Période : 2011-2012

Partenaires :
La Transplanisphère (France, coordinateur)
Hamazgayin Theatre (Arménie)
Förderband Kultur initiative Berlin (Allemagne)
Deniz Tuney Ltd (Turquie)

Soutien :
commission européenne – Eacea / Programme Culture volet 1.3.5. : coopération avec les pays tiers

Robert Bosch Stiftung – OFAJ DFJW – Institut Français Fond Elysée – Ambassade de France en Arménie – Ministère de la Culture, Drac Ile de France – Conseil Régional Ile de France – Mairie de Paris – Arcadi – DDCS 92
Rectorats de Versailles et Lyon – INJEP – Adami – Spedidam – Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie – TNP Villeurbanne – Ensatt – Jeune Théâtre National – Fineco – l’Étroit Unlimited – Mezzanine Spectacles

 

texte Sedef Ecer (Turquie) / mise en scène Bruno Freyssinet (France) / artiste associé Serge Avedikian (Arménie)

traduction Christoff Bleidt (De) Yvette Vartanian (Ar) Sedef Ecer (Tr)

avec Selin Altiparmak (Tr)   Hadrien Bouvier (Fr)   Tatevik Ghazaryan (Ar)   Vardan Mkrtchyan (Ar)   Julia Penner (De)   Gérard Torikian (Fr)   Andreas Wrosch (De)   Serra Yilmaz (Tr)

assist. mise en sc. Arthur Navellou (Fr)   musique Gérard Torikian (Fr)   costumes Antonin Boyot Gellibert (Fr)   lumière Mariam Rency (Fr)   vidéo Marion Puccio (Fr)  son Samuel Serandour (Fr)   scénographie conçue par Antonin Boyot Gellibert, Mariam Rency, Marion Puccio et Samuel Serandour   maquillage Tamara Baroyan Dir. technique Hamazgayin Tigran Abajyan   construction Albert Hambardzumyan   Habilleuse Siranoush Mkrtchyan   cadre Boubkar Benzabat (Fr)   prise de son Karim Lekehal (Fr)   coordination / direction de production Juliette Bompoint (Fr)   production Christoff Bleidt (De)   Hella Mewis (De)   Banu Ecer (Tr), Burcin Gercek (Tr)   Vardan Mkrtchyan (Ar)   assistants de production et communication Armen Baghdasaryan (Ar)   Hrachya Nersisyan (Ar), Élise Gonin (Fr)

 

Premier projet de coopération avec le soutien de l’UE (Programme Culture). Rec>ON s’inscrit dans une coopération entre des artistes de Turquie, Arménie, Allemagne et France sur le thème de la Réconciliation.

Ce projet se déroule de janvier 2011 à juin 2012 dans les 4 pays partenaires. Il donne notamment naissance à la pièce Les Descendants (Aquarium, Cartoucherie) de Sedef Ecer, mis en scène par Bruno Freyssinet. La Commission Européenne utilise ce projet comme référence en 2012 dans sa brochure Audience Development et Bruno Freyssinet est speaker à Bruxelles lors de la conférence européenne sur ce thème.

Les Descendants, Erevan (Arménie), Oct. 2012
Selin Altiparmak, Tatevik Ghazaryan, Julia Penner, Serra Yilmaz,
Hadrien Bouvier, Vardan Mkrtchyan, Andreas Wrosch

 

 

Il n’est pas indispensable de garder toujours le même point de vue ; personne ne peut nous empêcher de devenir plus intelligent.

Konrad Adenauer

 

Nous ne jouons, les uns les autres, que les accords que nous connaissons. Pourquoi ne pourrions-nous pas reconstruire notre mémoire commune en transformant le monologue en dialogue ?

Hrant Dink

Comment donner une dimension artistique et citoyenne à un débat européen très sensible, trop souvent réservé au champ politique ?

Comment permettre à des citoyens de quatre pays si différents de s’approprier ensemble la question de la réconciliation pour la transformer en une œuvre artistique ouverte et stimulante ?

Le projet a associé des artistes, des jeunes et des représentants de la société civile originaires d’Arménie, d’Allemagne, de Turquie et de France. L’objectif était de mettre en œuvre une réflexion commune avec la création d’un spectacle pluridisciplinaire associé à des actions avec les publics.

Le projet s’est déroulé dans chacun des pays participants de janvier 2011 à juin 2012. Des actions se poursuivent actuellement à Paris et en région parisienne, associant des étudiants et des adultes originaires des 4 pays dans un workshop mensuel.

Au travers de cette expérience commune, des citoyens d’Europe et des limites de l’Europe tentent de s’affranchir des frontières géographiques, historiques et psychologiques pour questionner ensemble l’idée de réconciliation.

 

Le parcours du projet

Janvier / Mai 2011 • 4 résidences d’écriture d’une semaine dans les 4 pays participants : Turquie, Allemagne, Arménie et France.

  • Janvier 2011. Réunion des Partenaires à Paris.
  • Février > Mai 2011 Résidences
  • Istanbul 21-27 février
  • Berlin 21-27 mars
  • Erevan 18-24 avril
  • Lyon-Villeurbanne 7-10 mai

Juillet / Septembre-Octobre 2011

  • Sessions workshop international et création à Erevan.
  • 3 > 17 juillet 2011. Workshop international + session de recherche de la troupe du spectacle Les Descendants
  • 26 septembre > 30 octobre 2011. Répétition et création du spectacle les Descendants.

Avril / Juin 2012

  • Représentations en France, en Allemagne et séjour à Gumri
  • Avril/Mai. Workshops, Paris. Représentations des Descendants.
  • Mai. Représentation à Berlin.
  • Juin. Voyage à Gumri

Pourquoi initier un tel projet ?

Au travers d’un projet artistique, l’objectif du projet Réconciliation (Rec>ON) était de questionner la réconciliation entre peuple arménien et peuple turc d’une part, peuple allemand et peuple français de l’autre, mais aussi de s’interroger sur leurs relations croisées.

Avant d’évoquer dans quelle mesure cet objectif a été atteint, revenons un instant sur le contexte des relations entre ces quatre peuples.

 

Pourquoi avoir choisi ces deux tandems dont les réalités historiques sont si différentes ?

Sans doute parce que leurs Histoires s’entremêlent intensément sur le plan politique, social et artistique. Peut-être également du fait que les pages sombres qui les lient ont provoqué dans chaque société des débats mettant en jeu des thématiques proches, et notamment les questions de reconnaissance, de demande de pardon, de réparation puis de réconciliation.

La réconciliation franco-allemande, une « vieille histoire »

Mais la comparaison des relations entre peuple allemand et peuple français et des relations entre peuple turc et peuple arménien reste très délicate d’un point de vue historique. Pour ce qui concerne la France et l’Allemagne, la nécessité d’une réconciliation est apparue dans les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale. En un siècle, les deux pays avaient connu trois guerres et des millions de morts. Il semblait nécessaire aux politiques de ces pays de créer les conditions d’une nouvelle relation, fondée sur l’équilibre et sur une reconnaissance du passé. La réconciliation officielle entre France et Allemagne est intervenue dès les années 1960, grâce à la volonté du Chancelier Adenauer et du Général De Gaulle. Aujourd’hui, elle est considérée comme accomplie pour la jeunesse des deux pays. Elle est même souvent considérée comme une « vieille histoire ». S’il subsiste encore quelques animosités, elles se situent essentiellement au niveau des générations qui ont vécu la guerre. Mais ces restes de rancœur ne sont plus transmis dans la mémoire collective que de façon anecdotique. Travailler aujourd’hui sur la réconciliation franco-allemande est un exercice simple donc, rendu possible grâce au travail des générations précédentes.

Pour ce qui concerne la relation entre le peuple arménien et le peuple turc, elle reste extrêmement confuse. Rappelons que l’antagonisme entre les deux peuples vient principalement du génocide d’une partie du peuple arménien qui vivait sur le territoire de l’empire ottoman en 1915. Les événements tragiques se sont déroulés dans le contexte de la première guerre mondiale et sous les yeux des responsables politiques allemands et français de l’époque. À l’issue de cette page d’histoire, un procès s’est déroulé en 1919, après la défaite de l’empire ottoman, dans un contexte de transition politique en Turquie sous domination des alliés français et anglais. Ce procès aboutit à la reconnaissance du génocide et à la condamnation des responsables politiques Jeunes Turcs de l’époque. Mais lorsque Moustapha Kemal a repris les commandes du pays peu après et a mis en place la république turque en 1925, la reconnaissance des crimes a disparu des accords. Depuis cette époque donc, l’histoire officielle défendue par le pouvoir turc ne reconnaît pas la réalité du massacre du peuple arménien vivant sur le territoire turc d’Anatolie en 1915.

 

La réconciliation arméno turque relève de réalités beaucoup plus complexes

Autre point important à préciser, le génocide de 1915 a provoqué le départ forcé ou la fuite de très nombreux Arméniens vivants dans l’empire ottoman. Cette diaspora s’est installée dans plusieurs pays d’Europe dont la France est aussi l’Allemagne dans une moindre mesure. Parler aujourd’hui de peuple arménien, c’est faire référence à des populations vivant sur des territoires et des contextes très différents, et non pas seulement le peuple d’Arménie.

 

Lorsqu’on évoque la réconciliation franco-allemande, on fait référence à la réconciliation de deux pays et de leurs peuples. Parler de réconciliation arméno turque recouvre des réalités beaucoup plus complexe. Le positionnement politique du gouvernement de l’Arménie n’est pas le même que celui de la diaspora arménienne, qui a lui-même de multiples facettes. De la même façon, lorsque l’on regarde le positionnement politique du gouvernement turc, il faut aussi garder à l’esprit qu’il ne reflète pas nécessairement la position de tout le peuple turc. On pense par exemple à la position singulière du peuple Kurde qui représente 25 % de la population de la Turquie. La représentation politique kurde de Turquie a choisi de reconnaître le génocide arménien de 1915 et la complicité du peuple kurde dans sa mise en œuvre. De façon plus générale, poser la question de la reconnaissance du génocide arménien par le pouvoir turc revient à remettre en question de nombreuses pages d’Histoire officielle du XXe siècle Turc qui concerne aussi bien les minorités que certains groupes politiques dissidents.

La vocation d’un projet artistique tel que Rec>ON Réconciliation n’est pas nécessairement de rétablir l’ensemble d’un contexte historique pour pouvoir poser sur lui des regards d’artistes et de citoyens. Mais il semble également impossible d’en faire abstraction sous peine de se couper totalement de la réalité du public que le projet veut rencontrer.

Provoquer un débat entre ces quatre pays placés sous le signe de la création artistique, c’était tenter une expérience inédite de déplacer un dialogue habituellement pris en charge par les politiques pour l’emmener sur le terrain de la création. C’était essayer de sortir d’un dialogue de posture pour aller vers une forme de partage et d’empathie grâce un processus de création commun. Et en sortant des habituels binômes franco-allemand et arméno turc, c’était aussi l’occasion d’élargir le débat et de trouver des angles de réflexion et de création renouvelée.

Rencontre avec l’équipe artistique, vendredi 4 mai / Débat avec des historiens sur la question de reconnaissance, samedi 5 mai 2012 avec Ariane Bonzon, journaliste, spécialiste de politique étrangère, Michel Marian, agrégé de philosophie, Jean-Pierre Mahé, orientaliste, philologue et historien du Caucase, spécialiste des études arméniennes et Yves Ternon, historien spécialisé sur la recherche des crimes contre l’humanité

mettre en « jeu » leurs mémoires collectives

Le projet avait donc pour objectif de rendre possible un avenir commun. Pour les participants — artistes, étudiants, personnalités de la société civile, mais aussi grand public —, le projet a réussi à démontrer que des citoyens prêts au dialogue pouvaient contribuer ensemble à un débat apparemment au point mort. De nombreux étudiants ont participé au projet au travers des ateliers qui avaient lieu dans chaque pays : Istanbul, Berlin, Erevan, Lyon, Paris. Chacun, ils ont montré leur désir de mettre en « jeu » leurs mémoires collectives et d’imaginer des utopies pour l’avenir. Lorsque des représentants de chaque groupe ont participé au workshop international organisé par le projet à Erevan (Arménie), ils ont aussi démontré leur volonté d’échanger et de créer dans un contexte politique bloqué.

De la même façon, les personnalités de la société civile interviewées lors du tournage du documentaire, ont montré par leur liberté de parole leur désir de participer à la construction de cet avenir commun. Les artistes ont créé ensemble une forme théâtrale qui mettait sur scène côte à côte des représentants de différents camps habituellement antagonistes. Le grand public, de son côté, a pu observer et participer aux résultats de cette expérience grâce aux rencontres publiques, aux publications du site internet et au spectacle.

 

la cohésion européenne

Le projet avait aussi pour objet de développer la cohésion de l’Europe : la paix.

Il voulait développer la cohésion de l’Europe par la création et le dialogue. Il proposait une démarche interrogeant une des valeurs fondatrices de l’Union : la Réconciliation entre les peuples, qui a permis l’avènement d’un espace durable de dialogue, d’échanges, d’acceptation de l’altérité et de paix.

Est-ce que le projet Rec>ON a contribué à développer la cohésion européenne ? Parmi les quatre pays participant au projet, seuls l’Allemagne et la France sont considérés comme faisant partie de l’Union. La Turquie est en position de prétendant depuis si longtemps qu’elle semble promise a ne jamais changer de statut. L’Arménie fait partie du conseil de l’Europe, mais son entrée dans l’Union semble encore assez lointaine.

Nous croyons que le projet a contribué à la cohésion européenne sur différents plans. Il a montré que l’union européenne pouvait soutenir un débat reconnu par tous comme très délicat lorsqu’il s’agit de la relation de la Turquie avec ses voisins. Rec>ON a pu montrer que l’Union Européenne et différentes organisations telles que la fondation Robert Bosch en Allemagne ou Anadolu Kultur en Turquie savaient prendre le risque de soutenir ce type d’initiative permettant le dialogue : une démarche de cohésion en action ! Pour beaucoup de participants au projet, ce rôle de l’Union Européenne était méconnu. Du fait de l’implication de l’Union dans le projet et sa visibilité, les participants ont donc changé leur perception de l’action Européenne et compris sa volonté de participer dans une plus grande cohésion, un plus grand sentiment d’appartenance à l’Europe.

 

Ne pas être héritier d’un conflit irrésolu

Lorsque des populations vivent en temps de paix et de relations apaisées avec leurs voisins, elles finissent par oublier à quel point cette situation permet une liberté le projet et d’initiatives sur tous les plans. Pour des jeunes français et allemands, découvrir que des peuples comme le peuple arménien et le peuple turc vive une relation si complexe héritée du passé leur permet de prendre conscience de la chance qu’ils ont de ne pas être eux aussi les héritiers d’un conflit irrésolu. Pour la société civile en général qui pourrait parfois avoir l’impression que la question de la paix et de la réconciliation franco-allemande est un peu surannée, ce genre de projet agit comme une piqûre de rappel. La paix pas seulement un héritage confortable, c’est une véritable garantie de liberté sur l’avenir.

D’une certaine façon, travailler sur la difficulté de la réconciliation arméno turque permet de prendre conscience de la chance de la réconciliation accomplie à l’échelle européenne. Il faut voir la difficulté pour un Arménien d’Arménie de se projeter dans sa relation au monde dans un contexte où le principal pays voisin avec lequel il serait si naturel d’échanger est fermé par des barbelés et mirador. L’acteur quinquagénaire berlinois engagé pour le projet comprenait très bien de quoi il s’agissait, étant né peu après la construction du mur. Des frontières fermées créent un obstacle matériel mais aussi psychologique. La situation n’est pas plus simple pour un Turc dont le pays est largement ouvert sur le monde. La présence à ses frontières d’un pays dans l’attente de la reconnaissance d’un crime séculaire créé une zone d’ombre dans la perception de l’Histoire de son propre pays et vient s’ajouter à une connaissance de l’Histoire plus récente toujours confuse .

Pour un pays comme la France, la situation turque s’apparenterait en quelque sorte à sa relation avec l’Algérie. Cette année, à l’occasion 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, les nombreux débats qui ont eu lieu sur le territoire français nous ont rappelé ceux qui avaient émaillé Rec>ON : reconnaissance, demande pardon, réparation. Un autre parallèle nous est venu à l’esprit, la situation de la relation entre Allemagne et Grèce sur fond de crise financière. Nous avons pu constater comme les zones d’ombres subsistaient encore dans l’histoire commune de ces pays pendant la seconde guerre mondiale.

Travailler aujourd’hui sur la cohésion européenne, c’est encourager le dialogue même si un travail a déjà été accompli, car c’est au travers des exemples apparemment les plus consensuels que l’on peut ouvrir le débat sur ceux qui semblent les plus complexes.

 

 

Echapper au débat de posture

Un autre objectif du projet était de donner une dimension artistique et citoyenne à un débat essentiel.

Nous l’avons dit déjà, le débat politique se résume trop souvent à un débat de posture et à un débat rhétorique. Proposer le dialogue sous l’angle de la création artistique permet de se déplacer dans le champ de l’imaginaire, de l’émotionnel, de la pratique commune également. Plutôt que de s’affronter sur un sujet, on s’en empare ensemble et on tente d’en proposer la transposition sur le champ artistique.

Dans le cadre d’un atelier théâtral, les participants ont été invités à imaginer le dialogue qu’ils rêvaient d’avoir plutôt que de reproduire des postures qu’ils connaissaient depuis des années. Ils ont pu utiliser la fiction pour changer de rôle, pour se mettre à la place de l’autre, pour se déplacer dans le temps et dans l’espace et redécouvrir leur questionnement dans une autre perspective. En passant par le jeu, ils ont accédé à la part d’enfance qui se trouve en chacun d’eux et pour qui tout est encore possible.

Autre point favorable de la pratique théâtrale, sa temporalité. Le parcours de préparation, d’exercices, de rencontre par une pratique ludique permet de découvrir l’Autre et de mieux le connaître. Il crée des conditions de confiance qui permettent ensuite de s’exprimer plus librement, et de tenir compte de l’expression de l’Autre de façon plus personnelle, permise par la familiarité de l’expérience commune en cours. L’Autre n’est plus un objet de mystère sur lequel on projette nombre de préjugés, mais il devient un être très similaire à soi, souvent aussi curieux, fragile et désireux de dialoguer que soi-même.

 

Un espace possible de travail commun

Pour le public venu assister aux présentations de workshop des jeunes, ou bien aux représentations professionnelles du spectacle Les Descendants, la dimension artistique permet aussi de retrouver un nouvelle fraicheur dans la perception d’un sujet rebattu. Après avoir expérimenté différentes pistes, les artistes amateurs ou professionnels ont toujours choisi de représenter les thèmes de la réconciliation (reconnaissance, pardon, réparation…) de façon métaphorique et non pas réaliste ou documentaire. La complexité du propos et les origines si différentes des interprètes ont encouragé une approche par le plus simple dénominateur commun, le conte. Les interprètes ont raconté des histoires, et proposé au public de les découvrir et partager ces récits. Par l’expression artistique, ils ont créé l’émotion, la beauté et atteint le public non pas avec des arguments mais sur des sentiments partagés.

A chaque représentation associant sur scène des artistes d’origine arménienne, turque, allemande, française, l’équipe a montré au public, par l’exemple, à quel point une coopération artistique représente un espace possible de travail commun.

Quels résultats pour le projet ? Tour d’horizon.

  • Le projet a rempli son objectif de mise en place d’une plate-forme inédite de quatre partenaires originaires des pays participants. Il a surtout élargi les partenariats initiaux en associant des organisations complémentaires du côté turc (Anadolu Kultur) et du côté arménien (Théâtre Hamazgayin). Rappelons que le partenariat avait été mis en place spécialement pour le projet Rec>ON. Deux années de travail commun a permis de poser les bases de futurs projets. Cela s’est notamment concrétisé par la conception commune d’un nouveau projet nommé Another Dialog et qui est actuellement examiné par la Commission dans le cadre de l’appel EuropeAid.
  • Sur la question de la mise en réseau d’Universités et de lycées, le partenariat a été globalement satisfaisant, notamment à Erevan. Le Lycée 119, partenaire de la capitale arménienne, a profité du projet (et notamment son directeur venu au kick-off meeting de Paris) pour mettre en place des relations avec des établissements en région parisienne.
  • Pour ce qui concerne la réunion d’un quatuor d’artistes originaires des quatre pays participants, le résultat du projet est plus mitigé. Rappelons que le coordinateur du projet avait choisi de réunir ces quatre artistes sur la base de leur expériences liées au sujet et leur désir commun de travailler sur cette question de la réconciliation de façon novatrice. Le contrat a été rempli dans la mesure où les résultats attendus ont bien été atteints. Mais au fil du projet, certains désaccords artistiques sont intervenus sur la façon de le mener à bien. L’ambition du projet et l’implication des partenaires co-organisateurs a permis de dépasser ces différents de personnes et permettre à l’ensemble des participants de bénéficier de l’ensemble des résultats du projet.

 

  • Le projet a aussi permis de créer une troupe de 8 artistes interprètes issus des 4 pays, associé à une équipe technique arménienne et française pour la phase de création à Erevan. Au niveau artistique et technique, les participants ont dû s’adapter à des méthodes de travail très diverses au regard de celles auxquelles ils étaient chacun habitués. Arménie, Allemagne, France et Turquie ont chacun de grandes traditions théâtrales qui se sont développées indépendamment les unes des autres. Ces différentes qualités sont venues donc se confronter dans un projet qui proposait déjà à ses participants de dialoguer sur un plan citoyen. Au final, nous croyons que le résultat a été très positif. Chacun des artistes et des techniciens a pu vivre une expérience très enrichissante sur le plan politique comme artistique, et a trouvé l’occasion de remettre en perspective son approche du travail de création.
  • Pour la participation des jeunes, le projet a réussi a constituer dans chaque pays des groupes de volontaires participants aux ateliers proposés localement. Ces ateliers ont été animés par les artistes associés du projet et ont nourri l’écriture et la conception du spectacle Les Descendants qui a été créé dans la seconde partie du projet.
  • Parmi les jeunes participants aux ateliers locaux, des représentants se sont inscrits pour participer à la rencontre internationale qui avait lieu en Arménie, à Erevan, à la mi-parcours du projet. Les groupes volontaires des 4 pays ont travaillé conjointement durant deux semaines et ont proposé leur vision de la réconciliation sur scène lors d’une présentation publique finale au Théâtre National Hamazgayin.
  • Des universitaires et des étudiants ont observé le processus en cours du projet et ont réfléchis sur son avancement.
  • 20 grands entretiens ont été réalisés et filmés dans les pays participants, permettant d’entendre des personnalités de la société civile s’exprimer sur le sujet de la réconciliation et du dialogue entre Arménie, Turquie, France et Allemagne.

Quelles difficultés ont été rencontrées ? Quelles évolutions dans la nature du projet ?

Le projet a rencontré différents problèmes quand à son sujet et aux débats associés. Il a aussi rencontré des difficultés quant à sa mise en œuvre. Plutôt que d’essayer de lister toutes les difficultés rencontrées sur les presque deux années du projet, nous allons évoquer les plus révélatrices.

Le titre même du projet — Réconciliation — s’est révélé assez problématique au fil du projet. Le mot évoquait des définitions très différentes selon qu’il était traduit en Allemand, Arménien, Turc ou Français. Une part importante de l’énergie du dialogue pouvait se perdre dans le sens même que chacun voulait donner au mot. Or notre propos était d’avantage d’imaginer, de rêver ensemble, de trouver des espaces d’expression différents plutôt que de buter sur des questions sémantiques. Nous avons donc opté pour une mise en avant d’un titre de projet un peu différent : Rec>ON, et de conserver Réconciliation en sous titre dans les 4 langues. Rec>ON présentait l’avantage d’être plus neutre, d’évoquer la notion d’enregistrement qui renvoyait au documentaire en cours de réalisation, et d’être aussi un mot Anglais qui n’appartenait à aucune des 4 langues des partenaires, mais qui était compréhensible par chacun.

Ce point de détail était assez symptomatique des difficultés rencontrées sur ce genre d’expérience de coopération. A partir d’un groupe de partenaires qui ont tous en commun de vouloir mener un tel projet, on découvre cependant que les sens de nombreux mots posés lors de la préparation correspondent à des réalités différentes selon les pays. Par ailleurs, le mélange des langues de travail entre l’Anglais et le Français au fil du projet a aussi parfois donné lieu à des confusions.

Les solutions que nous avons mises en œuvre face à ces problèmes étaient de privilégier la concertation et les échanges réguliers, ainsi que l’utilisation autant que possible de l’écrit (et notamment la correspondance par email). Mais là encore, les pratiques des différents partenaires dans ce domaine étaient différentes et chacun a dû s’adapter autant que possible.

Un autre problème clef lors de la mise en œuvre du projet était lié au contexte politique des relations diplomatiques entre les 4 pays. Le projet a été conçu à un moment où de nombreuses démarches étaient menées entre les gouvernements des différents pays pour favoriser le dialogue, et en particulier entre les gouvernements arméniens et turcs. La mise en œuvre d’une action proposée par la société civile était donc plutôt appréciée par les gouvernements et les tutelles liées aux pouvoirs des différents pays. Pendant le projet, les relation arméno turques se sont dégradées et un processus de normalisation en cours a été interrompu. Les autorités arméniennes ont dès lors cessé de soutenir officiellement le projet.

Ensuite, l’agenda politique du gouvernement français est entré dans le débat avec la proposition de vote d’une loi pour la pénalisation du déni de génocide. Ce processus et le débat intervenu à l’assemblée nationale en France a largement été repris en Turquie. Alors que la première phase (résidence) des activités turques s’était déroulée dans un contexte calme, la seconde (représentation) devait avoir lieu dans un contexte de grande tension. Nos partenaires turcs et les acteurs du projets nous ont mis en garde sur le fait de vouloir organiser une nouvelle action du projet Rec>ON dans ce contexte. La promotion du projet serait considérée comme une provocation par certains extrémistes et les risques encourus n’étaient absolument pas maitrisables.

Pour compenser cette situation, nous avons organisé l’action initialement prévue en Turquie dans une ville d’Arménie — Gumri — située à la frontière entre les deux pays. Nous avions été informé par certains de nos partenaires (Osman Kavala à Istanbul et Manoug Pamokdjian à Lyon) qu’une rencontre y était organisée entre personnalités turques et arméniennes de la société civile. Nous avons donc changé nos plans pour nous permettre de participer à cette rencontre avec notre équipe artistique, de témoigner du parcours du projet à la délégation turque comme à celle d’Arménie. Nous avons aussi pu mener à Gumri un nouvel atelier artistique avec des jeunes arméniens vivant une réalité très différente de celle des jeunes de Erevan, notamment dans leur grand espoir de voir la frontière se rouvrir.

 

Visibilité des Descendants

Un autre changement important pour le projet est d’avoir eu l’opportunité de représenter la pièce Les Descendants en France d’avantage que la durée initialement prévue, soit quatre semaines au lieu d’une. Ce changement a eu de multiples effets bénéfiques pour le projet. Il a disposé d’une visibilité bien supérieure dans une ville qui accueille par ailleurs de très nombreuses productions artistiques. Cela a notamment permis une meilleure revue de presse considérant que les journalistes se déplacent rarement pour les propositions qui se jouent moins de 3 semaines. Cela a également permis d’impliquer des tutelles comme le Ministère de la Culture, la Ville de Paris ou encore l’Adami qui imposent plus de 25 représentations pour soutenir des projets. Autre avantage, les ateliers associés au projet ont pu se développer sur un temps plus long et bénéficier d’une plus grande disponibilité des artistes pour participer.

 

Prolongements

Le théâtre de Wuppertal en Allemagne nous a invité à venir jouer Les Descendants les 2 et 3 mai 2013. Par ailleurs, une compagnie théâtrale turque travaille sur une possible production de la pièce, ce qui lui donnerait finalement un visibilité anatolienne.

Pour la partie française, le conseil régional d’Ile de France a souhaité soutenir une continuité de l’action du projet sur le territoire qui prends la forme d’une rencontre théâtrale un week-end par mois, associant des étudiants, personnalités de la société civile et amateurs issus des communautés turques, arméniennes et allemande vivant dans la région parisienne. Le symbole de la conviction politique en un acte théâtrale pour le dialogue est très représentatif pour nous de ce que a pu atteindre comme objectif le projet.

Chaque pays partenaires a souhaité entretenir la vie du projet et du dialogue a sa façon dans son pays et notamment à travers de nouveaux projets et autres collaborations que nous décrirons ci-dessous.

 

Workshops

Une des principales dimension du projet était l’organisation de workshops tout au long des activités, avec une rencontre internationale à Erevan à mi-chemin du parcours.

Istanbul. La question de la constitution de groupes locaux de jeunes s’est déroulée de façon très différente selon les pays. Dans le cas de la Turquie, notre partenaire associé Anadolu Kultur a dû choisir de recruter des jeunes par bouche-à-oreille. En effet le choix initial de diffuser l’information par écrit sous forme de petites annonces et d’appel à candidature dans les universités et les établissements scolaires posait problème. Ecrire noir sur blanc qu’un atelier théâtre invite des jeunes à réfléchir sur la question de la réconciliation reste une question délicate en Turquie en 2011. Le parti pris a été donc de faire passer l’information via un réseau d’animateurs et de professeurs enseignant le théâtre dans les universités et dans les établissements scolaire.

Istanbul, février 2011

Pour répondre, les jeunes devaient écrire par email au coordinateur local et préciser leur motivation pour participer. Notre partenaire turc a été surpris du nombre de candidatures (120) reçues venant de jeunes de 16 à 28 ans ayant des origines sociales et culturelle très différentes. Il a retenu 60 candidatures et se sont finalement 53 jeunes qui sont effectivement venus durant un week-end participer ensemble au projet. L’ensemble de l’équipe artistique a été enthousiaste sur le niveau d’implication des jeunes. Les sujets considérés initialement comme tabou se sont révélés très simples à aborder et notamment la question du génocide arménien. Les improvisations qui traitaient des secrets entre générations ont eu beaucoup de succès. Notamment celle qui confrontait trois générations dans une même famille et où l’enfant tentait de faire parler son grand-père sur ce qu’il avait fait ou vu dans sa jeunesse. Le travail chorégraphique a aussi été particulièrement intéressant, notamment quand il proposait aux jeunes de reconstituer en mouvement la « longue marche » dans le désert. Petit bémol cependant dans notre enthousiasme sur le travail avec ce groupe. Lors de la présentation finale qui a eu lieu au théâtre de l’Université Bilgi, nous avons constaté que les jeunes avait très peu invité autour d’eux, côté famille ou amis. Les spectateurs venaient essentiellement des invitations lancées par notre partenaire. Les jeunes étaient prêts à prendre le risque de participer à une telle rencontre, mais lorsqu’il s’agissait de partager cette expérience autour d’eux, ils se sont montrés beaucoup plus réservés.

A Berlin, notre partenaire a choisi de séparer en 2 sessions les journées d’atelier. Nous avons ainsi pu travailler dans un premier temps avec des jeunes étudiants, auxquels sont venus s’ajouter 3 artistes japonais en résidence à Theater Haus Mitte au même moment, puis dans un second temps avec un groupe lycéen.

Lyon, Istanbul, Berlin,  2011

 

Les participants avaient des origines extrêmement variées. Nous avons ainsi travaillé avec des jeunes originaires de Turquie (turcs et kurdes), d’Arménie, de Palestine, de Russie, de France et d’Afrique sub-saharienne (Congo et Rwanda) notamment, en plus de jeunes d’origine allemande. Ce mélange des origines a donné un dialogue extrêmement ouvert, cosmopolite, et dont les enjeux dépassaient souvent les 4 pays partenaires du projet. Lors d’une séance de travail, des jeunes devaient exprimer en une phrase leur sentiment sur la réconciliation après plusieurs heures de travail. Une jeune fille arménienne se tenait assise à côté d’une jeune fille turque, toute deux de 16 ans. La première déclara « reconnaissez votre culpabilité », la seconde déclara juste après « aidez moi, car je ne suis pas coupable ». Cette phrase raisonna longuement dans notre mémoire ainsi que l’expression du visage de la jeune fille turque qui l’avait prononcé.

A Erevan, notre premier atelier s’est déroulé dans le contexte des commémorations du 24 avril, date anniversaire du génocide. A ce moment, le pays entier communie sur la mémoire des événements notamment par une circulation continue entre le centre ville et le site reculé du mémorial. Nous avons proposé un premier atelier au Lycée 119 qui a la particularité d’être partenaire des ambassades de France et d’Allemagne pour l’enseignement de ces deux langues de façon privilégiée.

 

Pour les jeunes de cet établissement, la présence d’une personnalité Turque, l’auteure Sedef Ecer associée du projet, a déclenché une très grande curiosité. Le débat qui a suivi les exercices d’improvisation théâtrale a par exemple montré que la perception du voisin turc était extrêmement contrastée auprès de jeunes de Erevan. Le débat portait notamment sur la question d’ouvrir les frontières entre les deux pays. Certains étaient persuadés de cette nécessité pour libérer le pays de sa situation enclavée, lorsque d’autres redoutaient une invasion turque provoquant un nouveau génocide. La présence d’une femme turque dans l’établissement parlant avec eux, reconnaissant le génocide et répondant à leurs questions, a permis de balayer certains fantasmes et de rendre très concret la possibilité d’un débat.

A Lyon, le travail a réunit une classe théâtre de Lycée et des étudiants venus de classe préparatoire. L’atelier était mené dans le contexte médiatique des débats sur l’anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Dans la bouche des jeunes, le parallèle revient souvent entre la difficulté pour le peuple turc de reconnaître la réalité du génocide arménien et la difficulté pour les Français de reconnaître la réalité de la guerre d’Algérie. Des lycéens ont évoqué et mis en « jeu » des secrets de famille et le fait qu’ils n’avaient encore jamais osé interpeller un parent sur son rôle pendant les « événements » d’Afrique du Nord. D’autres jeunes, issus de l’immigration algérienne, évoquèrent aussi le secret familial qui recouvre encore pudiquement cette page récente de leur histoire.

Lorsque les jeunes sont réunis à Erevan pour un workshop international, ils représentent les 4 pays participants au projet et ont en commun d’avoir participé à Istanbul, à Berlin, à Erevan et à Lyon à des ateliers précocement animé par les artistes associés du projet. Ils ont été choisis parmi les jeunes volontaires pour l’expérience.

Durant deux semaines, ils ont expérimenté ensemble avec la participation d’artistes et de pédagogues allemands, français, turcs et arméniens. Ils étaient accueillis par le théâtre Hamazgayn de Erevan.

Après une journée d’installation des jeunes, le second jour débute par un débat ouvert entre tous les participants pour tenter le plus vite possible de permettre à chacun d’exprimer son attente vis-à-vis de la rencontre. Le dialogue entre jeunes Turcs et jeunes Arméniens est le plus vif. Les jeunes Arméniens remercient les Turcs d’avoir fait le voyage et d’être ainsi venu découvrir la culture arménienne. Ils expriment une grande attente sur la question du positionnement de ces jeunes Turcs quand a la reconnaissance du génocide Arméniens et de la responsabilité turque. En réponse, les jeunes Turcs expriment qu’ils perçoivent bien le problème mais soulignent à quel point ils se sentent loin de son origine : leurs parents même n’étaient pas né au moment des faits. Comment exprimer des regrets, des excuses ou une forme de reconnaissance sur des faits si anciens dont personne ne parle clairement dans leur pays ? Chacun convient que les deux semaines d’atelier vont permettre précisément de poser des mots et d’imaginer des éléments de création pour que le groupe puisse ensemble répondre a ces questions. Après quelques jours d’exercices associant théâtre et danse, les jeunes vont se répartir en plusieurs groupes et travailler sur des séquences scéniques. Chaque séquence permettra d’aborder un thème dont ils se sentent proche, et notamment le conflit, la connaissance, la médiation et la libération.

Erevan, juillet 2012

Le dernier jour va être particulièrement extraordinaire pour les jeunes. Après une répétition générale dans l’après-midi qui avait permis de régler les différentes questions techniques. Un grand orage éclate sur Erevan. Les trombes d’eau vont provoquer des dégâts importants dans les rues de la ville mais vont aussi entrainer une coupure d’électricité générale. Le groupe se trouve soumis a une épreuve : peut-on jouer dans ces conditions, et le public va-t-il seulement venir compte tenu des intempéries ? Le groupe choisi finalement de jouer à la bougie et va avoir la bonne surprise de constater que malgré les obstacles météorologiques, le public est bien au rendez-vous. Beaucoup d’émotion à l’issue de la représentation, avec des spectateurs de tous âges surpris de voir ainsi sur scène réunis des jeunes venant de Turquie, de France, d’Allemagne avec des jeunes arméniens, évoquant ensemble leur désir de dialogue, de questionnement de l’histoire, et de rêve de futur commun.

Ateliers avec les publics organisés autour des représentations des Descendants
à l’Aquarium, Cartoucherie – Paris, mai 2012

 

Modèle de Résidence de recherche et de Workshop type

Les résidences sont animées collégialement par les artistes associés au projet. Les langues des 4 pays participants sont utilisées et l’Anglais. Les actions sont suivies par un chercheur universitaire local, en charge de rapporter et d’analyser le processus en cours. Chaque action fait l’objet d’un filmage vidéo dont des extraits alimentent au fur et à mesure le site web du projet.

Au cours de chaque résidence d’une semaine :

— 1 atelier de pratique artistique à destination d’un groupe de lycéens (2x5h). Travail d’improvisation théâtrale sur le thème « quel sens, quels enjeux, quel avenir pour la Réconciliation ? » du point de vue des lycéens. Echange de pratiques entre les intervenants artistiques, transmission aux jeunes.

— 1 atelier de pratique artistique à destination d’un groupe d’étudiants (2x5h). Travail d’improvisations sur la base de la mémoire individuelle de chaque participant sur la notion de Réconciliation : « Quelle transmission par la famille ? Quelle transmission par l’éducation ? Quelle transmission par le mémoire collective ? ». Echange de pratiques entre les intervenants artistiques, transmission aux jeunes.

­— 5 grands entretiens avec des personnalités locales impliquées par le thème : historiens, chercheurs, grands témoins, hommes et femmes politiques… Les thèmes abordés seront notamment la mémoire, l’actualité et l’avenir de la réconciliation. Transcription de ce corpus aux fins de citations dans le spectacle. Publication sur le site web du projet (textes et extraits vidéos).

— 1 débat public ouvert aux participants du projet et au grand public, avec pour thème général la Réconciliation et pour thème secondaire le processus même du projet artistique et citoyen en cours. Débat animé par les artistes et par les universitaires associés, avec la participation de personnalités interviewées.

— 1 atelier d’écriture réunissant les artistes associés au projet (5x4h). Séances d’échange sur la conception du futur spectacle, son écriture, sa forme, sa représentation. Constitution d’un socle commun de réflexion artistique et citoyenne sur le sujet de la Réconciliation. Remontée des expériences réalisées en ateliers de pratique avec les lycéens et les étudiants. Débat sur les interviews de personnalités réalisées dans la semaine. Sélection de situations d’improvisation imaginées par les jeunes, de citations d’interviews, de réflexions émises lors du débat public et d’inspirations issues du dialogue pour servir de base ensuite à l’écriture du spectacle.

 

Modèle de rencontre internationale

Sur la base des workshops réalisés lors des résidences, stage-rencontre de 2 semaines avec la participation de jeunes issus des 4 pays participants, sélectionnés lors de la résidence. 10 journées d’atelier (6h/jour). Participation de 4 enseignants accompagnateurs issus de chaque pays et ayant également participé à la phase A. Travail d’improvisation entre jeunes, artistes et enseignants explorant le sujet. Présentation publique en fin de stage. Débat sur le thème de la Réconciliation, et sur la capacité d’un projet artistique à s’emparer d’un débat citoyen essentiel.

Enquête et documentaire

Le travail du documentariste associé a permis de recueillir des points de vue d’horizon très divers mais ayant en commun une approche progressiste de la question de la réconciliation en Allemagne, Turquie, Arménie et France. La responsabilité de la société civile a été évoquée comme clef pour ouvrir et développer le dialogue, car chacun s’accordait pour dire que le rôle des politiques n’était pas bénéfique ces dernières années.

 

Istanbul, Février 2011

Grâce à nos partenaires dans chaque pays, nous avons pu rencontrer des personnalités clef du débat. Nous avons notamment privilégié celles qui avaient une vision en mouvement de la situation des relations entre les différents pays, et qui profitaient de la rencontre avec le projet pour faire un état des lieux de leurs propres démarches. Nous avons pu prendre conscience au travers des différentes rencontres à quel point la question de la réconciliation est un thème trans-générationnel. Il appartient à une génération de poser les bases d’un dialogue mais d’avoir l’humilité d’accepter qu’il ne portera sans doute ses fruits qu’à la génération suivante. Cette impression a largement influencé le travail artistique du projet et notamment l’écriture de la pièce qui a traité cette question de la transmission.

Lorsque nous avons publié le web documentaire, nous avons regroupé les thématiques abordées au fil des interviews sous les thèmes suivants : mémoire, conscience, reconnaissance, pardon réconciliation, futur.

Voici quelques extraits des interviews, et nous invitons chacun à découvrir les vidéos sur la chaine Dailymotion


Marita Hebisch-Niemsch, Présidente Société Franco-Allemande, All.

Je travaille depuis longtemps et de tout mon cœur pour la réconciliation Franco Allemande, mais nous ne devons pas oublier de préparer la génération suivante pour poursuivre cette réconciliation. Nous sommes convaincus que c’est notre chemin et notre but d’avoir des résultats positifs pour ceux qui vont venir après nous : il faut les préparer, leur donner une chance de montrer ce sentiment de réconciliation. C’est pour cela que je dis toujours que la réconciliation n’est pas accomplie, qu’il faut continuer sans arrêter.

 

Cengiz Aktar, Chercheur en sciences Politique, Turquie

A propos de la demande de Pardon des Turcs aux Arméniens. Il fallait un texte court, les grands développements n’allaient servir à rien. Deux points posaient problème : l’utilisation du mot génocide et la demande de pardon. Pour « génocide », il y avait un consensus silencieux autour de ça. Nous n’allions pas l’utiliser. […] « La grande catastrophe – Aget » qu’on utilise, est un terme beaucoup plus évocateur, qui n’enlève rien à la férocité, à l’indicibilité du génocide mais qui englobe l’Anatolie entière. Je reste d’avis que le génocide des Arméniens a été une catastrophe anatolienne, régionale. Le 2e point, c’était le pardon : le demande t-on ? Nous étions assez d’accord là-dessus. Par la suite, beaucoup de gens nous ont dit qu’ils auraient signé s’il n’y avait pas eu le mot « pardon à la fin », il faut croire que le mot pardon fait encore mal. […]

L’Arménie, un peu comme la diaspora, n’a pas grand-chose à son ordre du jour sinon la reconnaissance du génocide. Lorsque j’ai été invité [à un colloque] à Erevan, j’ai lu « Etat des lieux sur la reconnaissance du génocide ». Je leur ai dit : ça va durer 30 secondes, il faut changer de sujet. Je leur ai proposé le travail de mémoire, la prise de conscience du génocide au sein de la société turque, c’était beaucoup plus tangible et pérenne. Parce qu’un Etat qui reconnait ses torts, c’est froid. Un Etat reconnait parce qu’il est obligé, comme l’Etat post nazi allemand, au Cambodge, au Rwanda, où les Etats génocidaires ont perdu la bataille. Ça n’a pas été le cas en Turquie, donc ça ne peut pas se passer comme ça, donc il faut chercher ailleurs.

 

Silvina Der-Meguerditchian, artiste arménienne vivant en Allemagne

Ma stratégie, en tant qu’artiste, c’est une démarche de refaire des rapports individuels avec les gens [turcs]. Le gouvernement, tu peux l’oublier. Avec eux, on ne peut pas parler du tout. Le seul moyen, c’est la société civile et les intellectuels turcs. Avec la rigidité de la politique en Turquie, on ne peut pas faire des grands gestes, tout grand geste va rappeler un grand rejet. Le changement, c’est les petits gestes, c’est là où j’ai espoir.

Les gens sont en train de lutter pour les droits, la multiplicité des identités… ils doivent lutter sur de nombreux fronts. Ils ont une lourde charge. Il y a 200 000 – 300 000 personnes qui luttent pour les 70 millions qui restent.

L’art est le langage qui peut ouvrir différentes voies. Il faut être concerné en tant qu’artiste.

 

Sevak Artsruni, Président de Yerkir Union (Ngo), Arménie

Je suis de la 3e génération, la plus politisée, la 4e le sera moins que nous, la 2e ne l’était pas beaucoup, la 1ère ne l’était pas du tout. Nous sommes les représentants du refus du dialogue, les plus endoctrinés parmi toutes les générations qui ont suivi le génocide de 1915.

C’est à nous d’ouvrir la voie, si notre génération arrive, je ne parle que des Arméniens pour l’instant, à trouver des réponses à nos questions, en nous-mêmes tout d’abord, ce sera magnifique, il faudra d’abord se désendoctriner, ensuite aller au dialogue sans complexe. […]

Alors, après, le plus dur commence, c’est à dire apprendre à vivre ensemble, […] pour nous l’important c’est l’Arménie, les Arméniens, c’est la blessure, exorciser la mémoire ; de l’autre côté, c’est la démocratie, c’est se débarrasser de cette culpabilité reconnue ou non, admise ou non, ressentie ou non. C’est très difficile, en face nous n’avons pas un interlocuteur qui représente un pourcentage important de la population turque, on a les élites, certaines, assez marginalisées dans leurs pays qui se battent avec beaucoup plus de véhémence que nous. Dans cette histoire, les turcs sont en train de construire leur démocratie, nous pouvons être ravis, mais nous sommes en difficulté de construire un pays qui n’est qu’un lambeau de système soviétique et du génocide. […]

Avec les intellectuels Turcs par exemple, nous ne sommes pas sur le même plan, nous n’avons pas le choix, nous sommes nés là-dedans, grandis là-dedans, nous sommes éduqués là-dedans, appris à vivre avec, à gagner avec ou à perdre avec. Du côté Turc c’est un choix, c’est une liberté intellectuelle, d’affronter ce problème ou pas, chacune des personnes qui a un jour voulu, accepté d’en parler ou d’entendre a fait le choix de parler de ce tabou, de l’affronter. […]

Le problème qu’on a avec le génocide arménien, c’est la politisation internationale du génocide contre la Turquie. […] Aujourd’hui, on nous dit que l’Europe veut nous aider à nous réconcilier, très bien, si ce n’est pas instrumentalisé contre nos sociétés, nos Etats, c’est une aide, je dirais gratuite, donnée pour qu’on puisse vivre mieux, je suis d’accord, mais j’ai des doutes. […] La dernière fois, j’ai dit a des Turc quelque chose qui les a énormément étonnés : « il n’y pas que vous qui êtes responsables pour le génocide arménien, l’Allemagne, la Grande Bretagne, puis en Silicie, la France ont ouvertement collaboré ». Aujourd’hui il y a une discussion à faire là-dessus, si on veut parler du génocide des Arméniens, parlons en, sans l’instrumentaliser. S’il faut parler du problème Arménien des deux côtés, on n’a besoin de personne. On peut le vivre entre intellectuels, on est en train de le faire, je sais pas ce que ça peut donner, mais ça fait partie de toute façon chez les Arméniens, d’une thérapie obligatoire. Tu ne peux pas vivre avec autant de haine, celle qu’ils nous ont porté pour commettre ça et celle qu’on leur porte pour nous avoir fait ça. Au bout de quatre générations, c’est quand même ridicule. […] Cette façon macabre de se rappeler du génocide, de ne pas arrêter de parler des morts, de comment ils nous ont décapité, ont violé nos filles, vous savez c’est un auto empoisonnement quotidien, continu, on en a marre, de toute façon qu’on le veuille ou pas, ça va cesser.

 

Ahmet Insel , économiste, Turquie

A la rigueur, pour la majorité des Turcs d’aujourd’hui, on peut évacuer la responsabilité en disant, « je suis de la 3ème génération, quelle responsabilité pour moi ? », on peut évacuer la question de la réconciliation en disant : « avec qui ? les Arméniens de Turquie ? Les Arméniens de la diaspora ? Ceux d’Arménie ? ». Le thème de la réconciliation ne suffit pas à créer une dynamique interne. La dynamique interne, c’est surtout une dynamique de conscience. Quand on a fait appel à des gens pour signer la demande de pardon aux arméniens, ce n’était pas pour 1915 seulement, mais pour le mépris, l’oubli, sur cet effacement de la présence culturelle arménienne. Quand on demandait pardon, on appelait non pas pour des raisons d’Etat, pour que la Turquie et l’Arménie se réconcilient. Tout ça c’est possible mais c’était surtout un acte qui devait être gratuit au sens politique du terme. En contrepartie, on attendait rien.

Nous pouvons distinguer 2 réconciliations. Il y a la réconciliation entre les peuples, arméniens et turcs, et là il y a la volonté des deux côtés. La 2e, dont la question arménienne est un vecteur, c’est celle des turcs avec leur propre histoire. Là, nous n’avons pas besoin particulièrement d’arméniens volontaires ou non, c’est une réconciliation avec notre propre histoire. Cela nécessite que l’arménité, la présence arménienne, soit reconnue comme un élément important de notre propre histoire. Cette réconciliation avec notre propre histoire, c’est le porteur principal, cette confrontation avec tout ce qui a été oublié, laissé de côté, effacé, dédaigné. Elle permettra aux Turcs d’aujourd’hui de pouvoir enfin se sentir pleinement chez eux. Parce que sans elle, cette société travaille aussi une crainte profonde, celle d’être chassée de ses terres. On la retrouve plus explicitement dans d’autres pays, comme Israël. Mais en Turquie cette crainte est très forte, pourquoi être chassé ? Pour des raisons historiques, mais quand on creuse un peu plus, parce qu’il y a quelque part une culpabilité. Cette culpabilité enfouie fait que les gens pensent que ce drame, ce grand malheur ne peut pas rester éternellement sans sanction. C’est aussi le problème kurde, mais plus que cela, c’est cette disparition de la société turque des populations constitutives de l’Anatolie : les Arméniens, les Grecs. C’est très dur de creuser n’importe quelle terre anatolienne et de rencontrer une église, une trace byzantine, une trace arménienne, une trace grecque, et systématiquement penser et soutenir que c’est une terre turco-musulmane depuis l’éternité. Cette schizophrénie n’est pas à terme soutenable. Donc la réconciliation avec sa propre histoire me parait être le vecteur principal, l’utopie d’une Turquie enfin réconciliée avec elle-même, ses racines, son passé et par conséquent capable de faire une projection sur le devenir d’une manière sereine. Cela pourrait enfin résoudre le problème de la réconciliation avec les arméniens, une fois que nous nous serons réconciliés avec notre propre histoire. La conscience naturelle de cette réconciliation, c’est la seconde réconciliation. […]

Les turcs ne sont pas victimes physiquement de cette histoire. Il faut distinguer les victimes morales et physiques, les turcs n’ont pas subi la même histoire que les arméniens, ni que celle des kurdes. Mais ils sont prisonniers de cette histoire et n’arrivent pas à en sortir. Quand on regarde le passé, quand on commence à évoquer la grandeur de l’empire Ottoman, derrière cette grandeur il y a l’élément turco-musulman, mais également arménien, grec, convertis, et donc une énorme multiplicité culturelle. Donc je ne pense pas que les turcs doivent dire : « nous sommes les premières victimes de notre historie », mais je pense qu’ils en sont quelque part les victimes. Aujourd’hui, en Turquie, on creuse à l’Est et on sort des ossements en permanence. Ces ossements ne sont pas ceux des arméniens de l’époque mais ceux des gens qui ont été tué dans les années 90, puis 80, puis dans les années 30 (kurdes). Si l’on creuse plus loin, on va retrouver des arméniens. […]

Ceux qui acceptent de regarder leur passé ce sont les vaincus, la Turquie n’a pas été vaincue donc du coup c’est un peu difficile de par l’extérieur de regarder le passé. On sait comme la France a eu du mal à regarder son passé vis-à-vis de l’Allemagne puisqu’elle n’avait pas été vaincue. […]

Il reste une possibilité, une reconnaissance de la responsabilité par la conviction, par l’accueil, pour faire partie du concert des pays humains, respectés, respectables. Là, on peut penser que la Turquie pourrait être amenée à se poser la question. Les Turcs aujourd’hui considèrent qu’ils vont devenir une puissance mondiale. Membre du G20, de l’OTAN, de l’OCDE, du Conseil Européen, du Conseil de Sécurité à l’ONU : on ne peut pas en même temps être présent dans ces institutions et être en position de négationniste sur son passé. Je pense que ce n’est pas par la force mais par l’obligation de son rang, celui auquel prétend la société turque que ces questions vont se poser plus.

 

Betûl Tanbay, matématicienne, Turquie

Aujourd’hui, je suis très intéressée par les livres d’histoire dans le secondaire. Dans un livre d’histoire de 3e en France, au sujet de la première guerre mondiale, le mot Ottoman n’existe pas. Je précise que de notre point de vue, la première guerre mondiale devait servir à faire disparaitre l’empire ottoman. En France, on lit des pages et des pages sur la première guerre mondiale sans parler une seule fois de l’Empire Ottoman et tout à coup, on a un ajout car des Arméniens ont dit « vous ne parlez pas assez du génocide », donc on a ajouté un encadré avec « les morts civils : les turcs ont tué 1 million d’Arméniens pendant la première guerre mondiale ». Je regarde ça avec l’œil d’un chinois, il y a toute une explication de la guerre, rien sur l’Empire Ottoman, ensuite on passe à la seconde guerre : les nazis ont tué les juifs, les allemands ne tuent jamais les juifs, mais les nazis oui. Et je parle des livres en France où on a fait beaucoup de travail. En Turquie, nous n’avons encore rien fait. Je parle donc d’un travail que je trouve déjà évolué mais qui reste très primitif.

Cette idée du Turc de l’Arménien, ça limite nos possibilités de discussions. Même le « on », « nous », « vous », je n’aime pas. […] Je crois qu’il faut essayer de retourner vers le passé avec un regard global. […] Nous sommes en face de quelque chose qui est une souffrance aujourd’hui, on doit se retourner tous ensemble, pour comprendre mieux.

 

 

Création du spectacle

Le projet a permis l’écriture et la création du spectacle Les Descendants. L’auteure a imaginé une histoire mettant en jeu les thèmes abordés au travers des ateliers et des interviews. Elle les a transposés dans une narration retraçant le destin de 3 générations de femmes confrontées à l’histoire tragique de leur pays. Le texte de la pièce a ensuite été adapté pour la scène par l’équipe artistique lors de la création à Erevan. Rappelons que cette équipe était composée d’artistes originaires des 4 pays participants. Un travail important a été réalisé pour partager la pièce entre les différentes langues du projet : arménien, turc, allemand et français, accompagné d’un dispositif de sur-titrage dans chaque langue du projet. La pièce a été représentée à l’issue des répétitions à Erevan, au Théâtre Hamazgayin, puis reprise au Théâtre de l’Aquarium-Cartoucherie à Paris puis au Theater Haufbau Kreuzberg de Berlin.

 

Les Descendants au Théâtre de l’Aquarium-Cartoucherie, Mai 2012

Gérard Torikian, Julia Penner et Selin Altiparmak

Julia Penner et Andreas Wrosch                     Selin Altiparmak et Vardan Mkrtchyan

Selin Altiparmak et Hadrien Bouvier

Serra Yilmaz  Andreas Wrosch

 

 

 

 

 

 

Présentation de la pièce par François Rancillac,

directeur du Théâtre de l’Aquarium-Cartoucherie, Paris.

 

Dans un étrange observatoire astronomique, des orphelins de guerre, élevés loin de chez eux, s’interrogent sur leur passé : sont-ils des enfants de victimes ou de bourreaux ? Comment avancer s’ils ne connaissent pas l’histoire qui les a fondés ? Mais est-ce vraiment avancer que de déterrer les secrets du passé ? Et si son meilleur ami se révélait être descendant des ennemis de naguère ? Et pourquoi bâtir son identité sur les combats des générations précédentes ?

Mille et une questions traversent la pièce que Sedef Ecer, auteure turque et francophone, est en train d’imaginer pour Bruno Freyssinet, se nourrissant des multiples débats et ateliers qu’ils mènent tous deux depuis des mois ici et là, avec de jeunes comédiens et étudiants arméniens et turcs, allemands et français, ainsi que des rencontres avec des intellectuels et des personnalités politiques de ces pays qui ont été, à un moment de l’Histoire, en conflit avec leur voisin.

A projet transfrontalier, spectacle transdisciplinaire : au-delà des quatre langues qui se mêleront dans la pièce, se croiseront sur scène théâtre, musique et images vidéo. Aux antipodes d’un spectacle documentaire ou historique, et décollée de tout conflit réel, cette fiction fera dialoguer héritage et réconciliation, mémoire intime et mythologies collectives. Comme une main obstinément tendue vers l’Autre, malgré les murs et les miradors, malgré la guerre et la douleur, malgré la colère et les malentendus. Un pari sur la vie, en quelque sorte.

 

 


Presse Les Descendants

voici quelques articles relatant le processus dans son ensemble lors de la création de la pièce en Mai 2012

 

Théâtrothèque

Scènes transfrontalières, destins de l’Histoire, cris et souffrances d’un conflit ethnique, Les Descendants ressuscitent la mémoire collective au Théâtre de l’Aquarium.

Les Descendants, une main à l’écriture, celle de Sedef Ecer. Une histoire, des histoires sur des mains tendues à l’Allemagne, l’Arménie, la Turquie et la France. Le destin des victimes de guerre. Un adulte, des adultes aujourd’hui. Un orphelin, des orphelins hier. Sedef Ecer est une auteure dramatique franco-turque. Une plume stylisée pour la presse turque, des romans, des scenarii de longs métrages et documentaires. Des formes d’écriture aussi variées qu’expressives, Sedef les met à disposition dans son garde-mots. Cette pièce de théâtre, une bibliothèque d’images extraites des archives de l’Histoire par Serge Avédikian et restituées à la vie par l’interprétation des comédiens, selon un modus operandi contemporain.

Bruno Freyssinet est de cette génération de metteur en scène qui pose les fondements d’un théâtre du renouveau. L’actualité et le présent composent les structures existentielles d’une géométrie artistique, lesquelles s’articulent sur un polygone à inclinaison variable. Tendances néo-surréalistes conçues sur les technologies pluri-visuelles et sonores, la mise en scène de ce spectacle réalisé par Bruno Freyssinet dessine deux parallèles sur le champ de la créativité, l’innovation et l’ouverture.

L’histoire, in situ, se déroule sous la coupole d’un observatoire astronomique. Autrefois dans un pays comme dans tant d’autres pays, l’amour a rapproché une fille d’un garçon. La passion a décliné en séparation, leur communauté a été massacrée. Orphelins sans famille et sans origines, que reste-t-il de leur véritable identité ? A contre-courant, les chemins du destin les ont de nouveau réunis.

Aux questions sans réponses succèdent les mystères du passé. Les mots s’enchainent dans des phrases courtes ; en lieu et place des virgules, les points d’interrogation imposent le doute et la souffrance. La vérité s’écrit à l’encre rouge comme le sang des victimes qui a longtemps coulé et à cette heure, continue de laisser un gout amer dans les consciences collectives. Procès d’un génocide sans tribunal, les amants-orphelins endossent virtuellement la robe des avocats. De la haine, ils en éprouvent contre les bourreaux. Point de condamnation, il y a prescription. De la réconciliation, ils revivent leurs amours passées. Mais demain, que deviendront-ils ? Retrouveront-ils l’âme de leur peuple décimé ou vivront-ils aveuglément sans pouvoir pousser les lourdes portes de l’Histoire ?

Théâtre du Temps écrit avec un T majuscule, Les Descendants jettent le trouble sur une méprise et une traitrise. L’Orient et l’Occident, géographiquement distancés et culturellement différents, se fondent en un territoire imaginaire. Grâce à l’intensité du texte de Sedef Ecer, la France, l’Allemagne, l’Arménie et la Turquie sont vicinales. Les mots s’expriment en toute liberté. De traduction, il convient de comprendre les cris du cœur et cerner l’expression des regards. Les dialogues se nouent et se dénouent selon, car cette pièce est une fresque documentaire qui dégage des émotions en couleur et imprime les contradictions en noir et blanc. Les échanges linguistiques entre les comédiens, originaires des quatre états cités en aval, donnent naissance à une nouvelle langue. La grammaire, c’est la conjonction du perçu et du ressenti, du toucher et de l’écoute.

Julia Penner et Andréas Worsch (Allemagne), Tatevik Ghazarian et Vardan Mkrtchian (Arménie), Hadrien Bouvier et Gérard Torikian (France), Selin Altiparmak et Serra Yilmaz (Turquie) immortalisent un fait d’histoire dramatique. Force est de les écouter et de les voir évoluer sur une scène transeuropéenne et intergénérationnelle. C’est tremblant et émouvant. Serra Yilmaz, une présence marquée par une personnalité dure et sincère, une magnifique interprétation pour cette comédienne turque.

La mise en scène tourne comme le cadran circulaire conçue pour réconcilier le passé au présent, la haine à l’acceptation. Chaque passage est dosé comme une parenthèse qui s’ouvre et se referme presqu’aussitôt sur cette tragédie jamais traduite de cette façon.

Le texte de Sedef est antique en un sens car il n’est pas sans rappeler Antigone menacée d’être enterrée vivante et, in situ, les mères pleurant leurs enfants sacrifiés. La beauté de ce texte réside en la douleur des évocations entendues et dans l’innocence et la pureté des émotions exprimées. La mise en scène se veut contemporaine et factuelle car elle est Tour de Babel et Arc de Triomphe d’un sanglant épisode de l’Histoire des Hommes. Une réalisation empreinte de réflexion et de compréhension.

 

Le Monde.fr / Evelyne Trân

La mémoire doit être douloureuse de ceux, de celles qui en se retournant sur leur passé, sur celui de leurs parents découvrent qu’ils sont nés au bord de précipices, ces énormes cratères creusés par la folie humaine.

Les descendants dont il est question, les orphelins de guerre s’apparentent à des survivants. L’idée charnière de Sedef ECER est de faire se rencontrer les enfants des bourreaux et des victimes sur leur lieu commun, celui de la désaffection. Si la mémoire est douloureuse, elle ne circule pas par la haine. Les Descendants passent par une forêt de signes dans une mise en place, scénographie interstellaire, où l’observatoire, lieu de rencontre symbolique a une allure de paravent, sorte d’antenne qui continue à émettre les voix des ancêtres.

Parce qu’il s’agit aussi d’un dialogue entre les vivants et les morts comme dans une tragédie Shakespearienne. En ligne discontinue plane le projet d’inscrire les descendants dans la foulée de ceux qui ont commis l’inexorable. Cela s’exprime aussi confusément que dans un cauchemar où les unités de lieu, de temps d’espace se dissolvent pour atteindre l’ultime lueur d’espoir. L’enquête des orphelins, devient une conquête, celle d’une jeunesse qui entend tirer les leçons d’un passé convulsif.

Cette perspective onirique s’enfouit dans l’idée de demeure. Qu’est ce qui peut bien demeurer encore dans l’esprit de ceux qui ne sont que les descendants des crimes de leurs parents ? Ma mère était bourreau, mon père était victime et alors ? Le sentiment de désolation est commun, de sorte que c’est le refrain de la vie qui doit marquer le pas même s’il piétine autour de conglomérats de douleurs gelées, de secrets inavouables, et de morts inexpugnables qui ont agi sans vraiment croire que l’esprit d’un humain n’appartient qu’à lui seul, fût-il le fils ou la fille de. L’indépendance, elle existe et elle débute par l’être, c’est le primat de la naissance en dépit de tous les héritages.

La pièce qui donne voix à des individus venus d’horizons divers, qui parlent allemand, arménien, anglais et français, pourrait aussi s’intituler « Nous ne sommes pas des étrangers ». Parce qu’ils ont en commun la même quête, le même souci de se rebeller contre la fatalité. Ils refusent l’isolement de la douleur, de la haine et de l’indifférence. Leur quête d’identité humaine peut paraitre invraisemblable à une époque où l’on brandit le spectre des communautarismes. Qu’ils puissent parler d’une seule voix, sur les traces d’une terre souillée, nous apporte une autre vision de l’histoire qui se décline en dates en faits, en apologies de victoires. L’histoire avec un grand H est une mémoire de surface, celle des individus est celle qui active leur raison d’être.

La pièce telle qu’elle est présentée a un aspect expérimental. Fruit d’une commande à l’auteure turque et francophone Sedef ECER qui a rencontré beaucoup de témoins, historiens, sociologues, c’est une pièce toujours en devenir puisqu’elle dit elle-même

« Je ne sais pas si les comédiens prendront des libertés sur les dialogues ou sur la structure, comme c’est la règle du jeu dans toute création collective ».

Le metteur en scène Bruno Freyssinet résume ainsi le projet : « Nos dialogues partent de la réconciliation franco-allemande et de l’impossible réconciliation arméno-turque. Comme une convocation de nos histoires personnelles face à l’histoire de nos pays d’origine.»

Dans la mise en scène de Bruno Freyssinet, c’est le climat de veilleuse qui prime. Les protagonistes se déplacent un peu comme dans un rêve. D’où viennent t’ils, ou vont-ils ? De la même façon, les personnages du passé s’expriment à la suite des contemporains ou inversement. Cela fait vaciller nos repères banaux d’unité de lieu, de temps, d’espace. Enfin les comédiens ne parlent pas la même langue. L’émotion est tangible. Il semblerait que ce sont les comédiens eux-mêmes qui doivent explorer le champ de leur mémoire meurtrie.

Il s’agit d’une expérience collective très sensible qui ne demande qu’à s’extérioriser de plus en plus pour creuser et tracer un chemin possible et pas seulement indéfinissable aux douleurs entremêlées converties en lueur d’espoir. Le public d’adolescents qui assistait à la représentation de la générale, n’a pas bronché. Faut-il qu’il soit senti « descendant » lui-même et concerné par ce spectacle hors normes et prometteur…

 

Toute la Culture

Les Descendants et un dialogue toujours possible avec l’Autre.

Au milieu de la cour encore imbibée de pluie de La Cartoucherie, le Théâtre de l’Aquarium présente son nouveau spectacle : Les descendants. Un projet théâtral qui met en scène la question du dialogue entre des cultures des générations toutes deux différentes. Un ouvrage fondé sur un principe de confrontation dialogique qui en fait un work in progress.

Deux orphelins et les questionnements sur leurs origines ouvrent la pièce : est-ce qu’il faut connaître son passé pour pouvoir se projeter dans le futur ? Trois générations se confrontent et les scénarios de trois différentes époques se chevauchent sur scène. Une dictatrice, dans un temps passé qui reprend vie, planifie un génocide afin de purifier la dynastie à laquelle elle est à la tête. Plus tard, dans un observatoire astronomique hors de tout repère géographique, les orphelins ne savent plus de quel parti ils sont les descendants, s’ils sont les fils des victimes ou des bourreaux. Encore après, leur fille veut savoir d’où elle vient : elle comprend que pour bâtir son propre chemin, elle doit assumer ses origines.

Les personnages sur scène parlent quatre langues différentes et passent de l’une à l’autre comme si elles étaient interchangeables, comme si chacun d’entre eux pouvait s’exprimer de la même façon en français, turque, allemand et arménien. Cela donne la sensation de la création d’une cinquième langue qui ne correspond à aucune des langues parlées, mais plutôt à un idiome pré-babélique, existant avant toutes différenciations. Cet effet choral a été spécialement recherché par le metteur en scène Bruno Freyssinet qui, à la fin du spectacle a explique au public la genèse de la pièce et l’inspiration qu’il lui est venue lors de la rencontre avec l’écrivaine d’origine turque Seder Ecer. Intellectuelle aux facettes multiples, elle a grandi en tant qu’artiste dans un milieu international et elle se nourrit du dialogue difficile entre Orient et Occident. Avec Bruno Freyssinet, elle a tout de suite partagé l’intérêt de croiser les grands questionnements sur les équilibres géopolitiques de l’histoire contemporaine et l’art dramatique.

Sans s’y référer directement, Les Descendants met sur le plateau les plus grandes drames humains du dernier siècle : de la Shoah au génocide arménien, des guerres mondiales aux moments de réconciliation. Les questions que ces évènements ont soulevé et soulèvent encore sont épurées de toutes contingences historiques et buts politiques et interpellent la population mondiale héritière du poids des responsabilités de l’histoire du XXe et de ce début du XXIe siècle.

Le texte, construit de façon très intelligente, touche des sommets extrêmement spirituels pendant lesquels les mots se fusionnent aux mélodies des langues dans lesquels ils sont proférés. Le résultât est une réflexion profonde sur la rencontre avec l’Autre et sur le dialogue qui trop souvent, tout au long de l’histoire, s’est transformé en source de peur plutôt que de richesse.

 

Marianne2 / Jack Dion

Le fils du bourreau et la fille de la victime

C’est une belle aventure qui est entrain de se poursuivre au Théâtre de l’Aquarium. Elle a pour sujet les relations ambigües et complexes entre des jeunes dont les parents furent des bourreaux et des enfants de victimes. Son titre « Les descendants », d’après une œuvre de l’auteure franco-turc Sedef Ecer, mise en scène par Bruno Freyssinet.

Ils sont huit sur scène, deux allemands, deux arméniens, deux turcs et deux français sous la coupole d’un observatoire astronomique travaillé par l’usure des ans. A la simple énumération de leurs origines, on devine que l’on va évoquer les aléas de l’histoire de ce « long XXe siècle », comme disait l’historien britannique Eric Hobsbawm, qui a marqué les peuples de ces différents pays dans leur chair.

A travers ces différents personnages, trois générations vont croiser leurs itinéraires. Les uns ont été des bourreaux. Ils ont défendu les thèses de ces êtres « supérieurs » se sentant en droit de mettre les « inférieurs » à la raison, voire de les rayer de la carte. Les seconds ont été des victimes. Ils ne survivent (si l’on peut dire) qu’à travers la mémoire torturée de leurs descendants. D’autres, encore, n’ont été que de simples témoins plus ou moins consentants au regard des drames qui ont endeuillé l’histoire.

Leurs destins vont se reconstituer au fil des scènes pour déboucher sur les interrogations qui hantent les survivants – jusqu’à cette question lancinante illustrée par deux des acteurs : que se passe-t-il quand un fils de bourreau est amoureux d’une fille dont la mère a elle-même tué ledit bourreau – qui par ailleurs était une femme? La marque de la honte est-elle génétiquement repérable jusqu’à la nuit des temps ?

Sedef Ecer, d’origine franco-turque, et le metteur en scène Bruno Freyssinet sont à l’origine de ce pari sur la réconciliation qui est l’aboutissement d’un travail commun de longue haleine. De leur rencontre, en 2009, est né ce projet d’une œuvre basée sur le travail de mémoire et le dépassement nécessaire des traumatismes, aussi ancrés soient-ils dans les cœurs et les âmes.

En collaboration avec le documentariste Serge Avédikian, ils ont rencontré des jeunes et des moins jeunes, des témoins et des artistes, des historiens et des sociologues, tant à Erevan qu’à Istanbul, Berlin et Paris. Puis Sedef Ecer a écrit cette pièce, une pure fiction, montée avec des acteurs des quatre pays concernés. Elle a été montée pour la première fois à Erevan, en octobre 2011.

Elle a ensuite entrepris un long voyage dont l’une des étapes est le théâtre de l’Aquarium. Elle va poursuivre son bonhomme de chemin, afin de convaincre de la nécessité du respect mutuel, nonobstant les foudres de l’histoire, les drames, les morts, les blessures qui ne se refermeront jamais, car c’est le seul choix qui ait visage humain.

On ne dira jamais la pertinence d’une initiative empreinte d’un humanisme qui force le respect. « Les descendants » sont de ces œuvres qui ne peuvent laisser personne indifférents.

Visibilité du projet

La visibilité du projet a été assurée de façon différente selon les actions et les pays où ces actions se sont déroulées. Compte tenu de la durée des actions en Arménie qui représentait 50 % de l’ensemble de l’activité nous nous sommes appuyés sur notre partenaire sur place pour la mise en œuvre de cette visibilité, ainsi que sur la délégation locale de l’Union européenne.

En ce sens, la délégation de l’union européenne a organisé une conférence de presse au moment de la création du spectacle Les Descendants à Erevan en octobre 2011 et a permis à de nombreux journalistes de prendre connaissance du projet et du soutien de la commission européenne.

Comme précisé plus haut, notre partenaire arménien a aussi assuré un beau travail de promotion dans les médias avec une grande visibilité du projet sur les chaînes de télévision nationale. Pour ce projet, le directeur du théâtre qui nous accueillait à mobiliser son réseau personnel au sein des différentes chaînes de télévision.

En France, la visibilité du projet a été souvent liée à la visibilité du spectacle. L’agence de relations publiques travaillant avec le théâtre de l’aquarium a été mobilisée durant six semaines pour promouvoir le projet dans les médias.

En Allemagne, le projet a bénéficié de la visibilité de l’Anniversaire des relations Paris-Berlin et les représentation ainsi que l’annonce du débat ont été relayés par les différents supports de communication liés à l’événement.

 

débats

Première rencontre des partenaires, Paris, janvier 2011

Participants :

Bruno Freyssinet – Juliette Bompoint – Serge Avédikian – Sedef Ecer – Marylèn Iglesias Breuker – Vardan Mkrtchyan – Hovhannes Karapetyan – Christoff Bleidt – Hella Mewis – Sinan Ecer – Burcin – Elise Gonin – Forbon

Bruno : J’aimerais qu’on prenne un petit moment pour que chacun d’entre vous nous dise le rapport qu’il a intimement avec l’idée de réconciliation. Je vais essayer d’en extraire ensuite les mots clefs. Ces mots peuvent faire rebondir chacun sur des choses auxquelles il n’aurait pas pensé au départ mais qui vont apparaitre simplement par des évocations croisées. Ce travail on l’a déjà fait avec Serge, Sedef et Marylèn. Je vous propose de le faire aujourd’hui, qui veut commencer ?

Sedef : Pour moi il y a deux choses très importantes ; premièrement c’est par rapport à ce passé de mensonge dans lequel on a grandi, de mensonge officiel en Turquie, à cause de la dictature et d’autres raisons. Un projet c’est toujours personnel et la deuxième chose c’est pour moi une réconciliation avec moi-même, avec ma personne, à l’intérieur de l’écriture. Chaque écriture est très intime. Je pense qu’il y a une réconciliation personnelle à trouver, en tant qu’artiste, que française, que turque, que femme, que mère…

Forbon : Pour moi la réconciliation c’est une quête, une recherche, quelque chose qu’il faut poursuivre. Il faut se poser des questions, se remettre en cause. Vis-à-vis de mon pays, le Congo, je suis vraiment au cœur de ce processus d’où l’importance du questionnement chez les victimes et les bourreaux.

Sinan : je vais ajouter quelque chose à ce que Sedef vient de dire. Nous les turcs, je crois qu’on a été très blessés par tout ce qu’on nous a caché. La réconciliation, selon le sens du dictionnaire, doit nous amener à une très belle fin. J’aurais préféré ne pas avoir à faire ce projet car j’aurais aimé que cette histoire n’existe pas. Il y aura toujours des bagarres, des disputes et on aura toujours besoin de cette réconciliation. Ça nous amène tout de suite dans le sens du mot du projet et c’est très vexant pour nous.

Bruno : Est-ce que tu penses que c’est lié au sens du mot réconciliation dans sa traduction en turc ?

Sinan : Je ne pense pas, il ne faut pas s’arrêter sur les mots mais s’investir dans le fond du problème.

Serge : Qu’est ce qui a fait débat ? Quel autre mot pouvait être utilisé ?

Sedef : Nous on a utilisé « Uzlasma»

Bruno : Ce qui a été reproché à « Uzlasma », comme l’a dit Osman Kavala, c’est qu’on avait l’impression que c’était une sorte de compromis, que c’était un mot qui évoquait l’arrangement, plus que quelque chose qui était positif. Ce n’est pas un mot qui est personnel mais plutôt un peu technique. Il y a une notion de faire place nette sans résoudre le problème.

Marylèn : De toute façon pour moi la réconciliation, la question qui se pose c’est que ça implique nécessairement la question du pardon, donc d’une part d’oubli, et donc du passage du temps. Le temps, l’oubli et le pardon sont complexes et ils se confondent dans cette question. J’étais à Buenos Aires dans la communauté Arménienne, je voulais voir des danses arméniennes. J’ai parlé avec une femme qui devait avoir 75 ans. Quand j’ai expliqué le projet elle a commencé à se raidir. A la fin je lui ai dit qu’on travaillait avec des jeunes. Et là, elle a dit que pour les jeunes c’est une bonne chose. Elle voulait dire par là que pour elle c’était trop tard. Et j’ai bien compris alors la question du temps. Moi, en tant qu’Argentine, aillant quitté le pays pendant une dictature, je ne veux par me réconcilier avec ces gens là. Mais peut être la jeune génération va rentrer dans cette démarche. Il y a aussi le devoir de mémoire qui fait qu’il y a des choses qu’on ne veut pas pardonner. Ça pose aussi la question du pardon ; jusque où ? Pourquoi ? Qui ? Et à quel moment ? La question du moment est très importante.

Sedef : Oui, et l’oubli aussi. Jusque où ça doit aller ? Quelle est la part d’amnésie qu’on doit avoir ? Mais il faut aussi que la douleur reste vive.

Christoff : Pour moi la réconciliation c’est au premier plan un mot très beau. Je suis très heureux de la réconciliation France/Allemagne par ce que ça a fait beaucoup dans ma vie. Je suis la génération d’après guerre, je suis né en 1956. Je suis né dans ce procès de réconciliation. A l’école il y avait beaucoup d’activités qui soutenaient mon intérêt pour la France. Ça se passait aussi dans ma vie. Je suis allé en France quand j’avais 15 ans, en Alsace, et on dormait à côté d’une route. Le dimanche d’après plus rien n’allait, personne ne voulait de nous. Dans la boulangerie les gens ne nous parlaient pas. Aujourd’hui je sais que c’était le 14 juillet… En Alsace… C’est un moment dans ma vie où j’ai senti l’histoire près de moi, que c’était un procès. J’étais très heureux quand Bruno est venu chez nous pour nous proposer la coopération. Pour moi la réconciliation se passait dans ma vie, concrète et positive. Nous avons discuté à Berlin. En Allemagne il y a deux mots pour le mot réconciliation. « Aussöhnung » veut dire quelque chose de très complet. Une tension a la possibilité de s’apaiser avec le facteur du temps qui est nécessaire. « Versöhnung » c’est un aspect plus définitif. C’est le dialogue qui va avec plusieurs générations. Tout n’est pas harmonieux tout de suite. Le dialogue doit devenir normal.

Bruno : Cette idée de dialogue c’est un mot qui semble plus simple que le mot réconciliation. Je l’ai évoqué avec un intellectuel turc. Pour lui réconciliation était trop fort. Si le mot dialogue pouvait déjà exister ça serait magnifique.

Sedef : Oui par ce qu’il y aurait le début d’un chemin. « Uzlasma » c’est le même niveau que réconciliation, et réconciliation est déjà trop ambitieux.

Marylèn : Je voudrais rebondir. Quand tu dis Sedef qu’il y avait beaucoup de mensonges dans votre histoire, il ne faut pas oublier que l’histoire est faite de mensonges. Il faut aussi beaucoup de temps pour que la vraie histoire se décante. Quand De Gaule dit après la guerre « la France était ailleurs », c’est un mensonge, il fait ça pour la réconciliation nationale. Il y avait deux camps séparés en France. Et je pense que la France a aussi une histoire de réconciliation. Il y a eu de gros mensonges ; il n’y a pas eu de pétainistes… Par ce qu’il faut continuer à vivre on ment. Puisque c’est dans l’immédiateté. Il faut avancer. La vie réclame de l’oubli.

Sedef : L’oubli est quelque chose d’extrêmement nécessaire et important. A partir de quand la part de l’oubli n’est plus moral ?

Serge : Il faut repartir vu l’histoire de l’humanité. Il y a toujours eu des vainqueurs et des vaincus. Ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire. Les vaincus ne peuvent pas l’écrire. Dans les deux cas ; Allemagne/France et Turquie/Arménie, c’est très complexe. La Turquie était normalement le vaincu mais c’est quand même elle qui a écrit l’histoire concernant l’empire Ottoman, pour des raisons très complexes. Il y a quand même eu un procès en 1919. Il y a un détachement des jeunes turcs par rapport à la suite. C’est comme si la Turquie n’avait pas perdu la guerre et qu’elle s’était construite sur un lapse de temps. Les jeunes turcs ne pensent pas avoir perdu la guerre. On a perdu mais on devient vainqueur car on reconstruit sur les cendres. Je nuance ce que tu dis Sedef. Le mensonge dont parlent Sedef et Sinan est très complexe.

Marylèn : Mais la relation France/Allemagne est tout aussi complexe.

Serge : Oui mais il y a eu volonté politique plus concrète. L’Allemagne était vaincue, il y a eu un procès, on a circonscrit un parti, le parti nazi. C’est eux qui étaient les fautifs. On va dire à l’Allemagne, maintenant vous pouvez vous reconstruire sans cette partie. Ce n’est pas ce qu’il s’est passé en Turquie. C’était un cataclysme énorme ; passer d’un empire à une république, passer à la laïcité forcée. Il y a eu un mouvement très complexe. Les parallèles sont possibles, mais les différences énormes. Sans dialogue on ne peut pas revenir à l’utopie de la réconciliation. Car pour moi la réconciliation est une utopie totale. Mais il faut vivre avec cette utopie. Le théâtre aussi. La base est un dialogue. Entre turcs et arméniens ce dialogue ne peut être tissé que dans la société civile puisqu’il n’y a pas de volonté politique de l’instaurer. C’est une difficulté particulière. La société civile doit savoir qu’on lui a menti. Les arméniens eux, se sont construits avec ça. Comme si ce peuple basait son identité sur le génocide. Le génocide constitue le terreau commun de l’identité arménienne, et c’est terrible.

Marylèn : je pense que la réconciliation Franco/Allemande a été faite grâce à une volonté politique. J’aimerais cependant savoir ce qu’il se passe à l’intérieur des êtres. Quand je me baladais en France avec une voiture immatriculée allemande, j’avais du mal et on me traitait de sale « bosch ». On a mit la faute sur Hitler et les nazis. Hitler est un méchant. Les français n’avaient pas besoin de collaborer. En France ils étaient tous résistants, dans les familles allemandes il n’y avait pas de nazis. Il y a une réconciliation très rapide. Mais dans le fond qu’est ce qui a fait que des gens ont accepté de donner leurs voisins ? Moi je parle du fascisme au quotidien. La petite mesquinerie. Je pense que ce n’est pas encore résolu car ça touche au petit Hitler qui est en nous.

Forbon : Il y quand même un décalage entre l’apprentissage scolaire et le fait que ça existe encore. Vous vous l’avez vécu, pour nous c’est loin.

Elise : Je réfléchissais quand je vous entendez parler, qu’est ce que pour moi la réconciliation ? Pour moi il n’y a même pas d’idée de réconciliation mais de conciliation. Je connais l’histoire dont je suis issue mais elle me semble loin. Cependant certaines choses passent à travers nous inconsciemment. C’est pour ça qu’il est important que la réconciliation soit faite par nous mais aussi par nos parents, qui sont la génération du dessus. Pour moi la chute du mur de Berlin me semble d’un autre temps.

Serge : votre génération en particulier vit une période de concepts nouveaux : mondialisation, dépassement des frontières. Abolition des nations. La tuerie c’est la constitution des nations. C’est ce qui a fait des dégâts en chaine. Pour vous c’est loin mais c’est par ce qu’on a mit des mots dessus, que ça a été enseigné.

Elise : Il doit y avoir un dialogue entre les générations très important.

Marylèn : Je suis là pour l’Allemagne mais aussi pour l’Argentine. Le génocide on ne sait pas comment ça a commencé. Les peuples indigènes ont été sauvagement tués. En Patagonie c’était un vrai génocide. N’oublions pas que l’Europe vit un temps magnifique puisque les conflits sont mis dehors. Il y a plein de connotations. Vous avez la chance de vivre votre jeunesse dans un endroit en paix.

Forbon : oui d’où l’importance de ce dialogue. Le jour où un conflit va naitre on ne sera pas armé. C’est nécessaire de s’écouter.

Serge : Il y a des lieux de mémoire qui ont été symbolisés, musées etc. Ce sont des points de repères qui permettent l’enseignement. Mais l’enseignement du conflit doit être fait sans induire la haine du perdant, c’est la difficulté. Il y a eu des gestes symboliques entre français et allemands qui sont venus ponctuer l’histoire. Entre turcs et arméniens c’est plus compliqué, spoliations et disparition d’un peuple. Un vide a été crée. Ce vide a été en partie rempli par d’autres populations. On pense évidement aux kurdes.

Sedef : Il y a aussi tous les mensonges par rapport à la population kurde.

Serge : Pour faire un travail sur la mémoire arménienne en Anatolie, aujourd’hui ça serait très intelligent de passer par les kurdes. Si tu ne passes pas par les kurdes, c’est comme si tu les niais alors qu’ils ont joué le bras armé. Ils ont été instrumentalisés. Ne pas leur demander de se souvenir ça serait nier leur propre occupation des lieux. C’est complètement miné. C’était une mosaïque de peuples. Si le gouvernement lâche ça risque de péter. La réconciliation, il faut passer par l’instauration d’un dialogue plus large.

Sinan : C’est incroyable de se dire qu’après 100 ans c’est trop tôt.

Serge : On parle de temps mais c’est un temps très particulier.

Bruno : On va maintenant entendre un peu chacun, en particulier cette rangée sur la question du rapport intime.

Vardan : Le mot arménien « achtetsoum » correspond à réconciliation en français. Je pense qu’en Arménie ce mot à un sens assez faible. Parce que par exemple, on utilise ce mot quand il y a un petit conflit. Pour que le mot est un sens plus spécifique on doit se référer à d’où il vient. La capacité de victimisation de celui qui se positionne. Moi je donne du sens au mot par l’acceptation de la victimisation en tant qu’héritier. Quand tu acceptes de te considérer comme une victime c’est un pas que tu fais pour que la réconciliation ait lieu. Je parle de là ou je suis. Il faut que j’accepte d’avoir été victime pour accéder à la réconciliation. Dans le cas concret dans la relation arméno/turque, le mensonge a ajouté quelque chose de difficile pour la réconciliation. La non reconnaissance. Pendant ces 95 ans le fait qu’il y ait non reconnaissance, le fait devient comme une sorte de tumeur qui excite, au lieu d’être quelque chose de concret. Se positionner comme victime est alors pas facile. Il y a un travail permanent à faire pour éteindre le feu contre la révolte contre le mensonge. Le temps joue contre, il excite la douleur.

Marylèn : Il s’agit vraiment de génocide. Des gens qu’on prend et qui n’ont pas la possibilité de se battre. Si on a la possibilité de se battre, de résister, on n’a pas cette sensation. On ne se sent pas victime. La résistance a été mise en avant, car c’est une manière de récupérer sa mémoire.

Serge : Chez les arméniens l’apparition du terrorisme est de cet ordre. Quand justice n’est pas faite, les gens veulent faire justice par eux-mêmes. Ils prennent les armes, ils s’organisent, tuent des diplomates… ça dégénère ensuite, ça devient un terrorisme aveugle. Sortir de la victimisation c’est faire la guerre.

Marylèn : Parfois la réconciliation n’est pas possible. S’il n’y avait pas eu la résistance française je ne sais pas où on serait. On pense à Simone Veil qui était pro-pétainiste. Depuis beaucoup d’années on vit dans une situation de paix, mais il faut parfois aussi savoir se battre pour ses idées.

Sinan : Mais avec beaucoup de courage, même avec les politiciens, la réconciliation doit se faire par la société civile, par les gens.

Serge : le problème dans le cadre arméno/turc est à plusieurs niveaux. Si la réconciliation venait d’en haut ça faciliterait le problème, si la société civile était un peu plus entendue ça serait bien.

Sinan : ils ont essayé de commencer par des matchs de foot !

Hovhannes : Comme Elise parlait de conciliation et réconciliation. Je pense que dans le cadre de conciliation on à la possibilité de discuter, collaborer, être ensemble. Mais pour réconciliation il faudra toujours avoir la possibilité de se pardonner car elle inclut toujours quelque chose de mal commis. Il faudra toujours vouloir pardonner. S’il n’y avait pas de mal commis il n’y a pas de réconciliation. Il faut que le mal soit nommé pour avancer. Même entre deux personnes, la réconciliation se fait quand tous les deux sont prêts à se réconcilier. Je suis impressionné de mes collègues turcs qui acceptent que la faute ait été commise. C’est une générosité de leur part. On ne peut pas aujourd’hui s’entendre sur le niveau politique. Il faudra accepter le fait que les politiciens turcs ne peuvent pas accepter que leurs grands pères aient commis des crimes. La jeune génération n’est pas responsable. Il faudra démontrer la générosité de se pardonner mutuellement. Il faudra toujours se mettre autour de la table.

Sedef : Je ne suis pas politicienne, sociologue. Je crée un projet et j’ai besoin de matériel pour écrire. Ce qui me met en colère c’est que la génération du dessus m’a entrainée dans le négationnisme. J’ai appris à 30 ans le génocide et ça m’a pris 5 ans de l’accepter. C’est monstrueux ce qu’a fait le grand père mais c’est de la colère contre le père qui a menti dont je vais me servir pour ce travail là. Je suis petite fille de bourreau et fille de monstre menteur.

Sinan : Mais il faut aussi se demander s’il le savait vraiment. La nouvelle génération accepte de reconnaître le génocide ; mais pas ce premier ministre qui n’est pas le mien et qui est de la même génération

Sedef : j’ai envie d’écrire sur ceux qui m’ont empêché la réconciliation. Je ne veux pas faire du théâtre de propagande.

Marylèn : Moi au niveau de la danse je veux travailler sur une gestuelle qui va concerner toutes les situations, tous les génocides. Et comment on se bat contre les génocides. Je parlais des relations turco/allemandes. Il y a toutes sortes de relations, on peut s’en nourrir et aussi traiter de l’intime.

Vardan : J’ai travaillé sur cette période. Lorsque vous parlez d’humanité, je partirais presque de la vérité du cœur, de l’humanité. Il y avait avant la personnalité du culte. Il fallait y croire. Lénine était presque un dieu et même l’acteur qu’on choisissait pour jouer Lénine. En trois générations on a compris que c’était faux. Le revirement s’est passé très vite. Peut-être que notre travail c’est de regarder tout ça avec une sorte de tranquillité sans se mettre dans un état de préjudice. Mon grand-père habitait dans un village, il devait se marier avec une fille inconnue par vue. Et il se marie. Il y a des gens encore dans cet état d’esprit, obéir à la tradition. Moi je dis c’est une tradition, ok, mais ce n’est pas mon problème. C’est la rupture avec la tradition.

Christoff : Parfois il y a des problèmes. En particulier les turcs en Allemagne, problème d’identification. Cette question est nationale.

Sedef : Chaque fois que j’écrivais des chroniques en Turquie sur l’Arménie, je recevais des lettres de menaces. Il y a donc énormément de gens qui ne veulent pas en entendre parler.

Marylèn : Le problème des peuples déplacés existe. Souvent les arméniens déplacés sont plus arméniens que les arméniens et c’est pareil pour d’autres. Quand on vit ailleurs on essaye de faire vivre avec soi ce pays de sa mémoire.

Sinan : Il faut se demander pourquoi le reniement. Par peur ? Par honte ?

Sedef : il y a plein de réunions où je n’en parle pas par peur.

Marylèn : j’écoute cette histoire de réconciliation en venant d’Argentine où la réconciliation est impensable. Certaines personnes de la famille ne se parlent même plus et c’est irréductible. Ça ne sera réductible qu’avec la mort de certaines générations.

 

 

Retranscription du débat Réconciliation

5 mai 2012 Théâtre Aquarium, Paris.

Bruno Freyssinet : Mesdames, messieurs, merci beaucoup d’être restés avec nous si nombreux. Pour modérer ce débat ce soir, Ariane Bonzon est avec nous. Elle est journaliste et elle a bourlingué à travers le monde, particulièrement en Afrique du Sud, en Israël, en Palestine et en Turquie. Elle connaît donc très bien la spécificité de la situation turque puisqu’elle était correspondante là-bas pour différents organes de presse. C’est donc elle qui va prendre la suite et présenter cette soirée. Merci.

Ariane Bonzon : Bonsoir. On a souvent tendance à dire que la réconciliation et la paix, c’est ce que l’Europe sait le mieux faire. La réconciliation franco-allemande étant un vrai cas d’école, aujourd’hui c’est sans doute la réconciliation entre la Turquie et la France, et l’Europe en tout cas. C’est à dire la réconciliation entre l’Arménie, les arméniens de la diaspora, et les turcs. Cette pièce a déjà abordé le sujet. Avant de passer la parole aux trois personnalités qui sont là, je voudrais d’abord poser une question. L’intitulé de ce débat est : Réconciliation impossible. C’est bien pessimiste, et comme l’a dit Bruno, j’ai eu la chance d’assister moi-même en Afrique du Sud à une réconciliation qui s’est réalisée. Donc ce n’est pas vrai que les réconcilia tions sont impossibles. Et je voudrais déjà poser quelques jalons : entre les Arméniens et les Turcs on a toutes les indications, tous les indices qui font que c’est une réconciliation, ou qui en tout cas apparaît comme telle. On l’a vu encore ces derniers temps. Il y a une opposition fondamentale : les histoires nationales sont antithétiques, les mémoires incompatibles, une hostilité ancestrale, parfois des intérêts contradictoires… Bref, c’est aussi un cas d’école, mais dans l’autre sens. Pourquoi alors en Afrique du Sud, alors que nous retrouvons ces éléments, cela a été possible ?

Quelques éléments ont rendu possible cette réconciliation. Par exemple, il y a d’abord, la mise en place d’un dispositif bien sûr, mais surtout la conviction qu’il faut parler ensemble dans un intérêt commun. On l’a vu pour le conflit israélo-palestinien, il n’y a sans doute pas eu cette prise de conscience là. Il y a un échec. D’autres part, il y a aussi des personnages charismatiques. Que ce soit en Afrique du sud avec De Klerk, Nelson Mandela, ou d’une certaine manière, moins heureuse, en Israël avec Rabin et Arafat, les personnalités charismatiques comptent. Il y a aussi évidemment le rôle de la pression internationale. Pour l’Afrique du Sud, ça a joué un rôle énorme dans le processus de paix. Peut être que la pression internationale n’a pas été la même en Israël et en Palestine. Ensuite, on peut, et ça nous intéresse tout particulièrement dans la question arménien/turcs, se poser la question sur l’importance de la religion. En Afrique du Sud, je me souviens de scènes assez édifiantes où l’on voyait les ministres noirs et les activistes blancs se tenir la main et prier en même temps. En Israël et en Palestine, il y a évidemment une antinomie religieuse. Côté arménien/turcs, la question se pose aussi. Nous allons essayer de répondre à toutes ces questions.

Les intervenants :

Yves Ternon, historien spécialiste des génocides juifs, arméniens et rwandais, qui s’est consacré à la recherche sur les crimes contre l’humanité et à la question du négationnisme.

Guerre et génocide au XXème siècle, publié chez Odile Jacob, 2007

Jean-Pierre Mahe, orientaliste, philologue et historien du Caucase, spécialiste des études arméniennes.

L’Arménie à l’épreuve des siècles, Gallimard, Découvertes Histoire, 2005,

Michel Marian, agrégé de philosophie à l’institut politique de Paris

Dialogue sur le tabou arménien, 2009, écrit en collaboration avec Ahmet Insel, turc.

Bruno Freyssinet, metteur en scène de la pièce Les descendants

 

Nous regrettons de ne pas avoir à nos côtés de turcs, notre invité n’ayant pas pu venir, mais la communauté turque est représentée dans la salle : je pense à Sedef Ecer et à Serra Yilmaz qui interviendront lors de ce débat.

Bruno Freyssinet nous expliquera comment il a essayé de nouer cette réconciliation concrètement au sein de cette pièce de théâtre.

Chacun prend la parole pendant 10 minutes puis la parole sera donnée à la salle.

Nous commençons avec Yves Ternon.

 

Yves Ternon : Lorsque en 1994, on parlait de réconciliation en Afrique du Sud, se produisait au Rwanda le plus abominable crime de masse : le génocide des Tutsis. Le problème clé est d’abord de comprendre ce qu’est un génocide. Je rends hommage aux auteurs et aux acteurs de cette pièce pour avoir compris, du moins en partie, ce qu’était le génocide. Ce n’est pas seulement un crime contre l’humanité, c’est un évènement absolument spécifique. Cela signifie qu’à un moment donné, dans un lieu donné, un groupe donné n’a plus le droit de vivre : les femmes, les enfants, les hommes, les vieillards, tout le monde doit disparaître au nom d’une idéologie, au nom d’un principe qui les condamne définitivement. C’est un évènement tellement terrifiant qu’on a peine à le penser dans l’immédiat, à le penser ultérieurement.

Evidemment se pose la question pour les historiens (ceux qui en parlent après et non ceux qui en parlent pendant dont on parle dans la pièce.) à décrypter exactement ce qu’il s’est passé. Or c’est un long travail. Un travail de plusieurs décennies. Nous parvenons quand même de plus en plus à cerner ce qu’il s’est passé en 1915/1916 dans l’empire ottoman, de 1941 à 1945 dans les pays d’Europe occupés par les nazis et au Rwanda en 1994. Mais cela suppose que la vérité soit établie et reconnue. Elle l’est pour la shoah au moment des procès, lorsque les nazis reconnaissaient les faits, sans demander pardon, bien entendu. Mais elle l’est surtout pour les générations suivantes en Allemagne, qui ont œuvrés à l’établissement de cette vérité, et qui ont largement participé à la recherche historique. Il n’y a pas de tabou sur la question de la Shoah en Allemagne. Donc la réconciliation entre descendants des allemands et des juifs victimes ne posent pas en soi problème puisque la vérité était là, au cœur.

Il en est différemment pour le génocide des arméniens par l’empire ottoman. Pour une raison très simple, c’est que ce génocide n’a pas été réellement un échec pour ces auteurs. C’est parce qu’ils ont poursuivi, ultérieurement, de façon différente certes, mais les mêmes principes de nationalisme qui avait été à l’origine du génocide. Parce que les responsables de ce génocide ont été les fondateurs de la république de Turquie. Et parce qu’ils ont entretenu, et qu’ils entretiennent encore aujourd’hui le refus d’établir la vérité pour un certain nombre de raisons. D’abord pour une raison d’honneur en quelques sorte, parce que « ça ne peut pas avoir eu lieu en Turquie ». C’est là le problème de la réconciliation. Tout est possible entre les descendants de bourreaux et ceux des victimes dans la mesure où il n’y a pas refus de la vérité.

Quand on envisage une loi pour la pénalisation du génocide des arméniens en France, et que la Turquie fait débarquer 20 000 personnes de toute l’Europe pour manifester contre ce qui sont des prétendues allégations ; quand le 7 avril, à Metz, 10 000 personnes, appelées par la fédération des rapports Turquie/France, vont dire que ce sont des inventions et que les arméniens devraient être raisonnables ; a ce moment là, il n’y a pas de réconciliation possible. La réconciliation doit venir de la base et c’est là tout le travail que je souhaite voir développé. Et avec cela la possibilité pour les enfants de bourreaux, les enfants des victimes, de pouvoir se réconcilier, parce qu’ont été établis des liens, des dialogues, la vérité. A ce moment là tout est possible, c’est vrai.

Mais tant que le gouvernement contrôle ces possibilités de réconciliation, tant qu’il bloque l’établissement de la vérité, tant qu’il demande à des comités d’historiens pour établir une vérité qui est indiscutablement connue de tout le monde des historiens, à ce moment là il n’y a pas de réconciliation possible. Donc je pense que c’est en Turquie, à la base, que cette réconciliation doit être faite.

Au Rwanda par exemple, la réconciliation est infiniment difficile puisque victimes et bourreaux, 18 ans après, vivent ensemble. Ils se connaissent, ils se sont parlés, ils se détestent et ils s’aiment en même temps parce qu’ils sont du même pays. La réconciliation est là aussi possible. Elle sera longue dans la mesure où on est face à la cause même du génocide qui est au Rwanda l’ethnisme. La cause même qui était, en Allemagne, cette folie qu’est le racisme biologique. On a pu voir cette folie incarnée dans la pièce par une femme, ce qui était très habile d’ailleurs.

Cela ne peut être possible en Turquie, que si l’idéologie cesse d’être nationaliste à outrance, et si ce pays marche vers la démocratie. Je rends hommage à ceux qui, en Turquie, aspire à la démocratie en tendant à établir un dialogue entre les descendants des Arméniens et ceux des Turcs. D’autant qu’un certain nombre des descendants de ces victimes sont souvent des Turcs d’aujourd’hui. Durant ce phénomène très spécifique du génocide arménien, qui a fait au moins 10 000 disparus, certains ont été enlevés et élevés dans des foyers turcs et leur identité arménienne ressuscite parfois à la 5ème génération. Ceux-là peuvent contribuer à la réconciliation, mais elle n’est possible que s’il y a deux personnes saines l’une en face de l’autre, deux personnes qui acceptent la vérité. Si l’une continue à mentir, si l’on ne demande pas pardon pour cette abomination qu’est un génocide, la réconciliation est impossible.

 

Ariane Bonzon : Donc pas de reconnaissance, pas de réconciliation tant que la vérité historique n’est pas reconnue officiellement.

Jean-Pierre Mahé, est-ce qu’il y a une fatalité arménienne ? Est-ce que de tout temps, il y a eu pour les arméniens, qui n’étaient peut être pas au bon moment au bon endroit, des conflits et des réconciliations ? Quels procédés  pour cette perspective historique que vous allez nous exposer ?

 

Jean-Pierre Mahé : Après avoir entendu ce qu’a dit le docteur Ternon, on comprend un point essentiel, c’est que le génocide est une chose tout à fait indicible. Et qui d’une certaine façon, ne peut pas être présentée comme le résultat d’une sorte d’enchaînement, d’une fatalité historique. Il y a forcément une rupture. Comme vous le savez, le génocide arménien de 1915, est autre chose qu’un massacre. Il y a eu un plan, un changement de nature. Il y a eu des massacres extrêmement graves en 1896. Peut être qu’à un certain moment, on était enclin, dans la recherche historique, à penser qu’au fond ces massacres (environ 250 000 à 300 000 victimes) était une sorte de préparation au génocide futur. On est bien conscient aujourd’hui que ce n’est pas du tout la même chose. Ces massacres de 1894 était une répétition de ce qui s’était déjà produit dans le passé à maintes reprise dans l’empire ottoman : des opérations destinées à briser des révoltes, à faire peur à des populations qui s’étaient révélées. Tandis que ce qui s’est passé en 1915 répondait à un processus entièrement nouveau, quelque chose de planifié, et pour nous, difficile à imaginer. D’une certaine façon, ce que l’on peut faire remarquer sur le long passé tragique de l’Arménie restera toujours en rupture par rapport à cette catastrophe.

Si je devais expliquer rapidement ce qu’a été le destin de l’Arménie, j’emploierai une comparaison géologique. Chacun sait le tremblement de terre de 1988 qui nous a rappelé au tragique d’une manière frappante. L’Arménie est à la jonction de plaques tectoniques. Si on lit les chroniques arméniennes depuis l’Antiquité jusqu’au Moyen-âge, on y trouvera de terribles tremblements de terre récurrents.

Ce qui est valable géologiquement l’est aussi ici géopolitiquement. A mon sens, à raison d’évènements qui se sont produits au tournant de notre ère, l’expansion de l’Empire romain vers l’Orient s’est arrêtée au Caucase qui a marqué la limite extrême et tout les conquérants romains jusqu’à Pompée ont pris un parti à peu près identique : renoncer à aller plus vers l’est, (malgré quelques tentatives d’aller combattre les Spartes soldées par des échecs) et renoncer à faire de l’Arménie une province romaine. L’Arménie a donc été un état frontière, un glacis de défense à la limite des grands blocs stratégiques : successivement Rome, la Perse, Byzance, les arabes, l’empire ottoman, celui des Safavides, des khazars, puis les Russes. Il en a résulté pour les arméniens, une position extrêmement dangereuse : dès qu’un bloc essaie de prendre l’avantage sur l’autre, il va essayer de conquérir l’espace intermédiaire, entraînant l’Arménie dans toutes sortes de guerre désastreuses engrangeant l’érosion de son territoire. Rappelons que l’Arménie actuelle représente moins d’un dixième du territoire de l’Arménie historique.

Un autre point, peut être la question à se poser : est-ce que l’Empire Ottoman, établi en Orient à partir du 16ème siècle a apporté quelque chose de différent par rapport aux dominations étrangères imposées à l’Arménie dans les siècles précédents ? Il me semble que oui. Je dirais que le point essentiel, c’est que l’Empire ottoman dans ses débuts et à son âge classique a choisi une politique très différente de celle des Perses, des Byzantins et des arabes. Il a choisi la politique de se débarrasser des élites arméniennes traditionnelles. Si vous voyez par exemple la domination arabe, peut être la plus caractéristique à ce sujet, un traité de protection a été proposé aux arméniens. C’est bien sûr un euphémisme pour dire soumission. Dans l’ensemble, les princes arméniens ont été gardés dans leur domaine, dans leur principauté. Par la suite ça s’est un peu gâté car il y a eu des révoltes mais dans l’ensemble il y a un avant et un après la domination arabe, sans aucune discontinuité. Il y a des élites locales qui sont restées. Au contraire avec les ottomans, lors de la conquête, toute l’aristocratie arménienne a disparu. Il restait donc une population sur ces terres mais qui dépendait exclusivement, soit du sultan, soit des personnes à qui le sultan avait concédé des terres. Naturellement je mets à part les domaines religieux. L’inconvénient de cette situation, c’est que, lorsqu’on garde les élites en place, on garde la possibilité d’un dialogue avec les populations. Après la suppression des élites, il n’y a plus de dialogue possible. Après les déportations et les évolutions économiques produites, on a des élites qui sont extériorisées. Les arméniens vivant dans l’Est anatolien étaient des simples sujets des rayas, des gens de toutes petites conditions, des pauvres paysans. Les arméniens cultivés étaient de très grands marchands en Perse ou en Inde et jusqu’en occident. Un divorce s’est crée entre ces nouvelles élites extérieures à l’Empire ottoman et les dirigeants ottomans. Ce divorce est devenu grave, dangereux, menaçant pour l’équilibre de l’empire ottoman et là a commencé la décadence. Les partis politiques arméniens se sont créés à l’étranger, avec des doctrines étrangères, avec des bases situées en Suisse, en Russie ou ailleurs et ils sont devenus potentiellement dangereux pour un pays perçu à cette époque comme « l’Homme malade » de l’Europe.

La réconciliation à ce moment là était-elle impossible ? Sûrement pas, et elle a même failli avoir lieu. Car à cette époque, de turcs éclairés et conscients du problème de leur pays, ont tenus à l’étranger des congrès de l’opposition ottomane. On voit très nettement qu’à partir de 1902, les partis politiques arméniens se rapprochent de ces partis d’opposition ottomans à l’étranger, concluent avec eux des accords et ainsi la révolution de 1908 a été faites conjointement par les jeunes-turcs et les arméniens. Malheureusement, il y a eu à ce moment là une série d’événement, en particulier les guerres balkaniques et les indépendances ensuite, qui ont réveillés les démons du nationalisme. Cela a engendré des violences tout d’abord tolérées puis programmées par les dirigeants turcs.

Peut-on imaginer maintenant une réconciliation ?

Sur ce point je serai bref, car le docteur Ternon a pratiquement tout dit. Je rejoins cette idée que la réconciliation n’est possible qu’au prix de la vérité. J’ajouterai peut être cette nuance : à un moment donné, une société n’est capable de recevoir qu’une petite dose de vérité, et pour que cette dose de vérité tolérable par l’opinion publique grandisse, il faut une longue préparation démocratique. Et à mon sens, le plus important à souligner à l’heure actuelle, est qu’il se passe des choses peu rassurantes en Turquie. Je regrette de dire que les emprisonnements massifs de parlementaires, de journalistes, pour délit d’opinion, sont graves. C’est à mon avis sur ce point que devraient porter les efforts et la vigilance de ceux qui souhaitent la réconciliation.

 

Ariane Bonzon : Merci pour cet exposé et en particulier d’avoir montrer la spécificité à la fois géographique et historique de l’Arménie qui nous permet de mieux comprendre les difficultés de la réconciliation. On voit à quel point les racines du problème sont étendues. Vous dites que le peuple est parfois prêt à entendre une petite dose de vérité et qu’il a besoin d’une longue préparation démocratique.

Michel Marian, vous seriez donc au début de cette longue préparation démocratique puisque vous avez décidé, malgré la non reconnaissance officielle des faits historiques, de tendre la main et de commencer le dialogue avec les turcs.

 

Michel Marian : Oui, je peux essayer peut être de décrire les étapes de ce choix et de la situation telle que je la vois aujourd’hui. Un mot avant par rapport à la question elle même. Bien sûr, tous les éléments objectifs, ou presque, semblent laisser penser que cela va être très long, mais on sait aussi que dans ce genre de problème il peut y avoir des accélérations. Des retours en arrière et des accélérations très brusque.

Je vais peut être expliquer la préhistoire de mon choix, en essayant d’aller vite. J’appartiens à une génération d’arméniens, la 3ème (qu’on ne distingue pas de la 2ème dans la pièce) qui a pris conscience de la nécessité d’agir dans les années 70. On sait à la fois qu’il y a eu un réveil qui venait des années 60, et qui montrait avec évidence une double injustice. La première est que ce phénomène extrêmement grave, sans commune mesure même avec d’autres crimes de masse, ai disparu de la conscience des opinions publiques, et en particulier dans les pays dans lesquelles nous vivions. L’histoire arménienne n’existait nulle part, ni dans nos manuel, ni dans les références communes. La deuxième injustice c’est qu’à partir du moment où cette revendication de reconnaissance du génocide a été posée dans des enceintes internationales, la Turquie a développé une série de pression, un contre argumentaire pour nier ce génocide. J’insiste sur cette double injustice car elle a dessiné le cadre, et la contrainte de ce que c’était de se battre pour la cause arménienne à cette époque là.

Je me suis battu au sens où j’ai fait des actions collectives, de lobbying, auprès d’instances internationales. Certaines ont été de vraies réussites puisque, par exemple, nous avons travaillés de façon à ce que le parlement européen en 1987 fasse une résolution qui, pour la première fois, faisait une perspective de reconnaissance du génocide. Des actions collectives donc, mais également des textes individuels pour démonter les arguments turcs. Ce travail a duré jusqu’en 2001, jusqu’à une sorte de couronnement de ces actions par le vote de reconnaissance public du génocide arménien par le parlement français. C’était à la fois très satisfaisant et en même temps, à mes yeux, c’était la fin de quelque chose. Cela montrait une première injustice qui était levée. On peut continuer bien sûr, reprocher au président des Etats-Unis de ne pas avoir prononcé le mot génocide mais à présent, chacun sait, dans la connaissance publique occidentale, que ce génocide a eu lieu. C’est même présent depuis une quinzaine d’année dans les manuels d’Histoire. On peut dire que ce premier aspect qui pouvait rendre fou, cette souffrance que cela reste inexistant dans les pays où nous vivions, a disparu.

A présent, reste la Turquie. Mais on pouvait, dès ces années là, se poser la question de savoir si la reconnaissance par la Turquie ne serait que la conséquence automatique de la reconnaissance par tous les plus grands pays du monde. Et, probablement, ce n’était pas le cas. C’est la réflexion que je me suis faite au bout de quelques années. Je me suis dit qu’il fallait trouver un autre chemin. Visiblement, il y avait une déconnexion entre la relative vitesse à laquelle cette réintégration de l’Histoire du génocide arménien avait été faite dans le corpus de valeurs et de hiérarchisation des faits et la résistance de la Turquie. J’ai commencé à me pencher sur ces nouvelles questions de dialogue. A l’époque, c’était assez « chaud » car les rares Arméniens qui rentraient dans des mécanismes de dialogue étaient immédiatement soupçonnés et accusés de faire le jeu de la communication politique avec le gouvernement turc. Ce dernier, essayait, lui, d’installer (quelques fois précipitamment) des enceintes de dialogue, surtout pour éviter que la France, les Etats-Unis et bien d’autres reconnaissent le génocide.

Je me suis donc dit qu’il fallait poser des conditions à ce dialogue pour qu’il ait un sens, et j’ai écrit un article en 2007 pour définir ces conditions. Il me semblait qu’il y avait deux conditions. La première était que les gens avec qui on dialoguait reconnaissent la rupture dont parlait Jean-Pierre Mahé. Reconnaître que le génocide soit une espèce de trou noir, un phénomène à la fois invraisemblable et unique, qui ne s’inscrit pas dans une chaîne de massacre et de contre massacre, reconnaître la spécificité absolue de ce crime. En l’occurrence ce qu’il s’est passé en 1915. La deuxième était que les gens reconnaissent qu’il y avait une forme de responsabilité morale de leur pays à laquelle il fallait donner une formulation. Je ne formulais pas de troisième condition, je ne leur demandais pas d’être des gens qui prononcent le mot « génocide » comme préalable à tout dialogue sincère et authentique.

Je pense que ces conditions ont été progressivement remplies par de plus en plus de Turcs. Il y a eu cette pétition, au nom de laquelle 30 000 signataires turcs s’excusaient vis à vis de leurs « frères arméniens » non seulement pour ce qu’on appelait « La grande catastrophe », mais également pour le mensonge qui avait perpétué cette catastrophe. Ce mensonge était une offense différente certes, mais une offense à prendre en compte.

A partir de ce moment là, avec l’un des intellectuels à l’initiative de cette pétition et grâce à l’idée d’Ariane Bonzon à laquelle je rends hommage, j’ai pu faire un dialogue autour de cette question pour essayer à la fois de rapprocher nos visions historiques et trouver les mots permettant à la société turque d’avancer. Je crois qu’à l’époque il y a eu un certain écho car le contexte était porteur.

Rappelons les points qu’Ariane a cités, des points favorables à la réconciliation :

Prise de conscience d’un intérêt commun :

Notons que du côté de la diaspora ce n’est pas évident qu’il y ait un intérêt commun avec la Turquie. Mais l’existence et l’enclavement de l’Etat arménien fait qu’il y aura toujours une ambivalence par rapport à la Turquie, car elle est à la fois le voisin menaçant et la porte de sortie vers l’Europe. A l’époque, l’intérêt commun commençait donc à être perçu.

Des personnages charismatiques :

Hrant Dink, journaliste arméno turc, qui plaidait pour une autre approche du travail de mémoire, qui soit davantage dans la fraternité, la réciprocité. Il a été assassiné par un nationaliste turc. Or cet assassinat a trouvé un écho chez une part très importante de la population turque, avec une manifestation constituée de 100 000 personnes criant « Nous sommes tous des arméniens ». Cela pouvait évidemment contribué à changer l’image de la société turque aux yeux des arméniens, et même ici de la diaspora.

Pression internationale : Il en faut et il y en avait toujours à cette époque là.

Religion : c’est là évidemment le plus difficile car il y a une ligne de fracture religieuse entre les chrétiens arméniens et les musulmans turcs. Mais c’est aussi l’époque où, à travers un livre de Fetieh Cheti ? et d’un certains nombre de discussion, on se rendait compte qu’un certain nombre d’Arméniens, et surtout d’Arméniennes et d’enfants avaient été sauvés en échange d’une islamisation qui avait perduré pendant trois générations. Pourtant beaucoup d’entre eux avaient gardé la conscience de leurs origines arméniennes ou la retrouvait.

Tous ces éléments étaient donc porteurs.

Dans un processus fragile comme celui-là, le contexte peut soudain changer. Il a changé. Il y a eu ce qui allait apparaître comme un état d’institutionnalisation, une forme de raccrochement à l’intérieur de laquelle la question du génocide pourrait être accepté par la Turquie. Il y a eu ces protocoles entre les deux états, qui ont été suspendus par la Turquie à la condition d’une réconciliation concernant le Karabar, un sujet pas directement relié au problème arméno turc. A la suite de cela, l’ensemble des conditions s’est durci de nouveau et la diaspora, en particulier en France, a ravivé la question de la loi de pénalisation.

Personnellement, je suis réservé et même opposé à ce type de loi pour des raisons philosophiques. Pour moi, il y a un fondement à l’argument selon lequel cette loi est liberticide. Mais je pense qu’il y a en plus une incohérence par rapport au combat des arméniens, c’est à dire un combat pour une reconnaissance morale. Cette reconnaissance morale suppose des formes de réciprocité dans les procédures et les principes, même dans l’inégalité la plus complète des responsabilités. Si on pense qu’il suffit de la liberté d’expression pour que la vérité historique s’impose, comme c’était le cas en France, aux Etats-Unis, il n’y a pas de raison pour que ce ne soit pas la même chose en Turquie. Il n’y a donc pas de raison d’interdire des opinions, même si ces opinions sont la traduction d’idéologie d’état. Voilà la première raison. La deuxième raison, moins forte mais importante tout de même, serait que cette loi me paraît inopportune dans une période où la société turque bouge. On a vu qu’il n’y a eu en Turquie ni de menace ni de poursuites contre les rares personnes qui se sont élevés en faveur de cette loi de pénalisation française. Ces gens là, Baskin Oran, pour citer le plus connu, mais également d’autres, ont continué à pouvoir s’exprimer dans les médias, ce qui, a contrario, montre que quelque chose d’irréversible s’est passé dans la société turque, qui est du côté d’un pluralisme. Certes, un pluralisme inégal, puisque l’Etat conserve sa position de lobbying, de pression, chaque fois que le mot « génocide » est prononcé dans les enceintes internationales. Mais, malgré tout, il est faux de dire que c’est la même chose que dans les années 80/90. Il n’y a plus une doctrine d’état, il y a systématiquement une forme de mise en doute de cette vérité du génocide pourtant internationalement établie. Ce n’est pas tout à fait la même chose, et je pense qu’il faut être attentif à cette différence pour pouvoir trouver un chemin.

 

Ariane Bonzon : Avant de laisser la place à la salle, je voulais savoir si Sedef Ecer, écrivain de la pièce, ou Serra Yilmaz, actrice qui participe à l’association de (nom) voudrait dire quelques mots sur cette évolution au sein de la société turque. Serra, as-tu vu les choses bouger dans un sens positif ?

Serra Yilmaz : Je crois qu’on a tous vu bouger les choses. Lorsqu’on est motivés, et qu’on s’intéresse à ce sujet, on peut tous s’en rendre compte. Puisque, malheureusement, lorsqu’on a perdu …, cela a été une très grande mobilisation au niveau de l’opinion turque. Beaucoup de choses qui étaient tabous ne le sont plus. Il suffit de regarder la participation au setting silencieux du 24 avril dernier sur la place de Taksim : une poignée de personnes l’année dernière, mais cette année trois fois plus. Aller faire ce setting est tout de même faire preuve de déterminisme dans ce que l’on vit, qui n’est pas forcément facile. Je crois qu’en Europe, où l’on n’a pas risqué des choses dans la vie de tous les jours, on a du mal à s’imaginer ce que cela peut représenter actuellement pour un Turc de s’engager pour affirmer la vérité du génocide. Aujourd’hui, aller s’asseoir sur la place de Taksim avec des photos de personnalités arméniennes arrêtées et amenées dans cette bâtisse aujourd’hui devenue le musée des Arts islamiques, c’est un acte extrêmement courageux. Comme cela a été dit, il y a aujourd’hui 96 journalistes en prison, sans parler des parlementaires et des autres. C’est donc, dès lors, une lutte qui est engagée. Moi même, par exemple, je ne suis pas l’une des premières à avoir signer la pétition mais l’une des dernières. Car j’estimais que c’était à l’Etat turc de demander pardon avant tout.

 

Ariane Bonzon : Rappelons ce qu’était cette pétition.

Serra Yilmaz : Cette pétition des intellectuels turcs s’adressant aux Arméniens était une forme de demande de pardon. Personnellement je suis née en 1954, et j’ai hérité, comme dans la pièce, de cette situation. Et j’estimais qu’avant tout c’est un état qui doit régler ces problèmes. Juste au moment où l’on discutait de ça entre nous, un phénomène incroyable s’est produit. Une député du parti CHP (sociaux-démocrates de plus en plus sociaux nationalistes selon moi), a eu une allégation venant du président de la République, originaire de …, (50 :22) lieu d’habitation arménienne, disant qu’il serait lui-même d’origine arménienne. Ce sur quoi le président ne s’est d’ailleurs jamais vraiment prononcé. Cet évènement m’a mis tellement hors de moi que j’ai dépassé cette réserve personnelle, et j’ai signé la pétition. Je suis d’accord avec Michel Marian, car je trouve que ce genre de loi est totalement contradictoire avec ce que nous défendons. Elle fait le jeu d’une politique sale. Malgré tout, j’avoue que je comprends le fait que tous mes amis arméniens ai appuyé cette loi, même si pour moi elle est erronée. Car j’ai constaté le petit soulagement psychologique que ça a éveillé chez eux. En tant que Turque, cela est pour moi une façon de voir combien la cicatrice est profonde. Elle peut même aveugler notre côté raisonnable, qui serait de lutter pour des politiques plus justes à ce niveau là.

Ce que peux rajouter, en voyant vos réactions, c’est que le politicien français ayant fait voter cette loi continuera son acrobatie pour aller négocier par derrière avec la Turquie. Négocier des hélicoptères, ou des armes, qui iront tomber sur la tête des Kurdes par exemple.

 

Yves Ternon : Je suis désolé, je me demande vraiment ce que je fais ici car je suis en désaccord complet avec ce que Michel Marian et Serra Yilmaz ont dit. Au sujet de la loi de pénalisation de la négation du génocide arménien. Je crois que vous ne vivez pas ce que la communauté arménienne vit. Le négationnisme c’est la poursuite du génocide par d’autres moyens. C’est la manière dont on « assassine la mémoire », comme l’avait dit … (53 :17). La loi de pénalisation de la négation du génocide arménien va dans le sens de ce qu’avait été la loi Gayssot pour la négation de la Shoah. Elle est une nécessité pour protéger cette mémoire et éviter les manifestations insupportables qui ont lieu sur le territoire français en ce moment, et les violences à l’égard des différentes communautés arméniennes. C’est cela l’importance de cette loi : freiner un peu cette expansion.

Je voudrais ajouter aussi que les personnes dont l’origine arménienne réapparaît aujourd’hui n’ont pas seulement été des personnes islamisées mais aussi des femmes et des enfants enlevés et violés, et ultérieurement, à condition d’être islamisés, intégrés dans des foyers turcs ?. C’est la conséquence de kidnapping, de rapt. Il faut réellement plonger dans ce qui a été la réalité de ce génocide, l’horreur de la déportation, des camps. Surtout la période 1916, où les survivants marchent le long de l’Euphrate, agonisant, pour être après assassinés à Teresor ?. Des dizaines de milliers de témoignages et de documents racontent ce génocide. Tant que la vérité ne sera pas établie, que le gouvernement turc, par les médias et par ses interventions en France, continuera à dire que ce sont des inventions, des allégations et aucune réconciliation n’est possible. Ils entretiennent la haine. (Vous parliez tout à l’heure de Hrant Ding, mais son fils est aujourd’hui en prison que je sache, non, celui de …) Les arrestations massives d’octobre ont été assez inquiétantes, les persécutions à l’égard de la communauté kurdes sont massives en ce moment en Turquie. Qu’il y ait là-bas en ce moment des manifestations en faveurs de la démocratie, je l’admets, mais véritablement, le gouvernement s’obstine à propager la haine, ne détournons pas les mots. Et c’est pourquoi nous tentons péniblement d’obtenir un frein à cette haine, avec cette loi de pénalisation de la négation du génocide.

 

Public : J’aimerais que vous précisiez véritablement pourquoi le gouvernement turc s’acharne à nier le génocide arménien. Quels sont les enjeux de cette négation ?

 

Yves Ternon : La cause même du génocide des arméniens, comme l’expliquait Jean-Pierre Mahé, est qu’il fallait évacuer les arméniens dans l’est de l’Anatolie pour assurer véritablement la frontière entre l’Anatolie et les pays voisins. Et surtout, conserver une unité turque, ce qui était considéré comme le cœur de la pensée politique jeunes-turcs. C’est donc pour des raisons politiques : dans le but qu’à la fin de la guerre, quand les arméniens demanderaient, par une loi révolutionnaire, pas même l’indépendance mais une autonomie, ils ne l’acquièrent jamais (à vérifier). C’est la cause majeure du génocide. Une fois la révolution turque aboutissant à la création de la république de Turquie, il y avait un impératif premier, que Mustafa Kemal a déclaré dès son arrivée en 1919 en Anatolie : on ne cédera pas un pouce de Turquie. L’établissement de cette frontière est donc irréversible et les arméniens l’ont tellement bien compris que personne ne redemande des terres… Sauf certains, et la Turquie craint donc pour son territoire. Voilà le premier point.

Le deuxième point, est que la plupart des fondateurs de la République turque, Mustafa Quemal mis à part, ont été des secrétaires responsables de la planification du génocide arménien.

Le troisième point, et sans doute le plus important, c’est que l’Histoire imaginaire de la Turquie, écrite dans les années 30, faisait du Turc un personnage spécial dans l’Histoire de l’Humanité : quelqu’un de digne, pur, honorable. Il était donc impensable que les Turcs aient commis des horreurs dans leur passé.

Nous même, en France, avons commis pas mal d’erreurs, de la guerre du Qatar à la guerre d’Algérie, mais nous les avons reconnus. Mais c’est dans l’argumentaire du gouvernement turc, de ne pouvoir dire que des leurs aient commis cette horreur qu’est un génocide. Voilà pourquoi la Turquie s’obstine dans cette négation qui lamine sa crédibilité aux yeux des Nations.

 

Ariane Bonzon : Bruno vous avez travaillé en Turquie. Avez-vous abordé cette question du génocide et comment cela a été traité ?

Bruno Freyssinet : Lorsque nous avons commencé ce projet nous avons passé une semaine à Istanbul au cours de laquelle nous avons rencontré des intellectuels turcs, en particulier les principaux signataires de la demande de pardon. Notamment Amhet Insel, avec qui, Michel Marian, vous avez fait ce dialogue sur le tabou arménien. Et c’est vrai qu’à ce moment là on a vu à quel point il y avait une volonté de leur part de parler de ce sujet là, volonté couplée d’une réserve et d’une inquiétude sur la question de jusqu’où il pouvait aborder cette question. Notamment ce mot « génocide qui est si compliqué à prononcer.

Par ailleurs on a été très surpris lorsqu’on a fait un atelier avec une cinquantaine de jeunes istanbuliotes qui étaient venus très volontairement pour un week-end. Très surpris a contrario par la liberté de ton et la vitesse à laquelle le mot « génocide » a été employé dans nos improvisations théâtrales. On a découvert un groupe de jeunes qui ne se connaissaient pas au départ, volontaires venus de toutes sortes d’établissement différents et qui étaient là avec un très grand désir de crever l’abcès, en passant par le jeu et la fiction. On a passé deux jours de grande excitation parce qu’il y avait une impression de grande accélération amenée par ces jeunes de 17 à 25 ans pour pouvoir libérer la parole. Ca a été un endroit extraordinaire pour nous.

Le moment de surprise a été la restitution finale. Nous avions un théâtre dans l’université privée istanbuliote de … qui a énormément de moyens et une grande ouverture vers toutes les vocations progressiste, pour faire avancer le dialogue en Turquie. Lors de cette restitution finale, on a été très surpris que les jeunes participants de l’atelier n’aient quasiment invité personne.

Ca a été pour nous une sorte d’aller-retour. A à la fois on les voyaient dans une grande liberté dans le cadre de l’atelier, et finalement, ils n’étaient pas encore au stade où ils pouvaient revendiquer cette liberté devant leurs amis, leurs parents…

On s’est donc retrouvés avec cinquante jeunes, mais moins d’invités. C’était, en quelque sorte, un retour de réalité. Je suis ressortie de cette expérience avec la conviction qu’il y avait beaucoup de place pour le dialogue mais encore une question d’espace pour ce dialogue : l’espace public était encore vraiment difficile.

Pour préciser cela, on a bénéficié du soutien d’une grosse fondation en Turquie, … culture, très active sur le plan du dialogue, notamment avec la communauté kurde. Vous le savez, la question arménienne est fondatrice dans l’Histoire turque, mais l’histoire kurde est plus présente et même plus d’actualité. Cette association organise donc beaucoup d’échange, elle est très active sur le plan de la jeunesse. Elle a organisé avec nous le recrutement des jeunes venus participer à l’atelier, et, très vite, ils se sont rendus compte que ce n’était pas possible de passer par des voies officielles. Lorsqu’ils envoyaient l’annonce aux établissements, il y avait une réticence à afficher cette annonce. Finalement, le recrutement s’est fait par des réseaux de bouche-à-oreille. Des intervenants théâtre dans des lycées parlaient du projet, mais on n’écrivait pas réellement l’information. Par des biais de mails, de candidatures, nous avons eu une grande participation mais au moment de la publicité de ça, nous avons rencontré une réticence.

 

Ariane Bonzon : Un recrutement sous le manteau d’une certaine manière. Et la pièce s’est produite, ou se produira en Turquie ? Parce qu’en effet, elle est vraiment didactique, elle prononce le mot « génocide ».

 

Bruno Freyssinet : Aujourd’hui non, nous n’avons pas de représentations prévues en Turquie.

Ariane Bonzon : Parce que ça bloque ? Parce que des officiels ont vu le spectacle et doivent donner leur autorisation ?

Bruno Freyssinet : Non, je ne crois vraiment pas que ce soit ça. Simplement les conditions ne sont pas réunies, et honnêtement je ne peux pas vous expliquer clairement pourquoi. Lorsque le projet s’est monté sur des bases de partenariat avec des organisations de chacun des pays, il y a eu, du côté allemand et du côté arménien, un vrai désir de monter le projet. Autant du côté des partenaires turcs, il y avait ce même désir de participer à ce projet, mais pour l’instant, la notion de représentation finale ne se fait pas. Mais encore une fois c’est dur de l’attribuer à une censure. Ce n’est pas aussi simple que ça. Le fait qu’un spectacle voyage ne tient pas simplement à une censure, c’est l’histoire de beaucoup de paramètres, financiers, réalistes. Je pense encore que c’est possible, mais aujourd’hui, les conditions ne sont pas réunies. Peut être que lundi, la situation politique française pourrait rouvrir des portes. On ne sait pas, et aujourd’hui, je n’ai pas de réponses à vous donner là-dessus, mais je garde espoir qu’on y aille, d’une façon ou d’une autre. Peut être seulement dans six mois, mais j’espère que l’expérience que l’on vit aujourd’hui donnera envie à un théâtre ou à une organisation en Turquie de dire : « Venez ! ».

 

Public : En quelle langue faisiez-vous vos ateliers ?

Bruno Freyssinet : Nous avions des intervenants d’origine turque, arménienne, et allemande donc les ateliers pouvaient se faire dans les quatre langues. Et nous avons rencontré beaucoup de jeunes en Turquie qui pouvaient parler un peu de français ou d’anglais. Mais beaucoup d’improvisations théâtrales se sont faites aussi en turc. Nous avions des interprètes avec nous qui traduisaient au fur et à mesure. On buvait du petit lait car on entendait une liberté de ton et de fantaisie. Je pense en particulier à une improvisation qui a créée trois générations. Des petits-enfants, des parents, des grands-parents étaient représentés, tous ces personnages joués par des enfants bien sûr. Et on voyait des enfants se tourner vers des grands-parents fictifs et leur demandé : « Qu’est ce qu’il s’est passé ? On sait qu’il s’est passé quelque chose. A l’école, dans la rue on m’en a parlé. J’ai lu un livre qui en parlait. Grand père, dis moi ce qu’il s’est passé ? ». Les enfants se délectaient avec les fuites pour ne pas parler, les conflits internes des parents au milieu qui se disait : « Est-ce que je dois empêcher mon enfant de parler ou profiter de cette occasion pour les laisser demander ce que moi-même je n’ai jamais osé ? ».

Ces choses là étaient extrêmement vives et présentes dans les improvisations. Pour nous, c’était très réjouissant. Après, nous avons constaté la présence du mot « génocide » en privé, et sa disparition en public.

Il s’est passé aussi des choses en Allemagne avec des jeunes de deuxième génération turque et d’autres d’origines arméniennes, puisque cette communauté est très présente à Berlin. Et il y avait ces communautés qui se rencontraient dans ces ateliers et qui livraient des choses très belles.

Mais c’est vrai qu’en Turquie, il y a vraiment une fièvre d’expression… assortie d’une peur.

J’aurais envie de poser la question à Selin Altiparmak, comédienne du spectacle qui vient de Turquie mais qui vit en France depuis quelques années. Il y a des choses qui travaillent, évidemment, qui ne vont pas sans une forme d’inquiétude.

 

Public : J’aimerais à la fois confirmer et élargir ce que vous venez de dire. Il se trouve que je suis moi-même engagé depuis des décennies dans la réconciliation franco-allemande, je travaille à l’OFAJ en particulier et on a pu mettre sur pieds des programmes d’échanges franco germano turcs depuis le début des années 90. Moi-même je me suis rendu à cette époque à Ankara pour une rencontre avec le ministre de la jeunesse turque. Rencontre qui n’a pas aboutie pour une raison qui ne va pas tout à fait dans le sens de ce que vous disiez. J’ai eu le sentiment qu’un des enjeux fondamentaux était l’émergence d’une véritable société civile en Turquie, qui soit capable de s’émanciper de ce poids de l’Etat qui joue à tous les niveaux. Ce sont des choses que j’ai ressenties alors qu’il n’était pas du tout question du génocide arménien. Nous avons pu constater les mêmes choses que vous décrivez. Des parlementaires turcs, qui en Allemagne et en France avaient une totale liberté d’expression et d’initiative et qui, sur place, en Turquie, étaient presque méconnaissables. Je ne parlerai pas véritablement de peur politique mais on sentait qu’ils étaient pris, plus simplement, par le poids des institutions dans lesquelles ils étaient insérés.

Deuxième chose, que vous avez évoquée, le rôle que peut jouer l’immigration turque dans d’autres pays. Nous sommes face à des situations extrêmement riches mais aussi très complexes. Je pense à l’Allemagne en particulier, car on est à une plus grande distance de l’Etat turc. Vous évoquez le cas des Kurdes, et leur rôle dans le génocide. C’est une question que j’aimerais poser aux historiens, car je la trouve très intéressante.

J’ai vécu à Cologne des situations absolument étonnantes. Certains Kurdes aujourd’hui se sont rendus compte du rôle très important que les Kurdes ont joué dans les massacres : ils étaient effectivement au premier rang des massacreurs. Ils se lançaient aujourd’hui dans toute une introspection de leur situation actuelle vis à vis des turcs, et dans une réflexion sur la légitimité de leur revendications auprès des Turcs aujourd’hui vu leur propre passé vis à vis des Arméniens. Il y a donc à mon avis, tout une série de situations utilisables.

Et dernier point, qui va dans le sens de ce que vous avez fait dans vos ateliers, c’est toute la question de l’utilisation des outils de la réconciliation, en particulier tel qu’on a pu les forger dans un contexte franco-allemand. Non pas dans le cas de la transposition automatique qui ne fonctionne jamais, mais dans le sens où ces outils ont une valeur universelle, en terme d’apprentissage interculturel, de découverte de l’autre etc. Ce serait un vaste sujet que je voulais simplement soulever.

Tout cela pour dire que votre expérience m’intéresse passionnément, elle s’inscrit dans tout un contexte, et elle est riche de développement.

 

Yves Ternon : Je peux répondre sur le problème de la réconciliation arméno kurde. Les vérités ont été énoncées de part et d’autres entre Arméniens et Kurdes dès la fin de la première guerre mondiale. Comme vous le savez les Kurdes ont été victimes de massacre en Turquie dès 1927. Le fait qu’il y avait une diaspora arménienne et guère de diaspora kurde ont incité les Kurdes à s’entretenir avec les Arméniens. Le moment le plus fort et bouleversant ce fut en avril 1984, lors de la tenue à la Sorbonne d’un tribunal des peuples sur le génocide des arméniens. Yilmaz Güney, le grand cinéaste kurde, s’est levé. Il était très fatigué, c’était quelques mois avant sa mort. Et il a dit : « Je demande pardon aux arméniens pour ce que les Kurdes ont pu leur faire ».

Vous voyez, c’est tellement simple la réconciliation. C’est enfantin quand la vérité jaillit. Les Kurdes savent parfaitement dans quelles conditions ils ont été amenés à massacrer les Arméniens. En particulier dans la province de XX, on a les détails très précis sur la manière dont les députés jeunes-turcs ont été voir les communautés kurdes pour leur expliquer l’intérêt qu’il y avait à participer à la curie. Il faut ajouter aussi que dans la région du Dersim une partie des Kurdes ont sauvé des Arméniens et que, par-dessus le marché, le seul véritable sauvetage massif d’Arménien, c’est celui qui a eu lieu par des Kurdes … dans les montagnes du… Tous ces évènements permettent de cibler très exactement les relations arménien/kurdes pendant le génocide. Tout est clair, à partir du moment où tout est dit. Vous avez tout à fait raison d’en parler, c’est un exemple lumineux de réconciliation. Plutôt que de compliquer les choses en disant que ça n’a pas eu lieu, qu’il faut revoir les circonstances, qu’il faut faire examiner la situation par des commissions d’historiens, ce serait tellement simple de dire, oui, on sait ce qui a été reconnu, nous allons travailler là-dessus. Et à ce moment là, comme en Allemagne aujourd’hui, nous aurions des éléments nouveaux sur les évènements constituant le génocide. Les meilleurs travaux sur la Shoah se font par des historiens allemands qui ont accès à des documents souvent locaux, donnant des visions singulières que nous n’avions pas complètement. Cette reconnaissance est donc un préalable réellement indispensable et ensuite la réconciliation coule de source. Si ce mouvement qui semble s’ébaucher en Turquie dans la société civile se poursuit, oui. Mais le verrou, parfois le délire verbal du gouvernement turc va absolument en contre-sens. C’est dans ce conflit que peut se résoudre le problème de la réconciliation.

 

Michel Marian : Je crois que la question de diaspora est extrêmement importante et on observe des situations très différentes. Dans un pays comme l’Allemagne, les autorités politiques au sein de la diaspora turque sont en accord avec une ligne humaniste. L’exemple en est Ozdemir, co-président du parti vert, qui a signé la pétition dont on a parlé tout à l’heure et qui a rappelé encore dernièrement au gouvernement turc qu’il serait bon qu’il reconnaisse le génocide. A l’inverse, dans un pays comme la Belgique, on peut faire carrière à l’intérieur d’un parti politique belge en cherchant l’appui de la communauté turque sur des thèses de négations du génocide !

On a donc des situations extrêmement variées. Par exemple, pour les Arméniens de France, il est important de tenir en compte la communauté turque en croissance, et de réussir à trouver les mots vis à vis d’elle.

 

Public : Il me semble que ce qui a été un des enjeux de la réconciliation après la Shoah est l’absence d’enjeu territorial. Et l’autre, c’est qu’il n’y a pas eu, à ma connaissance, de défaite de l’Empire ottoman. Un peuple victorieux écrit son Histoire et face à cela, j’ai l’impression que c’est très difficile de faire quoi que ce soit.

 

Jean-Pierre Mahé : Excusez-moi, peut être que cela se discute un peu, la Turquie a été obligé de signer l’armistice de Moudros, ce qui n’est pas quelque chose de victorieux. Et les premières conditions que les alliés ont posées à la Turquie ont été très dures. Et malgré le redressement et la réaction très vive de Mustafa Quemal, il est certain que l’Empire ottoman lui-même a été totalement démantelé. Dire qu’il y a une position très différente entre la Turquie et l’Allemagne me semble exagéré. Dans des débats, j’ai parfois entendu certains opposants à la reconnaissance du génocide dire que le génocide est la version des vainqueurs : « Nous avons été battus à ce moment là, et vous, vous prétendez nous imposer votre version. » Je ne sais pas ce que vous en pensez…

 

Yves Ternon : Je serai plus d’accord avec monsieur, car tout d’abord l’armistice de Moudros a été signé par les Anglais, à l’insu de la France. D’autre part il autorise l’armée turque à conserver ses armes en Anatolie. Ce qui fait que le mouvement de résistance qui s’opposait aux alliés occupant Constantinople s’est immédiatement développé à partir de mai 1919, où ils se sont trouvés un chef dans la période de Mustafa Quemal. Donc de 1919 à 1923, le nationalisme turc se réinstalle, avec une vision plus limité certes : celle du turquisme, et pas de panturquisme. Parce que d’abord, il fallait survivre, subsister et qu’est arrivé un chef d’une qualité politique exceptionnel, Mustafa Quemal. Le nationalisme turc variait donc de celui des jeunes-turcs, mais il a survécu. Et dans une certaine mesure, le génocide des arméniens a en partie réussi, puisqu’il a obtenu le résultat recherché par les assassins : la préservation d’un territoire peuplé d’Arméniens.

 

Public : Je voudrais juste réagir très rapidement sur ce que vous avez dit, M. Ternon, par rapport à la France. Je crois que c’est très clair que la Turquie doit faire un certain chemin par rapport à son Histoire nationale officielle. Mais même si la France en a déjà fait beaucoup, je ne suis pas sûre qu’on ait tout fait, concernant notamment la guerre d’Algérie et leur passé commun que vous avez pu mentionner. C’était une réaction personnelle, mais il fallait que je le dise.

 

Yves Ternon : J’aimerais quand même vous répondre. Quand il y a eu le vote par le Sénat, Erdogan avait dit : la France a fait un génocide en Algérie, la France aurait inventé des fours pour brûler les Algériens. Le gouvernement algérien a très bien répondu en disant : « Ce n’est pas à vous de vous occuper de notre Histoire ». Nous, nous savons maintenant ce qui a été fait en Algérie, surtout ceux qui, comme moi, défendait son Indépendance. Cette vérité est de plus en plus souvent évoquée, connue, et cette Histoire est véritablement bien écrite actuellement. On connaît les horreurs qui ont été faites, il faut maintenant les reconnaître. De part et d’autre, mais d’abord par les Français.

Ariane Bonzon : Si je peux rajouter quelque chose sur cette question Benjamin Stora qui travaille beaucoup sur cette question, a installé une commission de réconciliation entre la France et l’Algérie sur le modèle de celle qui a lieu en Afrique du Sud. Donc c’est peut être aussi une idée à creuser.

Public : J’avais envie de parler depuis longtemps, mais toutes ces questions sont compliquées pour moi, elles réveillent en moi beaucoup de choses. Je vais essayer d’être juste, de dire l’essentiel par rapport à une psychologie de descendante, puisque je suis moi-même descendante d’Arméniens. J’ai fait aussi un chemin très particulier vers le dialogue. A titre personnel évidemment puisque nous ne sommes avant tout que des personnes. Je dis ça parce que tout ce qui est Histoire et Politique, sur lequel je me suis beaucoup penchée, je pense aux Arméniens en particulier et aussi aux Trucs qui sont très au courant des choses, tout ça donne un peu le vertige. Juste une petite chose sur le plan historique M. Ternon, sur lequel vous avez une autorité. On ne parle pas beaucoup de la responsabilité des Etats qui étaient en guerre (la France, l’Angleterre et l’Allemagne) sur l’oubli. Et ce malgré les avertissements des gens qui étaient au courant, en Anatolie, qui voyaient ce qu’il se passait. Personne n’a réagit. Ils étaient en guerre, ils avaient finalement, beaucoup d’autres choses à faire. Mais après, ça a été pareil. D’un côté, il y a eu une caution un peu internationale, y compris de nos pays qui ont accueillis la diaspora sur ce génocide. C’était des raisons évidemment politique, comme ce sont des raisons politiques qui aujourd’hui, porte à ses lois de pénalisation du négationnisme.

Moi, je l’ai vécu comme ça. J’avais envie qu’elle passe cette loi, parce que merde, ce n’est pas possible… Et en même temps, engagée dans le dialogue avec mes amis turcs je me disais : ça va tout gâcher ! Parce qu’il faut que la société civile bouge. Il ne faut pas créer des conditions qui bloquent le dialogue entre les Arméniens et les Turcs et qu’il y ait en Turquie, encore plus de saloperies qui soient dites… Excusez-moi, je parle avec le cœur. Donc à la fois, j’ai été contente quand elle est passée, et soulagée quand elle a été rejetée. C’est fou ! On en devient schizophrène.

On parle toujours d’où on est et c’est très bien comme ça. Les historiens comme vous M. Ternon, M. Mahé (et d’ailleurs merci de nous dire les choses) sont avant tout des êtres humains, mais ils parlent d’où ils sont, à leur place d’historiens. Nous, quand simplement, à titre personnel ou même dans nos fonctions, nous essayons de dialoguer, on parle aussi d’où on est. On voit ce qu’il se passe. J’étais place Taksim, à Istanbul, il y a une semaine. La première fois, quand je suis allée en Turquie le 24 avril, j’étais retournée comme une crêpe. Je me suis dit, la reconnaissance elle est là ! On la sent, elle est palpable. C’était une jeune Kurde, à un moment, portant le voile, qui s’est levée et a fait un discours : c’était d’une dignité extraordinaire et surtout on se sentait porté, complètement. La reconnaissance et le dialogue sont en route.

Bruno Freyssinet : Je pense que c’est là une belle conclusion…

 

 

 

 

 

 [:en]Project: European artistic and civic cooperation between Germany, Armenia, France and Turkey on the theme of reconciliation

Period: 2011-2012

Partners:
Transplanisphere (France, coordinator)
Hamazgayin Theater (Armenia)
Förderband Kultur initiative Berlin (Germany)
Deniz Tuney Ltd (Turkey)

Support:
European Commission – Eacea / Program Culture Component 1.3.5. : cooperation with third countries

Robert Bosch Stiftung – OFAJ DFJW – Institut Français Fond Elysée – Ambassade de France en Arménie – Ministère de la Culture, Drac Ile de France – Conseil Régional Ile de France – Mairie de Paris – Arcadi – DDCS 92
Rectorats de Versailles et Lyon – INJEP – Adami – Spedidam – Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie – TNP Villeurbanne – Ensatt – Jeune Théâtre National – Fineco – l’Étroit Unlimited – Mezzanine Spectacles

text Sedef Ecer (Turkey) / directed by Bruno Freyssinet (France) / associate artist Serge Avedikian (Armenia)

Christoff Bleidt (De) Yvette Vartanian (Ar) Sedef Ecer (Tr) translation

with   Selin Altiparmak (Tr)   Hadrian Bouvier (Fr)    Tatevik Ghazaryan (Ar)    Vardan Mkrtchyan (Ar)    Penner Julia (De)    Gerard Torikian (Fr)    Andreas Wrosch (De)    Serra Yilmaz (Tr)

assist. Arthur Navellou (Fr)    music Gérard Torikian (Fr)   costumes Antonin Boyot Gellibert (Fr)    light Mariam Rency (Fr)    video Marion Puccio (Fr)    sound Samuel Serandour (Fr)    scenography designed by Antonin Boyot Gellibert, Mariam Rency, Marion Puccio and Samuel Serandour    makeup Tamara Baroyan    Dir. technical Hamazgayin Tigran Abajyan    construction Albert Hambardzumyan    Dresser Siranoush Mkrtchyan    Filmmaker Boubkar Benzabat (Fr)    sound recording Karim Lekehal (Fr)    coordination / direction of production Juliette Bompoint (Fr)    production Christoff Bleidt (De)    Hella Mewis (De)    Banu Ecer (Tr)    Burcin Gercek (Tr)    Vardan Mkrtchyan (Ar)    production and communication assistants Armen Baghdasaryan (Ar)    Hrachya Nersisyan (Ar)   Élise Gonin (Fr)

 

First cooperation project with the support of EU (Culture Program). Rec>ON is a cooperation between artists from Turkey, Armenia, Germany and France on the theme of Reconciliation.

This project runs from January 2011 to June 2012 in the 4 partner countries. He notably gives birth to the play Les Descendants (Aquarium, Cartoucherie) by Sedef Ecer, directed by Bruno Freyssinet. The European Commission uses this project as a reference in 2012 in its brochure Audience Development and Bruno Freyssinet is speaker in Brussels at the European conference on this theme.

 

The Descendants, Yerevan (Armenia), Oct. 2011
Selin Altiparmak, Tatevik Ghazaryan, Julia Penner, Serra Yilmaz,
Hadrian Bouvier, Vardan Mkrtchyan, Andreas Wrosch

 

It is not essential to always keep the same point of view; no one can stop us from becoming smarter. Konrad Adenauer

We play only the chords we know. Why can not we rebuild our common memory by turning the monologue into a dialogue? Hrant Dink

 

Rec>ON

How to give an artistic and civic dimension to a very sensitive European debate, too often reserved for the political field?

How can we allow citizens of four different countries to take the issue of reconciliation together and transform it into an open and stimulating work of art?

The project involved artists, young people and representatives of civil society from Armenia, Germany, Turkey and France. The aim was to implement a joint reflection with the creation of a multidisciplinary show associated with actions with the public.

The project took place in each of the participating countries from January 2011 to June 2012. Actions are currently continuing in Paris and the Paris region, bringing together students and adults from the four countries in a monthly workshop.

Through this common experience, citizens of Europe and the limits of Europe are trying to overcome geographical, historical and psychological boundaries to question the idea of ​​reconciliation together.

 

 

The project path

January / May 2011 • 4 week writing residencies in 4 participating countries: Turkey, Germany, Armenia and France.
January 2011. Meeting of Partners in Paris.
February> May 2011 Residences
Istanbul February 21-27
Berlin March 21-27
Yerevan April 18-24
Lyon-Villeurbanne May 7-10

July / September-October 2011
Sessions international workshop and creation in Yerevan.
3> 17 July 2011. International workshop + research session of the troupe of the show Les Descendants
September 26> October 30, 2011. Repetition and creation of the show Les Descendants.

April / June 2012
Representations in France, Germany and stay in Gumri
April May. Workshops, Paris. Representations of the Descendants.
May. Representation in Berlin.
June. Traveling to Gumri


Why initiate such a project?

Through an artistic project, the aim of the reconciliation project (Rec> ON) was to question the reconciliation between the Armenian people and the Turkish people on the one hand, German people and French people on the other, but also ask about their cross relationships.

Before discussing the extent to which this goal has been achieved, let us return for a moment to the context of relations between these four peoples.

Why did you choose these two tandems whose historical realities are so different?

No doubt because their Stories intertwine intensely on the political, social and artistic levels. Perhaps also because the dark pages that bind them have provoked in each society debates involving similar themes, and in particular the questions of recognition, demand for forgiveness, reparation and reconciliation.

Franco-German reconciliation, an « old story »

But the comparison of relations between the German people and the French people and relations between the Turkish people and the Armenian people remains very delicate from a historical point of view. As far as France and Germany are concerned, the need for reconciliation appeared in the years following the Second World War. In one century, both countries had experienced three wars and millions of deaths. It seemed necessary for the policies of these countries to create the conditions for a new relationship based on balance and recognition of the past. The official reconciliation between France and Germany took place in the 1960s, thanks to the will of Chancellor Adenauer and General De Gaulle. Today, it is considered accomplished for the youth of both countries. It is often even considered an « old story ». If there are still some animosities, they are essentially at the level of the generations who lived through the war. But these remnants of resentment are only transmitted in the collective memory anecdotally. Working today on Franco-German reconciliation is a simple exercise, made possible thanks to the work of previous generations.

As for the relationship between the Armenian people and the Turkish people, it remains extremely confusing. Recall that the antagonism between the two peoples comes mainly from the genocide of a part of the Armenian people who lived on the territory of the Ottoman Empire in 1915. The tragic events took place in the context of the First World War and under the the eyes of the German and French politicians of the time. At the end of this page of history, a trial took place in 1919, after the defeat of the Ottoman Empire, in a context of political transition in Turkey under the domination of the French and English allies. This trial resulted in the recognition of the genocide and the condemnation of the young Turkish politicians of the time. But when Moustapha Kemal took over the country soon after and set up the Turkish Republic in 1925, the recognition of the crimes disappeared from the agreements. Since then, the official history defended by the Turkish government does not recognize the reality of the massacre of the Armenian people living on the Turkish territory of Anatolia in 1915.

 

Turkish Armenian reconciliation is a much more complex reality

Another important point to make clear, the genocide of 1915 provoked the forced departure or the flight of very many Armenians living in the Ottoman Empire. This diaspora has settled in several European countries, of which France is also Germany to a lesser extent. To speak today of Armenian people is to refer to people living in very different territories and contexts, not just the people of Armenia.

When we talk about Franco-German reconciliation, we refer to the reconciliation of two countries and their peoples. Talking about Turkish Armenian reconciliation covers much more complex realities. The political positioning of the government of Armenia is not the same as that of the Armenian diaspora, which itself has many facets. Similarly, when looking at the political position of the Turkish government, it must also be borne in mind that it does not necessarily reflect the position of the entire Turkish people. For example, the singular position of the Kurdish people, who represent 25% of the population of Turkey. Kurdish political representation in Turkey chose to recognize the Armenian Genocide of 1915 and the complicity of the Kurdish people in its implementation. More generally, to pose the question of the recognition of the Armenian genocide by the Turkish power amounts to questioning many pages of official history of the twentieth century Turkish that concerns both minorities and some dissident political groups.

The vocation of an artistic project such as Rec> ON Reconciliation is not necessarily to restore the whole of a historical context in order to be able to put on him the eyes of artists and citizens. But it also seems impossible to ignore, or else it will cut off completely from the reality of the public that the project wants to meet.

To provoke a debate between these four countries placed under the sign of artistic creation, was to try an unprecedented experiment of moving a dialogue usually supported by the policies to take it on the ground of the creation. It was trying to get out of a posture dialogue and move towards a form of sharing and empathy through a common creative process. And in leaving the usual pairs of Franco-German and Turkish Armenian, it was also an opportunity to broaden the debate and find angles of reflection and renewed creation.

 

put in « play » their collective memories

The project therefore aimed to make a common future possible. For the participants – artists, students, personalities from civil society, but also the general public – the project succeeded in demonstrating that citizens willing to dialogue could contribute together to a seemingly stalled debate. Many students participated in the project through the workshops that took place in each country: Istanbul, Berlin, Yerevan, Lyon, Paris. Everyone, they showed their desire to put « play » their collective memories and imagine utopias for the future. When representatives of each group participated in the international workshop organized by the project in Yerevan (Armenia), they also demonstrated their willingness to exchange and create in a secure political context.

In the same way, the personalities of the civil society interviewed during the shooting of the documentary, showed by their freedom of speech their desire to participate in the construction of this common future. The artists created together a theatrical form that put side by side representatives of different camps usually antagonistic. The general public, for its part, was able to observe and participate in the results of this experience through public meetings, website publications and the show.

 

European cohesion

The project also aimed at developing Europe’s cohesion: peace.

He wanted to develop the cohesion of Europe through creation and dialogue. It proposed an approach questioning one of the founding values ​​of the Union: Reconciliation between peoples, which allowed the advent of a sustainable space for dialogue, exchange, acceptance of otherness and peace.

Has the Rec> ON project contributed to developing European cohesion? Of the four countries participating in the project, only Germany and France are considered as part of the Union. Turkey has been in the position of pretender for so long that it seems bound to never change its status. Armenia is part of the Council of Europe, but its entry into the Union still seems rather distant.

We believe that the project has contributed to European cohesion on different levels. He showed that the European Union can support a debate recognized by all as very delicate when it comes to Turkey’s relationship with its neighbors. Rec> ON was able to show that the European Union and various organizations such as the Robert Bosch Foundation in Germany or Anadolu Kultur in Turkey knew how to take the risk of supporting this type of initiative allowing dialogue: a cohesive approach in action! For many project participants, this role of the European Union was not well known. Because of the involvement of the Union in the project and its visibility, the participants therefore changed their perception of European action and understood their willingness to participate in a greater cohesion, a greater sense of belonging to the European Union. ‘Europe.

 

Do not be heir to an unresolved conflict

When people live in times of peace and peaceful relations with their neighbors, they end up forgetting how much this situation allows a project freedom and initiatives on all fronts. For young French and German people, discovering that people like the Armenian people and the Turkish people live a relationship so complex inherited from the past allows them to become aware of the chance they have of not being the heirs of a unresolved conflict. For civil society in general who might sometimes feel that the question of peace and Franco-German reconciliation is a little outdated, this kind of project acts as a booster. Peace not only a comfortable legacy, it’s a real guarantee of freedom over the future.

In a certain way, working on the difficulty of Armenian-Turkish reconciliation makes it possible to become aware of the chance of reconciliation accomplished on a European scale. One must see the difficulty for an Armenian from Armenia to project himself into his relationship with the world in a context where the main neighbor country with which it would be so natural to exchange is closed by barbed wire and mirador. The 50-year-old Berlin actor involved in the project understood this very well, being born soon after the construction of the wall. Closed borders create a material but also psychological obstacle. The situation is no easier for a Turk whose country is largely open to the world. The presence at its borders of a country while waiting for the recognition of a secular crime creates a gray zone in the perception of the History of its own country and is added to a knowledge of History newer still confused.

For a country like France, the Turkish situation is akin to its relationship with Algeria. This year, on the occasion of the 50th anniversary of the independence of Algeria, the numerous debates that took place on the French territory reminded us of those who had enamelled Rec> ON: recognition, apology, compensation. Another parallel came to our minds, the situation of the relationship between Germany and Greece against a backdrop of financial crisis. We have seen how dark areas still existed in the common history of these countries during the Second World War.

To work on European cohesion today is to encourage dialogue even if work has already been done, because it is through apparently the most consensual examples that we can open the debate on those who seem the most complex.

 

Escape from the posture debate

Another objective of the project was to give an artistic and civic dimension to an essential debate.

As we have already said, political debate is all too often about debate and rhetorical debate. To propose the dialogue from the point of view of the artistic creation allows to move in the field of the imaginary, the emotional, the common practice also. Rather than confront each other on a subject, we take it together and try to propose its transposition on the artistic field.

As part of a theater workshop, participants were invited to imagine the dialogue they dreamed of having rather than reproducing postures they had known for years. They were able to use fiction to change their role, to put themselves in the place of the other, to move in time and space and rediscover their questioning from another perspective. By going through the game, they have reached the part of childhood that is in each of them and for whom everything is still possible.

Another favorable point of theatrical practice is its temporality. The course of preparation, exercises, meeting by a playful practice allows to discover the Other and to know it better. It creates conditions of trust which then allow one to express oneself more freely, and to take into account the expression of the Other in a more personal way, enabled by the familiarity of the common experience in progress. The Other is no longer an object of mystery on which we project many prejudices, but it becomes a being very similar to oneself, often as curious, fragile and eager to dialogue as oneself.


A possible common working space

For the public who come to attend the youth workshop presentations, or to the professional performances of the show Les Descendants, the artistic dimension also allows to find a new freshness in the perception of a rebelled subject. After experimenting with different tracks, amateur or professional artists have always chosen to represent the themes of reconciliation (recognition, forgiveness, reparation …) in a metaphorical and not realistic or documentary way. The complexity of the subject and the different origins of the performers encouraged an approach by the simplest common denominator, the tale. The performers told stories, and offered the public to discover and share these stories. Through artistic expression, they created emotion, beauty and reached the audience not with arguments but on shared feelings.

For each performance involving artists of Armenian, Turkish, German and French origin, the team showed the public, for example, how much artistic cooperation represents a possible area of ​​common work.

 

What results for the project? Overview.

The project has fulfilled its objective of setting up an unprecedented platform of four partners from participating countries. Above all, it broadened the initial partnerships by associating complementary organizations on the Turkish side (Anadolu Kultur) and on the Armenian side (Hamazgayin Theater). Recall that the partnership was set up specifically for the Rec> ON project. Two years of joint work laid the foundation for future projects. This has resulted in the joint conception of a new project called Another Dialog, which is currently being examined by the Commission as part of the EuropeAid call.

On the issue of networking universities and high schools, the partnership was generally satisfactory, especially in Yerevan. Lycée 119, partner of the Armenian capital, took advantage of the project (and especially its director came to the kick-off meeting of Paris) to establish relations with institutions in the Paris region. The National Academy of Theater and Cinema of Yerevan has also mandated the director of the Hamazgayin Theater to set up a partnership with the National Conservatory of Dramatic Art in Paris and student exchanges are planned in the coming months. At the individual level, students and academics set up exchanges or cross-placements at the end of the project.

Regarding the meeting of a quartet of artists from the four participating countries, the result of the project is more mixed. Recall that the project coordinator chose to bring together these four artists based on their experiences related to the subject and their shared desire to work on this issue of reconciliation in an innovative way. The contract has been completed to the extent that the expected results have been achieved. But as the project progressed, some artistic disagreements took place on how to carry it out. The ambition of the project and the involvement of the co-organizing partners made it possible to overcome these different people and allow all the participants to benefit from all the project results.

The project has also created a troupe of 8 performers from 4 countries, associated with an Armenian and French technical team for the creation phase in Yerevan. At the artistic and technical level, the participants had to adapt to very different working methods in comparison with those to which they were each accustomed. Armenia, Germany, France and Turkey each have great theatrical traditions that developed independently of each other. These different qualities came to be confronted in a project that already proposed to its participants to dialogue on a citizen plan. In the end, we believe that the result was very positive. Each of the artists and technicians had a very enriching political and artistic experience, and found the opportunity to put their approach to creative work into perspective.
For the participation of young people, the project has succeeded in constituting in each country groups of volunteers participating in workshops proposed locally. These workshops were animated by the project’s associated artists and nourished the writing and design of the show Les Descendants which was created in the second part of the project.
Among the young participants in the local workshops, representatives registered to participate in the international meeting held in Armenia, Yerevan, at the mid-point of the project. The volunteer groups from the four countries worked together for two weeks and proposed their vision of reconciliation on stage during a final public presentation at the National Hamazgayin Theater.
Academics and students observed the ongoing process of the project and reflected on its progress.
20 major interviews were conducted and filmed in the participating countries, to hear from civil society personalities on the subject of reconciliation and dialogue between Armenia, Turkey, France and Germany.

 

What difficulties have been encountered?
What evolutions in the nature of the project?

The project has encountered different problems when it comes to it and the associated debates. He also encountered difficulties in implementing it. Rather than trying to list all the difficulties encountered over almost two years of the project, we will discuss the most revealing.

The very title of the project – Reconciliation – proved to be rather problematic throughout the project. The word evoked very different definitions depending on whether it was translated into German, Armenian, Turkish or French. Much of the energy of dialogue could be lost in the very sense that everyone wanted to give to the word. But our purpose was more to imagine, to dream together, to find different spaces of expression rather than stumbling on semantic questions. We therefore opted to highlight a slightly different project title: Rec> ON, and to keep reconciliation in subtitle in the 4 languages. Rec> ON had the advantage of being more neutral, to evoke the notion of recording that referred to the documentary in progress, and to be also an English word that did not belong to any of the 4 languages ​​of the partners, but that was understandable by everyone.

This point of detail was rather symptomatic of the difficulties encountered on this kind of cooperation experience. From a group of partners who all have in common to want to lead such a project, we discover however that the meanings of many words posed during the preparation correspond to different realities in different countries. In addition, the mixing of working languages ​​between English and French over the course of the project has also sometimes led to confusion.

The solutions that we implemented to deal with these problems were to favor consultation and regular exchanges, as well as the use as much as possible of writing (and especially email correspondence). But again, the practices of the different partners in this area were different and everyone had to adapt as much as possible.

Another key issue in the implementation of the project was related to the political context of the diplomatic relations between the 4 countries. The project was conceived at a time when many approaches were being taken between the governments of the different countries to promote dialogue, particularly between the Armenian and Turkish governments. The implementation of an action proposed by the civil society was thus rather appreciated by the governments and the tutels related to the powers of the various countries. During the project, Turkish Armenian relations deteriorated and an ongoing standardization process was interrupted. The Armenian authorities have therefore stopped formally supporting the project.

Then, the political agenda of the French government entered the debate with the proposal to vote a law for the criminalization of the denial of genocide. This process and the debate that took place in the National Assembly in France has been largely resumed in Turkey. While the first phase (residence) of the Turkish activities took place in a calm context, the second (representation) was to take place in a context of great tension. Our Turkish partners and project stakeholders have warned us to want to organize a new action of the Rec> ON project in this context. The promotion of the project would be considered provocative by some extremists and the risks were not absolutely manageable.

To compensate for this situation, we organized the action initially planned in Turkey in a city of Armenia – Gumri – located on the border between the two countries. We had been informed by some of our partners (Osman Kavala in Istanbul and Manoug Pamokdjian in Lyon) that a meeting was being organized between Turkish and Armenian civil society personalities. So we changed our plans to allow us to participate in this meeting with our artistic team, to testify of the project’s journey to the Turkish delegation as to that of Armenia. We have also been able to lead a new artistic workshop in Gumri with young Armenians living a very different reality from Yerevan youth, especially in their great hope of seeing the border re-open.

 

Visibility of Descendants

Another important change for the project is to have had the opportunity to represent the play The Descendants in France more than the duration originally planned, four weeks instead of one. This change has had multiple beneficial effects for the project. He had a much higher visibility in a city that also hosts many artistic productions. This has allowed a better press review considering that journalists rarely travel for proposals that are played less than 3 weeks. This has also allowed to imply guardianships such as the Ministry of Culture, the City of Paris or the Adami who impose more than 25 representations to support projects. Another advantage is that the workshops associated with the project were able to develop over a longer period and benefit from greater availability of artists to participate.


extensions

The Wuppertal Theater in Germany invited us to play Les Descendants on May 2 and 3, 2013. In addition, a Turkish theater company is working on a possible production of the play, which would finally give it an Anatolian visibility.

For the French part, the regional council of Ile de France wished to support a continuity of the action of the project on the territory which takes the form of a theatrical meeting one weekend per month, associating students, personalities of the civil society and amateurs from Turkish, Armenian and German communities living in the Paris region. The symbol of the political conviction in a theatrical act for the dialogue is very representative for us of which it has been able to reach like objective the project.

Each partner country wanted to maintain the life of the project and the dialogue in its own way in his country and especially through new projects and other collaborations that we will describe below.


workshops

One of the main dimensions of the project was the organization of workshops throughout the activities, with an international meeting in Yerevan halfway through the course.

Istanbul. The question of setting up local youth groups has been very different in different countries. In the case of Turkey, our associate partner Anadolu Kultur had to choose to recruit young people by word of mouth. Indeed, the initial choice to disseminate information in writing in the form of classifieds and calls for applications in universities and schools was problematic. Writing in black and white that a theater workshop invites young people to reflect on the question of reconciliation remains a delicate issue in Turkey in 2011. The bias was thus to pass the information through a network of animators and teachers teaching theater in universities and schools.


Istanbul, February 2011

To answer, the young people had to write by email to the local coordinator and specify their motivation to participate. Our Turkish partner was surprised by the number of applications (120) received from young people aged 16 to 28 with very different social and cultural backgrounds. He selected 60 candidates and finally 53 young people who actually came during a weekend to participate together in the project. The entire artistic team was enthusiastic about the level of involvement of young people. The subjects initially considered as taboo proved to be very simple to approach and in particular the question of the Armenian genocide. Improvisations that dealt with secrets between generations were very successful. Especially the one that confronted three generations in the same family and where the child was trying to make his grandfather talk about what he had done or seen in his youth. The choreographic work was also particularly interesting, especially when it proposed to the young people to reconstitute in movement the « long walk » in the desert. Small flat, however, in our enthusiasm for working with this group. During the final presentation that took place at the Bilgi University Theater, we found that the young people had very little invited around them, family or friends side. The spectators came mainly from invitations launched by our partner. The young people were willing to take the risk of participating in such a meeting, but when it came to sharing this experience around them, they were much more reserved.

In Berlin, our partner chose to separate the workshop days in two sessions. We were able to work first with young students, to which were added 3 Japanese artists in residence at Theater Haus Mitte at the same time, and then in a second time with a group high school student.

Lyon, Istanbul, Berlin,  2011

 

The participants had extremely varied origins. We have worked with young people from Turkey (Turkish and Kurdish), Armenia, Palestine, Russia, France and sub-Saharan Africa (Congo and Rwanda) in particular, in addition to young people of German origin. . This mix of origins has resulted in an extremely open, cosmopolitan dialogue, with issues often exceeding the four partner countries of the project. During a working session, young people had to express in one sentence their feeling about reconciliation after several hours of work. An Armenian girl was sitting next to a Turkish girl, both 16 years old. The first declared « acknowledge your guilt », the second said just after « help me because I am not guilty ». This sentence was a long reason in our memory and the expression of the face of the Turkish girl who had pronounced it.

In Yerevan, our first workshop took place in the context of the commemorations of April 24, anniversary of the genocide. At this moment, the whole country communicates on the memory of the events notably by a continuous circulation between the town center and the remote site of the memorial. We offered a first workshop at Lycée 119, which has the distinction of being a partner of the embassies of France and Germany for the teaching of these two languages ​​in a privileged way.

For the young people of this establishment, the presence of a Turkish personality, the author Sedef Ecer associated with the project, triggered a great curiosity. For example, the debate following the theater improvisation exercises showed that the perception of the Turkish neighbor was extremely contrasting with young people in Yerevan. The debate included the issue of opening borders between the two countries. Some were convinced of this need to free the country from its landlocked situation, while others feared a Turkish invasion provoking a new genocide. The presence of a Turkish woman in the establishment speaking with them, recognizing the genocide and answering their questions, helped to sweep away certain fantasies and to make the possibility of a debate very concrete.

In Lyon, the work brought together a high school theater class and students from preparatory classes. The workshop was conducted in the media context of the debates on the anniversary of the independence of Algeria. In the mouths of young people, the parallel is often between the difficulty for the Turkish people to recognize the reality of the Armenian genocide and the difficulty for the French to recognize the reality of the war in Algeria. High school students have evoked and « put into play » family secrets and the fact that they had never dared to challenge a parent about his role during the « events » of North Africa. Other young people, from Algerian immigration, also evoked the family secret that modestly covers this recent page of their history.

When young people gather in Yerevan for an international workshop, they represent the four countries participating in the project and have in common to have participated in Istanbul, Berlin, Yerevan and Lyons in early workshops led by the project’s associated artists. . They were chosen among the young volunteers for the experiment.

For two weeks, they experimented together with the participation of German, French, Turkish and Armenian artists and pedagogues. They were welcomed by the Hamazgayn Theater in Yerevan.

After a day of installation of young people, the second day begins with an open debate between all participants to try as quickly as possible to allow everyone to express his expectation vis-à-vis the meeting. The dialogue between young Turks and young Armenians is the most lively. The young Armenians thank the Turks for making the trip and thus come to discover the Armenian culture. They express a great expectation on the question of the positioning of these young Turks when the recognition of the Armenian genocide and the Turkish responsibility. In response, the young Turks express that they perceive the problem well but underline how far they feel from their origin: their parents were not born at the time. How to express regrets, excuses, or a form of recognition on such ancient facts that nobody speaks clearly in their country? Everyone agrees that the two weeks of the workshop will allow precisely to put words and imagine elements of creation so that the group can together answer these questions. After a few days of exercises combining theater and dance, the young people will divide into several groups and work on scenic sequences. Each sequence will address a theme they feel close to, including conflict, knowledge, mediation and liberation.

 

Yerevan, July 2012

 

The last day will be particularly extraordinary for young people. After a dress rehearsal in the afternoon that had settled the various technical issues. A big storm breaks out on Yerevan. The waterspouts will cause major damage in the streets of the city but will also cause a general power cut. The group is subjected to a test: can one play in these conditions, and the public will it come only in view of the bad weather? The group finally chosen to play the candle and will have the pleasant surprise that despite the weather, the public is well to go. Much emotion at the end of the performance, with spectators of all ages surprised to see on stage together young people from Turkey, France, Germany with young Armenians, together evoking their desire for dialogue, questioning of history, and dreams of a common future.

 

Workshops with the public organized around the representations of the Descendants
at the Aquarium, Cartoucherie – Paris, May 2012

 

Model Research Residence and Model Workshop

 

The residences are animated collegially by the artists associated to the project. The languages ​​of the 4 participating countries are used and English. Actions are monitored by a local academic researcher, who reports and analyzes the ongoing process. Each action is the subject of a video filming extracts which feed gradually as the project website.

During each one-week residency:

– 1 workshop of artistic practice for a group of high school students (2x5h). Theatrical improvisation work on the theme « What meaning, what stakes, what future for Reconciliation? » from the point of view of high school students. Exchange of practices between artistic stakeholders, transmission to young people.

– 1 workshop of artistic practice for a group of students (2x5h). Improvisation work based on the individual memory of each participant on the notion of reconciliation: « What transmission by the family? What transmission through education? What transmission through the collective memory? ». Exchange of practices between artistic stakeholders, transmission to young people.

– 5 major interviews with local personalities involved in the theme: historians, researchers, great witnesses, politicians … The themes will include the memory, the news and the future of reconciliation. Transcription of this corpus for quotations in the show. Publication on the project website (texts and video clips).

– 1 public debate open to project participants and the general public, with the general theme of Reconciliation and as a secondary theme the process of the ongoing artistic and citizen project. Discussion moderated by the artists and the associated academics, with the participation of personalities interviewed.

– 1 writing workshop bringing together the artists associated with the project (5x4h). Exchange sessions on the conception of the future show, its writing, its form, its representation. Constitution of a common base of artistic and citizen reflection on the subject of Reconciliation. Reassembly of experiences made in practice workshops with high school students and students. Debate on interviews of personalities made during the week. Selection of improvisation situations imagined by young people, quotations from interviews, reflections from the public debate and inspirations from the dialogue to serve as a basis for writing the show.

 

International meeting model

On the basis of the workshops realized during the residencies, a 2-week internship-meeting with the participation of young people from the 4 participating countries, selected during the residency. 10 days of workshop (6h / day). Participation of 4 accompanying teachers from each country who also participated in phase A. Improvisation work between young people, artists and teachers exploring the subject. Public presentation at the end of the internship. Debate on the theme of Reconciliation, and on the ability of an artistic project to seize an essential citizen debate.

The work of the Associate Documentaryist has provided a wide range of perspectives but has a progressive approach to the issue of reconciliation in Germany, Turkey, Armenia and France. The responsibility of civil society was mentioned as a key to opening and developing the dialogue, as everyone agreed that the role of politics has not been beneficial in recent years.

 

Istanbul, February 2011

Thanks to our partners in each country, we were able to meet key personalities of the debate. We particularly favored those who had a vision in motion of the situation of the relations between the different countries, and who took advantage of the meeting with the project to make an inventory of their own steps. Through the different meetings, we have become aware of how the issue of reconciliation is a trans-generational theme. It is up to one generation to lay the groundwork for dialogue but to have the humility to accept that it will no doubt bear fruit until the next generation. This impression has greatly influenced the artistic work of the project and in particular the writing of the piece that dealt with this issue of transmission.

When we published the documentary web, we grouped the topics covered in the interviews under the following themes: memory, awareness, recognition, forgiveness reconciliation, future.

 

Marita Hebisch-Niemsch, President Franco-German Society, All.

I have been working for a long time and with all my heart for Franco-German reconciliation, but we must not forget to prepare the next generation to pursue this reconciliation. We are convinced that it is our path and our goal to have positive results for those who come after us: we must prepare them, give them a chance to show this feeling of reconciliation. That’s why I always say that reconciliation is not done, that we have to continue without stopping.

 

Cengiz Aktar, Researcher in Political Science, Turkey

About the request for Forgiveness of the Turks to the Armenians. It needed a short text, the big developments were going to be useless. Two points were problematic: the use of the word genocide and the request for forgiveness. For « genocide », there was a silent consensus around that. We were not going to use it. […] « The great catastrophe – Aget » that we use, is a much more evocative term, which does not detract from the ferocity, the indescribable genocide but encompassing the whole of Anatolia. I remain of the opinion that the Armenian genocide was an Anatolian, regional disaster. The second point was forgiveness: the demand? We had a lot of agreement on that. Afterwards, many people told us that they would have signed if there had not been the word « pardon at the end », we must believe that the word forgiveness is still pain. […]

Armenia, much like the diaspora, does not have much on its agenda except the recognition of the genocide. When I was invited [to a conference] in Yerevan, I read « Inventory of Genocide Recognition ». I told them: it’s going to last 30 seconds, you have to change the subject. I offered them the work of memory, the awareness of the genocide in Turkish society, it was much more tangible and sustainable. Because a state that recognizes its wrongs is cold. A state recognizes because it is obliged, like the post-Nazi German state, in Cambodia, in Rwanda, where the genocidal states have lost the battle. It was not the case in Turkey, so it can not happen like that, so we have to look elsewhere.

 

Silvina Der-Meguerditchian, Armenian artist living in Germany

My strategy, as an artist, is a process of redoing individual relationships with [Turkish] people. The government, you can forget it. With them, we can not talk at all. The only way is Turkish civil society and intellectuals. With the rigidity of politics in Turkey, we can not make big gestures, any great gesture will recall a great rejection. Change is small things, that’s where I have hope.

People are fighting for rights, the multiplicity of identities … they have to fight on many fronts. They have a heavy load. There are 200,000 – 300,000 people fighting for the remaining 70 million.

Art is the language that can open different paths. You have to be concerned as an artist.

 

Sevak Artsruni, President of Yerkir Union (Ngo), Armenia

I am the 3rd generation, the most politicized, the 4th will be less than us, the 2nd was not very much, the 1st was not at all. We are the representatives of the refusal of dialogue, the most indoctrinated among all the generations that followed the 1915 genocide.

It is up to us to open the way, if our generation comes, I speak only Armenians for the moment, to find answers to our questions, in ourselves first, it will be beautiful, it will be necessary first to decontrix, then go to the dialogue without complex. […]

So, after, the hardest thing begins, that is to say, to learn to live together, […] for us the important thing is Armenia, the Armenians, it is the wound, exorcise the memory; on the other hand, it is democracy, it is getting rid of this guilt recognized or not, admitted or not, felt or not. It is very difficult, in front we do not have an interlocutor who represents a significant percentage of the Turkish population, we have the elite, some, quite marginalized in their countries who are fighting with much more vehemence than us. In this story, the Turks are building their democracy, we can be delighted, but we are struggling to build a country that is just a shred of the Soviet system and genocide. […]

With the Turkish intellectuals, for example, we are not on the same level, we have no choice, we are born in there, grow up in it, we are educated in it, learned to live with, to win with or to lose with. On the Turkish side it is a choice, it is an intellectual freedom, to face this problem or not, each of the people who has one day wanted, agreed to speak about it or to hear has made the choice to speak of this taboo, to confront him. […]

The problem we have with the Armenian genocide is the international politicization of the genocide against Turkey. […] Today, we are told that Europe wants to help us to reconcile, very well, if it is not instrumentalized against our societies, our States, it is an aid, I would say gratuitous, given for we can live better, I agree, but I have doubts. […] The last time, I told the Turks something that surprised them a lot: « It’s not only you who are responsible for the Armenian genocide, Germany, Great Britain, then Silicie, France have openly collaborated. Today there is a discussion to be made on this, if we want to talk about the genocide of the Armenians, let’s talk about it, without using it. If you have to talk about the Armenian problem on both sides, you do not need anyone. We can live it between intellectuals, we are doing it, I do not know what it can give, but it is part of the Armenians anyway, a compulsory therapy. You can not live with so much hatred, the one they took to commit this and the one we wear for doing this to us. After four generations, it’s still ridiculous. […] This macabre way of remembering the genocide, not to stop talking about the dead, how they beheaded us, raped our girls, you know it’s a daily auto poisoning, continuous, we’re fed up, in any case, whether we like it or not, it will stop.

 

Ahmet Insel, economist, Turkey

In the strictest sense, for the majority of today’s Turks, we can evacuate the responsibility by saying, « I am from the 3rd generation, what responsibility for me? We can evacuate the question of reconciliation by saying, « with whom? Armenians from Turkey? Armenians in the diaspora? Those from Armenia? « . The theme of reconciliation is not enough to create an internal dynamic. Internal dynamics is above all a dynamic of consciousness. When people were asked to sign the request for pardon to the Armenians, it was not only for 1915, but for scorn, forgetfulness, for this erasure of the Armenian cultural presence. When we asked for forgiveness, we called not for reasons of state, so that Turkey and Armenia reconciled. All this is possible but it was above all an act that should be free in the political sense of the term. In return, we expected nothing.

We can distinguish two reconciliations. There is reconciliation between the peoples, Armenians and Turks, and there is the will on both sides. The second, of which the Armenian question is a vector, is that of the Turks with their own history. There, we do not need particularly Armenian volunteers or not, it is a reconciliation with our own history. This requires that Armenianity, the Armenian presence, be recognized as an important element of our own history. This reconciliation with our own history is the main bearer, this confrontation with all that has been forgotten, left out, erased, scorned. It will enable the Turks of today to finally feel at home. Because without it, this society also works a deep fear, that of being driven from its lands. It is found more explicitly in other countries, such as Israel. But in Turkey this fear is very strong, why be chased? For historical reasons, but when you dig a little deeper, because there is guilt somewhere. This buried guilt means that people think that this tragedy, this great misfortune can not remain forever without punishment. It is also the Kurdish problem, but more than that, it is this disappearance of the Turkish society of the constituent populations of Anatolia: the Armenians, the Greeks. It is very hard to dig any Anatolian land and to meet a church, a Byzantine trace, an Armenian trace, a Greek trace, and systematically think and argue that it is a turkish-Muslim land since eternity. This schizophrenia is not sustainable in the long term. So the reconciliation with its own history seems to me to be the main vector, the utopia of a Turkey finally reconciled with itself, its roots, its past and consequently able to make a projection on the future in a serene way. This could finally solve the problem of reconciliation with the Armenians once we reconcile ourselves to our own history. The natural awareness of this reconciliation is the second reconciliation. […]

Turks are not physically victims of this story. It is necessary to distinguish the moral and physical victims, the Turks did not undergo the same history as the Armenians, nor that of the Kurds. But they are prisoners of this story and can not get out of it. When one looks at the past, when one begins to evoke the greatness of the Ottoman Empire, behind this greatness there is the Turkish-Muslim element, but also Armenian, Greek, converted, and therefore an enormous cultural multiplicity. So I do not think the Turks have to say, « We are the first victims of our history, » but I think they are somehow the victims. Today, in Turkey, we dig to the east and we leave bones permanently. These bones are not those of the Armenians of the time but those of the people who were killed in the 90s, then 80, then in the 30s (Kurds). If we dig deeper, we will find Armenians. […]

Those who agree to look at their past are the losers, Turkey has not been defeated so it’s a bit difficult from the outside to look at the past. We know how France has had a hard time looking at its past vis-à-vis Germany since it had not been defeated. […]

There remains a possibility, a recognition of the responsibility by the conviction, by the reception, to be part of the concert of the human countries, respected, respectable. There, one can think that Turkey could be brought to ask the question. The Turks today consider that they will become a world power. Member of the G20, NATO, OECD, European Council, Security Council at the UN: we can not be present in these institutions at the same time and be in the position of negationist on its past. I think it’s not by force May

 

Betul Tanbay, matematician, Turkey

Today, I am very interested in history books in high school. In a 3rd history book in France, about the first world war, the word Ottoman does not exist. I say that from our point of view, the first world war was to be used to make disappear the Ottoman Empire. In France, one reads pages and pages on the first world war without speaking once of the Ottoman Empire and suddenly, one has an addition because Armenians said « you do not talk enough about the genocide », so we added a box with « the civilian deaths: the Turks killed 1 million Armenians during the First World War ». I look at it with the eye of a Chinese, there is an explanation of the war, nothing about the Ottoman Empire, then we go to the second war: the Nazis killed the Jews, the Germans never kill the Jews, but the Nazis yes. And I’m talking about books in France where we did a lot of work. In Turkey, we have not done anything yet. So I’m talking about a job that I find already evolved but that remains very primitive.

This idea of ​​the Turk of the Armenian, that limits our possibilities of discussions. Even the « on », « we », « you », I do not like. […] I think we must try to go back to the past with a global look. […] We are in front of something that is suffering today, we have to look back together, to understand better.

 

 

Creation of the show

The project allowed the writing and creation of the show Les Descendants. The author has imagined a story involving the themes addressed through workshops and interviews. She has transposed them into a narrative retracing the fate of 3 generations of women confronted with the tragic history of their country. The text of the piece was then adapted for the stage by the artistic team during the creation in Yerevan. Remember that this team was composed of artists from the 4 participating countries. Important work was done to share the play between the different project languages: Armenian, Turkish, German and French, accompanied by a surtitling device in each language of the project. The play was shown at the end of the rehearsals in Yerevan, at the Hamazgayin Theater, then at the Aquarium-Cartoucherie Theater in Paris and at the Theater Haufbau Kreuzberg in Berlin.

 

The Descendants, Théâtre de l’Aquarium-Cartoucherie, May 2012
Selin Altiparmak, Tatevik Ghazaryan, Julia Penner, Serra Yilmaz,
Hadrian Bouvier, Vardan Mkrtchyan, Andreas Wrosch

 

Selin Altiparmak et Hadrien Bouvier
Serra Yilmaz  / Andreas Wrosch

 

 

Presentation of the piece by François Rancillac

director of the Aquarium-Cartoucherie Theater, Paris.

In a strange astronomical observatory, war orphans, raised far from home, wonder about their past: are they children of victims or executioners? How to move forward if they do not know the story that founded them? But is it really necessary to dig up the secrets of the past? And what if his best friend turned out to be a descendant of the enemies of old? And why build one’s identity on the struggles of previous generations?

A thousand and one questions cross the stage that Sedef Ecer, a Turkish and French-speaking author, is imagining for Bruno Freyssinet, feeding on the many debates and workshops that they have been conducting for months here and there, with young actors and Armenian and Turkish, German and French students, as well as meetings with intellectuals and political figures from those countries who, at one time in history, have been in conflict with their neighbor.

A cross-border project, transdisciplinary show: beyond the four languages ​​that will mingle in the room, will meet on stage theater, music and video images. The opposite of a documentary or historical show, and detached from any real conflict, this fiction will dialogue inheritance and reconciliation, intimate memory and collective mythologies. Like a hand obstinately straining towards the Other, despite walls and watchtowers, despite war and pain, despite anger and misunderstanding. A bet on life, in a way.

 

 

 

The Descendants, Press review

 

Here are some articles about the process as a whole during the creation of the play in May 2012

 

Théâtrothèque

Transfrontier scenes, fates of history, cries and sufferings of an ethnic conflict, The Descendants resuscitate the collective memory at the Theater of the Aquarium.

The Descendants, one hand writing, that of Sedef Ecer. A story, stories about hands extended to Germany, Armenia, Turkey and France. The fate of war victims. An adult, adults today. An orphan, orphans yesterday. Sedef Ecer is a Franco-Turkish dramatic author. A stylized pen for the Turkish press, novels, scenarii feature films and documentaries. Forms of writing as varied as they are expressive, Sedef puts them at disposal in its guard-words. This play, a library of images extracted from the archives of History by Serge Avedikian and restored to life by the interpretation of actors, according to a contemporary modus operandi.

Bruno Freyssinet is of this generation of director who lays the foundations of a theater of renewal. Actuality and the present compose the existential structures of an artistic geometry, which are articulated on a polygon with variable inclination. Neo-surrealist trends conceived on multi-visual and sound technologies, the staging of this show by Bruno Freyssinet draws two parallels on the field of creativity, innovation and openness.

The story, in situ, takes place under the dome of an astronomical observatory. Once in a country like in so many other countries, love has brought a girl closer to a boy. The passion declined in separation, their community was massacred. Orphans without family and without origins, what remains of their true identity? Against the current, the paths of destiny brought them together again.

Unanswered questions follow the mysteries of the past. Words follow each other in short sentences; instead of commas, question marks impose doubt and suffering. The truth is written in red ink as the blood of the victims who has long sunk and at this time, continues to leave a bitter taste in the collective consciousness. Trial of genocide without a court, lovers-orphans virtually endorse the dress of lawyers. Hate, they feel it against the executioners. No condemnation, there is prescription. From reconciliation, they relive their past loves. But tomorrow, what will become of them? Will they find the soul of their decimated people or will they live blindly without being able to push the heavy doors of history?

Theater of Time written with a capital T, The Descendants throw disorder on a misunderstanding and treachery. East and West, geographically distanced and culturally different, blend into an imaginary territory. Thanks to the intensity of Sedef Ecer’s text, France, Germany, Armenia and Turkey are vicinal. Words speak freely. From translation, it is necessary to understand the cries of the heart and to define the expression of the glances. The dialogues are tied and unravel according to, because this piece is a documentary fresco that emits emotions in color and prints the contradictions in black and white. Linguistic exchanges between comedians from the four states listed below give birth to a new language. Grammar is the conjunction of perception and feeling, touch and listening.

Julia Penner and Andreas Worsch (Germany), Tatevik Ghazarian and Vardan Mkrtchian (Armenia), Hadrien Bouvier and Gérard Torikian (France), Selin Altiparmak and Serra Yilmaz (Turkey) immortalize a dramatic story. It is important to listen to them and to see them evolve on a trans-European and intergenerational scene. It’s shaky and moving. Serra Yilmaz, a presence marked by a hard and sincere personality, a magnificent interpretation for this Turkish actress.

The staging turns like the circular dial designed to reconcile the past to the present, hatred to acceptance. Each passage is measured as a parenthesis that opens and closes almost immediately on this tragedy never translated this way.

The text of Sedef is ancient in a sense because it is reminiscent of Antigone threatened to be buried alive and, in situ, mothers crying their children sacrificed. The beauty of this text lies in the pain of the evocations heard and in the innocence and purity of the emotions expressed. The staging is contemporary and factual because it is Tower of Babel and Arc de Triomphe of a bloody episode of the History of Men. A realization imbued with reflection and understanding.

 

The Monde.fr / Evelyne Trân

The memory must be painful to those who, by turning to their past, to that of their parents discover that they were born on the edge of precipices, these enormous craters dug by human madness.

The descendants in question, the war orphans, are like survivors. The key idea of ​​Sedef ECER is to bring together the children of the executioners and the victims on their common place, that of the disaffection. If the memory is painful, it does not circulate by hatred. The Descendants go through a forest of signs in an installation, interstellar scenography, where the observatory, symbolic meeting place has a look of screen, kind of antenna that continues to emit the voices of ancestors.

Because it is also a dialogue between the living and the dead as in a Shakespearian tragedy. Online discontinuous plan to register the descendants in the wake of those who have committed the inexorable. This is expressed as confusedly as in a nightmare where the units of place, of space time dissolve to reach the ultimate glimmer of hope. The investigation of orphans becomes a conquest, that of a youth who intends to learn from a convulsive past.

This dreamlike perspective is buried in the idea of ​​dwelling. What can remain in the minds of those who are only descendants of their parents’ crimes? My mother was an executioner, my father was a victim, so what? The feeling of desolation is common, so that it is the refrain of life that must mark the pace even if it tramples around conglomerations of frozen pains, unspeakable secrets, and impregnable deaths who acted without really believing that the spirit of a human being belongs only to him alone, even if he is the son or daughter of. Independence, it exists and it begins with the being, it is the primacy of the birth in spite of all the inheritances.

The play that gives voice to people from various backgrounds, who speak German, Armenian, English and French, could also be called « We are not strangers ». Because they share the same quest, the same desire to rebel against fate. They refuse the isolation of pain, hatred and indifference. Their quest for human identity may seem incredible at a time when the specter of communitarianism is being brandished. That they can speak with one voice, in the footsteps of a soil that has been soiled, brings us another vision of history that comes in dates, in apologies for victories. History with a large H is a surface memory, that of individuals is the one that activates their reason for being.

The piece as it is presented has an experimental aspect. The result of a commission to the Turkish and French author Sedef ECER who met many witnesses, historians, sociologists, it is a piece always in the making since she says herself

« I do not know if the actors will take liberties on the dialogues or on the structure, as it is the rule of the game in any collective creation ».

The director Bruno Freyssinet sums up the project as follows: « Our dialogues start from Franco-German reconciliation and the impossible Armenian-Turkish reconciliation. As a convocation of our personal stories to the history of our countries of origin. « 

In the staging of Bruno Freyssinet, it is the climate of night light that prevails. The protagonists move a little like in a dream. Where do they come from, where do they go from? In the same way, the characters of the past are expressed following the contemporaries or conversely. This makes our banal landmarks of unity of place, time, and space waver. Finally the actors do not speak the same language. The emotion is tangible. It seems that it is the actors themselves who must explore the field of their bruised memory.

It is a very sensitive collective experience that only needs to externalize itself more and more to dig and trace a possible and not only indefinable path to intertwined pains converted into a glimmer of hope. The public of teenagers who attended the representation of the general, did not flinch. Should it be felt « downhill » itself and concerned by this extraordinary and promising show …

 

 

Toute la Culture

The Descendants and a dialogue always possible with the Other.

In the middle of the courtyard still soaked with rain from La Cartoucherie, the Theater of the Aquarium presents its new show: The descendants. A theatrical project that presents the question of dialogue between cultures of different generations. A work based on a principle of dialogic confrontation that makes it a work in progress.

Two orphans and questions about their origins open the room: does one have to know one’s past in order to project oneself into the future? Three generations confront each other and scenarios from three different eras overlap on stage. A dictator, in a past time that comes to life, plans a genocide to cleanse the dynasty she is at the head. Later, in an astronomical observatory out of any geographical reference, the orphans do not know which party they are the descendants, if they are the children of the victims or executioners. Then again, their daughter wants to know where she comes from: she understands that to build her own path, she must assume her origins.

The characters on stage speak four different languages ​​and move from one to the other as if they were interchangeable, as if each of them could express themselves in the same way in French, Turkish, German and Armenian. This gives the sensation of the creation of a fifth language which does not correspond to any of the spoken languages, but rather to a pre-babelic idiom, existing before all differentiations. This choral effect was especially sought after by the director Bruno Freyssinet who, at the end of the show, explained to the audience the genesis of the piece and the inspiration that it came to him during the meeting with the writer. Turkish origin Seder Ecer. An intellectual with multiple facets, she grew up as an artist in an international environment and she thrives on the difficult dialogue between East and West. With Bruno Freyssinet, she immediately shared the interest of crossing the big questions about the geopolitical balances of contemporary history and drama.

Without referring to it directly, Les Descendants puts on the set the greatest human dramas of the last century: from the Shoah to the Armenian Genocide, world wars to moments of reconciliation. The questions that these events have raised and still raise are purged of all historical contingencies and political goals and challenge the world population heir to the weight of responsibilities of the history of the twentieth and early twenty-first century.

The text, constructed in a very intelligent way, touches extremely spiritual summits during which the words merge with the melodies of the languages ​​in which they are uttered. The result is a deep reflection on the encounter with the Other and the dialogue that too often, throughout history, has become a source of fear rather than wealth.

 

 

Marianne2 / Jack Dion

The executioner’s son and the victim’s daughter

It’s a great adventure that is continuing at the Aquarium Theater. It is about the ambiguous and complex relations between young people whose parents were executioners and children of victims. Its title « The Descendants », after a work by the French-Turkish author Sedef Ecer, directed by Bruno Freyssinet.

They are eight on stage, two German, two Armenian, two Turkish and two French under the dome of an astronomical observatory worked by the wear of the years. A simple enumeration of their origins, we guess that we will evoke the vagaries of the history of this « long twentieth century », as said the British historian Eric Hobsbawm, who has marked the peoples of these countries in their flesh.

Through these different characters, three generations will cross their routes. Some were executioners. They defended the theses of these « higher » beings, feeling entitled to put the « inferiors » to reason, or even to strike them off the map. The latter were victims. They survive (so to speak) only through the tortured memory of their descendants. Others, moreover, were only mere witnesses more or less consenting to the dramas that mourned history.

Their destinies will be reconstituted over the scenes to lead to questions that haunt the survivors – until this nagging question illustrated by two of the actors: what happens when a son of executioner is in love with a girl whose the mother herself killed the executioner – who by the way was a woman? Is the mark of shame genetically identifiable until the dawn of time?

Sedef Ecer, of Franco-Turkish origin, and the director Bruno Freyssinet are at the origin of this bet on reconciliation which is the result of a long-term joint work. From their meeting, in 2009, was born this project of a work based on the work of memory and the necessary overcoming of the traumas, as anchored they are in the hearts and the souls.

In collaboration with documentary filmmaker Serge Avedikian, they met young and old, witnesses and artists, historians and sociologists in Yerevan, Istanbul, Berlin and Paris. Then Sedef Ecer wrote this piece, a pure fiction, mounted with actors from the four countries concerned. It was first erected in Yerevan in October 2011.

She then embarked on a long journey, one of which is the Aquarium Theater. She will continue her merry way, to convince of the need for mutual respect, notwithstanding the wrath of history, dramas, deaths, wounds that will never close, because it is the only choice that has face human.

We will never say the relevance of an initiative imbued with a humanism that commands respect. « Descendants » are works that can not leave anyone indifferent.

 

Visibility of the project

The visibility of the project was ensured differently according to the actions and countries where these actions took place. Given the duration of the actions in Armenia, which accounted for 50% of the total activity, we relied on our local partner for the implementation of this visibility, as well as on the local delegation of the European Union. .

In this sense, the delegation of the European Union organized a press conference at the time of the creation of the show Les Descendants in Yerevan in October 2011 and allowed many journalists to take note of the project and the support of the European Commission .

As mentioned above, our Armenian partner has also provided a great promotional work in the media with great visibility of the project on the national television channels. For this project, the director of the theater who welcomed us to mobilize his personal network within the various television channels.

In France, the visibility of the project was often linked to the visibility of the show. The public relations agency working with the aquarium theater was mobilized for six weeks to promote the project in the media.

In Germany, the project benefited from the visibility of the Anniversary of Paris-Berlin relations and the performances as well as the announcement of the debate were relayed by the various communication media related to the event.

 

 

Debates

First meeting of partners, Paris, January 2011

 

Participants:

Bruno Freyssinet – Juliette Bompoint – Serge Avedikian – Sedef Ecer – Marylen Iglesias Breuker – Vardan Mkrtchyan – Hovhannes Karapetyan – Christoff Bleidt – Hella Mewis – Sinan Ecer – Burcin – Elise Gonin – Forbon

Bruno: I would like us to take a moment for each of you to tell us the report he has intimately with the idea of ​​reconciliation. I will try to extract the keywords. These words can bounce each one off on things that he would not have thought of at the beginning but that will appear simply by crossed evocations. This work has already been done with Serge, Sedef and Marylen. I suggest you do it today, who wants to start?

Sedef: For me there are two very important things; firstly, in relation to this past lie in which we grew up, of official lies in Turkey, because of dictatorship and other reasons. A project is always personal and the second thing is for me a reconciliation with myself, with my person, inside the writing. Each writing is very intimate. I think there is a personal reconciliation to be found, as an artist, as French, as Turkish, as woman, as mother …

Forbon: For me reconciliation is a quest, a search, something to pursue. We must ask ourselves questions, question ourselves. Vis-à-vis my country, the Congo, I am really at the heart of this process hence the importance of questioning among victims and executioners.

Sinan: I’m going to add something to what Sedef just said. We Turks, I think we were very hurt by everything we were hidden. Reconciliation, in the dictionary sense, must bring us to a very beautiful end. I would have preferred not to do this project because I would have liked that this story does not exist. There will always be fights, arguments and we will always need this reconciliation. It brings us immediately in the sense of the word of the project and it is very annoying for us.

Bruno: Do ​​you think it is related to the meaning of the word reconciliation in its translation into Turkish?

Sinan: I do not think, do not stop on the words but get involved in the bottom of the problem.

Serge: What made debate? What other word could be used?

Sedef: We used « Uzlasma »

Bruno: What was blamed on « Uzlasma », as Osman Kavala said, is that it felt like it was a kind of compromise, it was a word about the arrangement , more than something that was positive. This is not a word that is personal but rather a little technical. There is a notion of making room clear without solving the problem.

Marylen: Anyway for me reconciliation, the question is that it necessarily implies the question of forgiveness, so on the one hand forgetting, and therefore the passage of time. Time, forgetfulness and forgiveness are complex and they are confused in this question. I was in Buenos Aires in the Armenian community, I wanted to see Armenian dances. I spoke with a woman who must have been 75 years old. When I explained the project she began to stiffen. In the end I told him we were working with young people. And there, she said that for young people it’s a good thing. She meant that for her it was too late. And I understood then the question of time. I, as Argentina, have left the country during a dictatorship, I do not want to be reconciled with these people. But maybe the younger generation will go into this process. There is also the duty to remember that there are things you do not want to forgive. It also raises the question of forgiveness; until where? Why ? Who ? And when? The question of timing is very important.

Sedef: Yes, and forgetting too. Until it has to go? What is the share of amnesia that we must have? But it is also necessary that the pain remains strong.

Christoff: For me reconciliation is in the foreground a very beautiful word. I am very happy about the France / Germany reconciliation because of what it has done a lot in my life. I am the post war generation, I was born in 1956. I was born in this process of reconciliation. At school there were many activities that supported my interest in France. It was also happening in my life. I went to France when I was 15, in Alsace, and we slept next to a road. The next Sunday nothing was going, no one wanted us. In the bakery people did not speak to us. Today I know it was July 14 … In Alsace … It’s a moment in my life where I felt the story close to me, it was a trial. I was very happy when Bruno came to us to offer us the cooperation. For me reconciliation was happening in my life, concrete and positive. We discussed in Berlin. In Germany there are two words for the word reconciliation. « Aussöhnung » means something very complete. A voltage has the ability to calm down with the time factor that is needed. « Versöhnung » is a more definitive aspect. It is the dialogue that goes with several generations. Everything is not harmonious right now. The dialogue must become normal.

Bruno: This idea of ​​dialogue is a word that seems simpler than the word reconciliation. I mentioned it with a Turkish intellectual. For him reconciliation was too strong. If the word dialogue could already exist it would be beautiful.

Sedef: Yes, because there would be the beginning of a path. « Uzlasma » is the same level as reconciliation, and reconciliation is already too ambitiou

Forbon: There is still a gap between school learning and the fact that it still exists. You have lived it for us it is far.

Elise: I was thinking when I hear you speak, what is reconciliation for me? For me there is not even any idea of ​​reconciliation but of conciliation. I know the story that I came from but it seems far away. However some things pass through us unconsciously. That is why it is important that reconciliation be done by us, but also by our parents, who are the generation from above. For me, the fall of the Berlin Wall seems to me from another time.

Serge: your generation in particular lives a period of new concepts: globalization, crossing borders. Abolition of nations. The killing is the constitution of the nations. That’s what made chain damage. For you it is far but it is by what we put words on it, that it was taught.

Elise: There must be a very important dialogue between generations.

Marylen: I’m here for Germany but also for Argentina. The genocide we do not know how it started. Indigenous peoples were savagely killed. In Patagonia it was a real genocide. Let us not forget that Europe lives a magnificent time since conflicts are put out. There are many connotations. You have the chance to live your youth in a place in peace.

Forbon: yes hence the importance of this dialogue. The day a conflict is born we will not be armed. It is necessary to listen to each other.

Serge: There are places of memory that have been symbolized, museums etc. These are points of reference that allow teaching. But the teaching of the conflict must be done without inducing the hatred of the loser, it is the difficulty. There were symbolic gestures between French and German who came to punctuate the story. Between Turks and Armenians it is more complicated, spoliations and disappearance of a people. A void has been created. This void has been partly filled by other populations. We obviously think of Kurds.

Sedef: There are also all the lies about the Kurdish population.

Serge: To do some work on the Armenian memory in Anatolia, today it would be very smart to go through the Kurds. If you do not pass by the Kurds, it’s as if you denied them while they played the armed arm. They have been instrumentalised. Do not ask them to remember that would negate their own occupation of the premises. It’s completely undermined. It was a mosaic of peoples. If the government lets it go, it may fart. Reconciliation requires the establishment of a broader dialogue.

Sinan: It’s amazing to say that after 100 years it’s too early.

Serge: We’re talking about time but it’s a very special time.

 

Bruno: We will now hear a little bit of everyone, especially this row on the issue of the intimate relationship.

Vardan: The Armenian word « achtetsoum » corresponds to reconciliation in French. I think that in Armenia this word has a rather weak meaning. Because, for example, we use this word when there is a small conflict. For the word to be a more specific sense one must refer to where it comes from. The victimization capacity of the one who positions himself. I give meaning to the word by accepting victimization as an heir. When you agree to consider yourself a victim, it is a step you take to make reconciliation happen. I’m talking about where I am. I must accept being a victim to access reconciliation. In the concrete case in the Armenian / Turkish relationship, the lie has added something difficult for reconciliation. Non recognition. During these 95 years the fact that there is no recognition, the fact becomes like a kind of tumor which excites, instead of being something concrete. Positioning yourself as a victim is not easy. There is a permanent job to do to extinguish the fire against the revolt against the lie. Time is against it, it excites the pain.

Marylen: It’s really about genocide. People who are taken and who do not have the opportunity to fight. If we have the opportunity to fight, to resist, we do not have that feeling. We do not feel victim. Resistance has been put forward because it is a way to recover his memory.

Serge: Among Armenians the appearance of terrorism is of this order. When justice is not done, people want to do justice by themselves. They take up arms, they organize themselves, they kill diplomats … it degenerates then, it becomes a blind terrorism. To get out of victimization is to wage war.

Marylen: Sometimes reconciliation is not possible. If there had not been French resistance I do not know where we would be. We think of Simone Veil who was pro-Petainist. For many years we live in a situation of peace, but sometimes you have to know how to fight for your ideas.

Sinan: But with great courage, even with politicians, reconciliation must be done by civil society, by people.

Serge: the problem in the Armenian / Turkish context is multilevel. If the reconciliation came from above it would make the problem easier, if the civil society was a little more heard it would be good.

Sinan: they tried to start with football matches!

Hovhannes: As Elise spoke of reconciliation and reconciliation. I think that in the context of conciliation we have the opportunity to discuss, collaborate, be together. But for reconciliation it will always be possible to forgive oneself because it always includes something badly done. You must always want to forgive. If there was no harm committed there is no reconciliation. Evil must be named to move forward. Even between two people, reconciliation is done when both are ready to reconcile. I am impressed by my Turkish colleagues who accept that the mistake was made. It’s a generosity on their part. We can not agree today on the political level. It will be necessary to accept the fact that Turkish politicians can not accept that their grandfathers have committed crimes. The younger generation is not responsible. It will be necessary to demonstrate the generosity of forgiving each other. We will always have to sit around the table.

Sedef: I am not a politician, a sociologist. I create a project and I need writing materials. What makes me angry is that the generation of the above has led me into negationism. I learned at 30 the genocide and it took me 5 years to accept it. It’s monstrous what the grandfather did, but it’s anger at the lying father I’m going to use for this job. I’m a little hangman girl and a lying monster girl.

Sinan: But you also have to wonder if he really knew it. The new generation accepts to recognize genocide; but not this Prime Minister who is not mine and who is of the same generation

Sedef: I want to write about those who prevented me from reconciliation. I do not want to play propaganda theater.

Marylèn: Me at the dance level I want to work on a gesture that will concern all situations, all genocides. And how do we fight against genocide? I spoke about Turkish / German relations. There are all kinds of relationships, we can feed ourselves and also deal with the intimate.

Vardan: I worked on this period. When you speak of humanity, I will leave almost the truth of the heart, of humanity. There was before the cult personality. You had to believe it. Lenin was almost a god and even the actor who was chosen to play Lenin. In three generations we understood that it was wrong. The turnaround happened very quickly. Maybe our job is to look at all this with a kind of tranquility without getting into a state of harm. My grandfather lived in a village, he had to marry an unknown girl by sight. And he gets married. There are people still in this state of mind, obey the tradition. I say it’s a tradition, ok, but it’s not my problem. It’s the break with tradition.

Christoff: Sometimes there are problems. In particular the Turks in Germany, problem of identification. This question is national.

Sedef: Whenever I wrote chronicles in Turkey about Armenia, I received threatening letters. So there are so many people who do not want to hear about it.

Marylen: The problem of displaced peoples exists. Often displaced Armenians are more Armenian than Armenians and it is the same for others. When we live elsewhere we try to make this country live with its memory.

Sinan: One must ask why the denial. By fear ? By shame?

Sedef: there are lots of meetings where I do not talk about it for fear.

Marylen: I listen to this story of reconciliation coming from Argentina where reconciliation is unthinkable. Some people in the family do not even talk to each other anymore and it’s irreducible. It will only be reducible with the death of certain generations.

 

Retranscription of the debate Reconciliation

 

May 5, 2012 Theater Aquarium, Paris.

Bruno Freyssinet: Ladies and gentlemen, thank you very much for staying with us so many. To moderate this debate tonight, Ariane Bonzon is with us. She is a journalist and has traveled around the world, particularly in South Africa, Israel, Palestine and Turkey. She is therefore very familiar with the specificity of the Turkish situation since she was corresponding there for various media outlets. So she will take over and present this evening. Thank you.

Ariane Bonzon: Good evening. There is often a tendency to say that reconciliation and peace is what Europe knows best. The Franco-German reconciliation being a true case study, today it is undoubtedly the reconciliation between Turkey and France, and Europe in any case. That is to say the reconciliation between Armenia, the Armenians of the diaspora, and the Turks. This piece has already touched on the subject. Before giving the floor to the three personalities who are here, I would first like to ask a question. The title of this debate is: Reconciliation impossible. It is pessimistic, and as Bruno said, I had the opportunity to witness a reconciliation in South Africa myself. So it is not true that reconciliations are impossible. And I would already like to lay some groundwork: between the Armenians and the Turks we have all the indications, all the clues that make it a reconciliation, or in any case appear as such. We have seen it again lately. There is a fundamental opposition: national histories are antithetical, incompatible memories, ancestral hostility, sometimes conflicting interests … In short, it is also a textbook case, but in the other direction. Why then in South Africa, when we find these elements, it was possible?

Some elements made this reconciliation possible. For example, there is first, the establishment of a device of course, but especially the conviction that we must speak together in a common interest. We saw it for the Israeli-Palestinian conflict, there probably was not this awareness there. There is a failure. On the other hand, there are also charismatic characters. Whether in South Africa with De Klerk, Nelson Mandela, or somehow less fortunate, in Israel with Rabin and Arafat, charismatic personalities count. There is also obviously the role of international pressure. For South Africa, it played a huge role in the peace process. Maybe the international pressure has not been the same in Israel and Palestine. Then we can, and this interests us particularly in the Armenian / Turkish question, ask the question about the importance of religion. In South Africa, I remember some quite edifying scenes of black ministers and white activists holding hands and praying at the same time. In Israel and Palestine, there is obviously a religious antinomy. On the Armenian / Turkish side, the question also arises. We will try to answer all these questions.

Stakeholders :

Yves Ternon, historian specializing in Jewish, Armenian and Rwandan genocides, who has devoted himself to research on crimes against humanity and the question of Holocaust denial. War and genocide in the 20th century, published by Odile Jacob, 2007

Jean-Pierre Mahe, orientalist, philologist and historian of the Caucasus, specialist in Armenian studies. Armenia to the test of the centuries, Gallimard, Discoveries History, 2005,

Michel Marian, Associate of Philosophy at the Paris Political Institute Dialogue on the Armenian Taboo, 2009, written in collaboration with Ahmet Insel, Turkish.

Bruno Freyssinet, director of the play Les descendants

 

We regret not to have with us Turkish, our guest could not come, but the Turkish community is represented in the room: I think Sedef Ecer and Serra Yilmaz will intervene in this debate.

Bruno Freyssinet will explain to us how he tried to make this reconciliation concretely in this play.

Everyone speaks for 10 minutes and then the floor will be given to the audience.

We start with Yves Ternon.

 

 

Yves Ternon: When, in 1994, there was talk of reconciliation in South Africa, the most horrendous mass crime occurred in Rwanda: the genocide of Tutsis. The key problem is first to understand what genocide is. I pay tribute to the authors and actors of this play for understanding, at least in part, what genocide was. It’s not just a crime against humanity, it’s an absolutely specific event. This means that at a given moment, in a given place, a given group no longer has the right to live: women, children, men, old people, everyone must disappear in the name of an ideology, in the name of a principle that condemns them definitively. It is an event so terrifying that it is difficult to think of it in the immediate future, to think it later.

Obviously the question arises for historians (those who speak after them and not those who speak during which we speak in the room) to decipher exactly what happened. It’s a long job. A work of several decades. We are still able to pin down what happened in 1915/1916 in the Ottoman Empire, from 1941 to 1945 in the countries of Europe occupied by the Nazis and in Rwanda in 1994. But that suppose the truth is established and acknowledged. It is for the Holocaust at trial, when the Nazis recognized the facts, without asking for forgiveness, of course. But it is especially so for the following generations in Germany, who have worked to establish this truth, and who have largely participated in historical research. There is no taboo on the issue of the Holocaust in Germany. So the reconciliation between the descendants of the Germans and the Jewish victims does not pose in itself a problem since the truth was there, in the heart.

It is different for the genocide of Armenians by the Ottoman Empire. For a very simple reason, it is that this genocide was not really a failure for these authors. This is because they pursued, later, in a different way, of course, but the same principles of nationalism that had been at the origin of the genocide. Because the perpetrators of this genocide were the founders of the Republic of Turkey. And because they have maintained, and still maintain today the refusal to establish the truth for a number of reasons. First of all for a reason of honor, because « it can not have happened in Turkey ». This is the problem of reconciliation. Everything is possible between the descendants of executioners and those of the victims insofar as there is no refusal of the truth.

When considering a law for the criminalization of the genocide of Armenians in France, and that Turkey has landed 20,000 people from all over Europe to protest against what are alleged allegations; when, on the 7th of April, in Metz, 10,000 people, called by the Turkish / French reports federation, will say that they are inventions and that the Armenians should be reasonable; at that moment there is no reconciliation possible. Reconciliation must come from the grassroots and that’s all the work I want to see developed. And with that the possibility for the children of executioners, the children of the victims, to be reconciled, because have been established links, dialogues, the truth. At that moment everything is possible, it’s true.

But as long as the government controls these possibilities of reconciliation, as long as it blocks the establishment of truth, as long as it asks committees of historians to establish a truth that is indisputably known to all historians, that moment there is no reconciliation possible. So I think it’s in Turkey, basically, that this reconciliation has to be done.

In Rwanda, for example, reconciliation is infinitely difficult because victims and executioners, 18 years later, live together. They know each other, they talk to each other, they hate each other and they love each other at the same time because they are from the same country. Reconciliation is also possible. It will be long insofar as we are faced with the very cause of the genocide that is in Rwanda ethnicity. The very cause that was, in Germany, the folly that is biological racism. We could see this madness embodied in the room by a woman, which was very clever elsewhere.

This can only be possible in Turkey if the ideology ceases to be an extreme nationalist, and if that country moves towards democracy. I pay tribute to those who, in Turkey, aspire to democracy by tending to establish a dialogue between the descendants of Armenians and those of the Turks. Especially since a number of the descendants of these victims are often Turks today. During this very specific phenomenon of the Armenian genocide, which has made at least 10,000 missing, some have been abducted and raised in Turkish homes and their Armenian identity sometimes resurrects at the 5th generation. These can contribute to reconciliation, but it is possible only if there are two healthy people facing each other, two people who accept the truth. If one continues to lie, if one does not ask forgiveness for this abomination that is a genocide, reconciliation is impossible.

Ariane Bonzon: So no recognition, no reconciliation as long as the historical truth is not officially recognized.

Jean-Pierre Mahé, is there an Armenian fatality? Have there ever been for Armenians, who may not have been at the right time in the right place, conflicts and reconciliations? What processes for this historical perspective that you will expose us?

 

Jean-Pierre Mahé: After hearing what Dr. Ternon said, we understand an essential point is that the genocide is something quite unspeakable. And which, in a certain way, can not be presented as the result of a sort of sequence, of a historical fatality. There must be a break. As you know, the Armenian Genocide of 1915 is something other than a massacre. There was a plan, a change of nature. There were extremely serious massacres in 1896. Maybe at a certain point, we were inclined, in historical research, to think that basically these massacres (about 250 000 to 300 000 victims) was a kind of preparation for the future genocide. We are well aware today that it is not at all the same thing. These massacres of 1894 were a repetition of what had happened in the past many times in the Ottoman Empire: operations intended to break up revolts, to frighten people who had revealed themselves. While what happened in 1915 responded to an entirely new process, something planned, and for us, hard to imagine. In a way, what can be pointed out about Armenia’s long and tragic past will always be out of sync with this catastrophe.

If I had to explain quickly what the fate of Armenia was, I will use a geological comparison. Everyone knows the 1988 earthquake that reminded us tragically in a striking way. Armenia is at the junction of tectonic plates. If we read the Armenian chronicles from Antiquity to the Middle Ages, we will find terrible earthquakes recurring.

What is geologically valid is also here geopolitically. In my opinion, due to events that occurred at the turn of our era, the expansion of the Roman Empire towards the East stopped in the Caucasus which marked the extreme limit and all the Roman conquerors until at Pompey took a nearly identical course: to give up going east, (despite some attempts to fight the Spartes ended in failures) and to give up Armenia as a Roman province. Armenia was therefore a frontier state, a defensive glacis at the edge of major strategic blocks: successively Rome, Persia, Byzantium, the Arabs, the Ottoman Empire, the Safavids, Khazars, and then the Russians. The result for the Armenians is an extremely dangerous position: as soon as one bloc tries to gain the advantage over the other, it will try to conquer the middle space, dragging Armenia into all sorts of disastrous war raking up. the erosion of its territory. Recall that Armenia today represents less than a tenth of the territory of historic Armenia.

 

Another point may be the question: did the Ottoman Empire, established in the East from the 16th century, bring something different from the foreign domination imposed on Armenia in previous centuries? I think so. I would say that the essential point is that the Ottoman Empire in its beginnings and at its classical age chose a policy very different from that of the Persians, Byzantines and Arabs. He chose the policy of getting rid of traditional Armenian elites. If you see for example the Arab domination, perhaps the most characteristic on this subject, a treaty of protection has been proposed to the Armenians. This is of course an understatement to say submission. On the whole, the Armenian princes were kept in their domain, in their principality. After that it was a bit spoiled because there were revolts but overall there is a before and after the Arab domination, without any discontinuity. There are local elites who have stayed. On the contrary with the Ottomans, during the conquest, all the Armenian aristocracy disappeared. So there remained a population on these lands but which depended exclusively, either of the sultan, or of persons to whom the Sultan had granted land. Naturally I put aside the religious domains. The disadvantage of this situation is that, when the elites are kept in place, the possibility of dialogue with the people is kept open. After the suppression of the elites, there is no more dialogue possible. After the deportations and the economic evolutions produced, we have elites that are exteriorized. The Armenians living in eastern Anatolia were mere subjects of the rayas, people of very small conditions, poor peasants. The cultivated Armenians were very large traders in Persia or India and to the West. A divorce was created between these new elites outside the Ottoman Empire and the Ottoman rulers. This divorce became serious, dangerous, threatening for the balance of the Ottoman Empire and there began decadence. Armenian political parties were established abroad, with foreign doctrines, with bases in Switzerland, Russia or elsewhere, and they became potentially dangerous for a country perceived at that time as « the sick man » of the ‘Europe.

Was reconciliation at that moment impossible? Surely not, and she almost failed to take place. For at that time, Turkish enlightened and aware of the problem of their country, have held overseas congresses of the Ottoman opposition. It is very clear that from 1902, the Armenian political parties approached these Ottoman opposition parties abroad, reached agreements with them and so the 1908 revolution was made jointly by the young Turks and the Armenians. Unfortunately, there was a series of events at the time, especially the Balkan wars and independence, which awakened the demons of nationalism. This generated violence first tolerated and then programmed by Turkish leaders.

Can we now imagine a reconciliation?

On this point I will be brief, because Dr. Ternon has practically said everything. I agree with the idea that reconciliation is possible only at the price of truth. I may add this nuance: at a given moment, a society is only able to receive a small dose of truth, and for this dose of truth tolerable by public opinion to grow, it takes a long democratic preparation . And in my opinion, the most important thing to note at the moment is that things are not reassuring in Turkey. I regret to say that the massive imprisonment of parliamentarians, journalists, for offense of opinion, are serious. This, in my opinion, should be the focus of attention and vigilance of those who want reconciliation.

Ariane Bonzon: Thank you for this presentation and in particular for showing the geographical and historical specificity of Armenia which allows us to better understand the difficulties of reconciliation. We see how far the roots of the problem are. You say that the people are sometimes ready to hear a small dose of truth and that they need a long democratic preparation.

Michel Marian, you would be at the beginning of this long democratic preparation since you have decided, despite the fact that the historical facts have not been officially acknowledged, to reach out and start the dialogue with the Turks.

 

Michel Marian: Yes, I can perhaps try to describe the stages of this choice and the situation as I see it today. A word before the question itself. Of course, all the objective elements, or almost, seem to suggest that it will be very long, but we also know that in this kind of problem there can be accelerations. Backtracking and accelerations very abrupt.

I may be explaining the prehistory of my choice, trying to go fast. I belong to a generation of Armenians, the 3rd (who does not distinguish from the 2nd in the room) who became aware of the need to act in the 70s. We know both that there had an awakening that came from the 60s, and which clearly showed a double injustice. The first is that this extremely serious phenomenon, out of all proportion to other mass crimes, has disappeared from the consciousness of public opinion, and particularly in the countries in which we live. Armenian history did not exist anywhere, neither in our manuals nor in the common references. The second injustice is that from the moment this claim to recognition of the genocide was raised in international fora, Turkey has developed a series of pressure, a counter-argument to deny this genocide. I insist on this double injustice because it drew the frame, and the constraint of what it was to fight for the Armenian cause at that time.

I fought in the sense that I made collective actions, lobbying, with international bodies. Some of them were real successes because, for example, we worked in such a way that the European Parliament in 1987 made a resolution that, for the first time, made a genocide recognition perspective. Collective actions, but also individual texts to disassemble the Turkish arguments. This work lasted until 2001, until a kind of crowning of these actions by the vote of public recognition of the Armenian genocide by the French parliament. It was both very satisfying and at the same time, to me, it was the end of something. This showed a first injustice that was lifted. We can continue, of course, to criticize the President of the United States for not having uttered the word genocide but now, everyone knows, in Western public knowledge, that this genocide took place. It is even present for fifteen years in the history textbooks. We can say that this first aspect that could drive us crazy, this suffering that it does not exist in the countries where we lived, has disappeared.

 

Now, Turkey remains. But in those years, one could ask whether recognition by Turkey would be the automatic consequence of recognition by all the world’s largest countries. And probably that was not the case. This is the reflection I made after a few years. I told myself that we had to find another way. Obviously, there was a disconnect between the relative speed at which this reintegration of the history of the Armenian Genocide was made into the body of values ​​and hierarchical facts and the resistance of Turkey. I started to look at these new dialogue issues. At the time, it was quite « hot » because the few Armenians who entered dialogue mechanisms were immediately suspected and accused of playing the game of political communication with the Turkish government. The latter, he tried to install (sometimes hastily) speakers for dialogue, especially to prevent France, the United States and many others recognize the genocide.

So I told myself that we had to set conditions for this dialogue to make sense, and I wrote an article in 2007 to define these conditions. It seemed to me that there were two conditions. The first was that the people with whom we spoke recognized the break that spoke Jean-Pierre Mahe. Recognize that the genocide is a kind of black hole, a phenomenon both incredible and unique, which is not part of a chain of slaughter and counter-slaughter, recognize the absolute specificity of this crime. In this case, what happened in 1915. The second was that people recognize that there was a form of moral responsibility in their country that needed to be formulated. I did not formulate a third condition, I did not ask them to be people who pronounce the word « genocide » as a prerequisite for any sincere and genuine dialogue.

I think these conditions have been gradually filled by more and more Turks. There was this petition, in the name of which 30,000 Turkish signatories apologized to their « Armenian brothers » not only for what was called « The great catastrophe », but also for the lie that perpetuated this disaster. This lie was a different offense, but an offense to take into account.

From that moment, with one of the intellectuals who initiated this petition and thanks to the idea of ​​Ariane Bonzon to whom I pay homage, I was able to make a dialogue around this issue to try to both to bring our historical visions closer together and to find the words allowing Turkish society to move forward. I think that at the time there was a certain echo because the context was buoyant.

Recall the points that Ariane has cited, points favorable to reconciliation:

Awareness of a common interest:

Note that on the side of the diaspora it is not obvious that there is a common interest with Turkey. But the existence and isolation of the Armenian state means that there will always be an ambivalence with Turkey, because it is both the threatening neighbor and the gateway to Europe. At the time, the common interest began to be perceived.

Charismatic characters:

Hrant Dink, Turkish Armenian journalist, who advocated another approach to the work of memory, which is more in the fraternity, reciprocity. He was murdered by a Turkish nationalist. But this assassination was echoed by a very large part of the Turkish population, with a demonstration of 100,000 people shouting « We are all Armenians ». This could obviously have helped to change the image of Turkish society in the eyes of Armenians, and even here of the diaspora.

International pressure: We need it and there was always at that time.

Religion: This is obviously the most difficult because there is a line of religious divide between Armenian Christians and Turkish Muslims. But this is also the time when, through a book by Fetieh Cheti? and a certain number of discussions, it was realized that a certain number of Armenians, and especially Armenians and children had been saved in exchange for an Islamization that had lasted for three generations. Yet many of them had kept the awareness of their Armenian origins or found it.

All these elements were therefore carriers.

In a fragile process like this, the context can suddenly change. He changed. There was what would appear to be a state of institutionalization, a form of hang-up in which the question of genocide could be accepted by Turkey. There have been these protocols between the two states, which have been suspended by Turkey on the condition of reconciliation on Karabar, a subject not directly related to the Turkish Armenian problem. As a result, all the conditions have hardened again and the diaspora, especially in France, has revived the issue of the law of criminalization.

Personally, I am reserved and even opposed to this type of law for philosophical reasons. For me, there is a foundation for the argument that this law is liberticide. But I think that there is moreover an inconsistency compared to the fight of the Armenians, that is to say a fight for a moral recognition. This moral recognition presupposes forms of reciprocity in procedures and principles, even in the most complete inequality of responsibilities. If we think that freedom of expression is enough for historical truth to prevail, as was the case in France, in the United States, there is no reason why it should not be the same thing in Turkey. There is therefore no reason to forbid opinions, even if these opinions are the translation of state ideology. That’s the first reason. The second reason, less strong but still important, would be that this law seems untimely to me at a time when the Turkish society is moving. We have seen that there has been no threat or prosecution in Turkey against the few people who have come out in favor of this French penalization law. These people, Baskin Oran, to quote the best known, but also others, continued to be able to express themselves in the media, which, on the contrary, shows that something irreversible has happened in the society. Turkish, which is on the side of pluralism. Admittedly, an unequal pluralism, since the state retains its position of lobbying, of pressure, whenever the word « genocide » is pronounced in international fora. But, despite everything, it is wrong to say that it is the same as in the 80s / 90s. There is no longer a doctrine of state, there is systematically a form of questioning of this truth of genocide yet internationally established. It’s not quite the same thing, and I think we need to be aware of this difference to find a way.

Ariane Bonzon: Before giving way to the room, I wanted to know if Sedef Ecer, writer of the play, or Serra Yilmaz, actress who participates in the association of (name) would like to say a few words about this evolution within the Turkish society. Serra, have you seen things move in a positive way?

Serra Yilmaz: I think we’ve all seen things move. When we are motivated, and we are interested in this subject, we can all be aware of it. Since, unfortunately, when we lost …, it was a very big mobilization at the level of Turkish opinion. Many things that were taboo are no longer taboo. Just look at the participation in the silent setting of April 24 in Taksim Square: a handful of people last year, but this year three times more. Going to do this setting is still showing determinism in what we live, which is not necessarily easy. I believe that in Europe, where we have not risked things in everyday life, it is difficult to imagine what this can mean for a Turk to commit to assert truth of the genocide. Today, going to sit on Taksim Square with pictures of Armenian figures arrested and brought to this building that has now become the Museum of Islamic Arts is an extremely courageous act. As has been said, there are 96 journalists in prison today, not to mention parliamentarians and others. It is, therefore, a struggle that is engaged. Myself, for example, I am not one of the first to have signed the petition but one of the last. Because I thought it was up to the Turkish state to ask for forgiveness first and foremost.

Ariane Bonzon: Remember what this petition was.

Serra Yilmaz: This petition from Turkish intellectuals to Armenians was a form of request for forgiveness. Personally I was born in 1954, and I inherited, as in the room, from this situation. And I felt that first and foremost it’s a state that needs to address these issues. Just when we were discussing this between us, an incredible phenomenon occurred. A member of the CHP party (Social Democrats increasingly socialist nationalists in my opinion), had an allegation coming from the President of the Republic, originally from …, (50: 22) place of Armenian residence, saying it would be himself of Armenian origin. What the president has never really pronounced. This event put me so much out of me that I exceeded this personal reserve, and I signed the petition. I agree with Michel Marian, because I find that this kind of law is totally contradictory to what we defend. She is playing dirty politics. Nevertheless, I admit that I understand the fact that all my Armenian friends have supported this law, even if for me it is wrong. Because I noticed the little psychological relief that awakened them. As a Turk, this is a way for me to see how deep the scar is. It can even blind our reasonable side, which would be to fight for fairer policies at that level.

What can add, seeing your reactions, is that the French politician who voted this law will continue his acrobatics to go to negotiate from behind with Turkey. Negotiate helicopters, or weapons, that will fall on the heads of Kurds for example.

 

Yves Ternon: I’m sorry, I really wonder what I’m doing here because I completely disagree with what Michel Marian and Serra Yilmaz said. About the law of criminalization of the denial of the Armenian genocide. I do not think you live what the Armenian community lives. Holocaust denial is the continuation of genocide by other means. It is the way in which one « kills the memory », as had said … (53: 17). The penalization law of the denial of the Armenian genocide is in line with the Gayssot law for the negation of the Holocaust. It is a necessity to protect this memory and to avoid the unbearable manifestations that are taking place on the French territory at the moment, and the violence towards the various Armenian communities. This is the importance of this law: to slow down this expansion a little.

I would also like to add that people whose Armenian origin reappears today have not only been Islamized people but also women and children abducted and raped, and later, provided they are Islamized, integrated into homes. Turkish? This is the consequence of kidnapping, kidnapping. We must really dive into what has been the reality of this genocide, the horror of deportation, camps. Especially the period 1916, where the survivors walk along the dying Euphrates, to be after murdered in Teresor? Tens of thousands of testimonies and documents tell the story of this genocide. As long as the truth is not established, that the Turkish government, through the media and its interventions in France, will continue to say that they are inventions, allegations and no reconciliation is possible. They maintain hatred. (You spoke earlier about Hrant Ding, but his son is in prison today, as far as I know, no, that of …) The mass arrests in October were quite disturbing, the persecutions against the Kurdish community are massive right now in Turkey. That there are demonstrations in favor of democracy there at the moment, I admit, but really, the government insists on spreading hatred, do not turn away the words. And that’s why we are trying hard to get a hold on this hatred, with this law criminalizing the denial of genocide.

Audience: I would like you to be very clear about why the Turkish government is bent on denying the Armenian Genocide. What are the stakes of this negation?

 

Yves Ternon: The very cause of the Armenian genocide, as explained by Jean-Pierre Mahé, is that it was necessary to evacuate the Armenians in eastern Anatolia to truly ensure the border between Anatolia and the neighboring countries. And above all, keep a Turkish unity, which was considered the heart of young-Turkish political thought. It is therefore for political reasons: with the aim that at the end of the war, when Armenians would ask, by a revolutionary law, not even independence but autonomy, they never acquire it (to check) . This is the major cause of the genocide. Once the Turkish revolution culminated in the creation of the Republic of Turkey, there was a first imperative, that Mustafa Kemal declared upon his arrival in 1919 in Anatolia: one will not give an inch of Turkey. The establishment of this border is therefore irreversible and the Armenians have understood it so well that no one is asking for land … Except some, and Turkey is afraid for its territory. That’s the first point.

The second point is that most of the founders of the Turkish Republic, Mustafa Quemal aside, were secretaries responsible for planning the Armenian Genocide.

The third, and perhaps most important, point is that the imaginary history of Turkey, written in the 1930s, made the Turk a special character in the history of humanity: someone worthy, pure, honorable. It was therefore unthinkable that the Turks had committed horrors in their past.

We, in France, made quite a few mistakes, from the Qatari war to the Algerian war, but we recognized them. But it is in the argument of the Turkish government, to be able to say that theirs have committed this horror that is a genocide. This is why Turkey is stubborn in this denial that undermines its credibility in the eyes of the Nations.

 

Ariane Bonzon: Bruno, you worked in Turkey. Have you addressed this issue of genocide and how was it treated?

Bruno Freyssinet: When we started this project we spent a week in Istanbul during which we met with Turkish intellectuals, especially the main signatories of the request for forgiveness. Including Amhet Insel, with whom, Michel Marian, you made this dialogue on the Armenian taboo. And it is true that at that moment we saw how much there was a willingness on their part to speak about this subject there, will coupled with a reserve and a worry about the question of how far he could address this question. Notably the word « genocide that is so complicated to pronounce.

Moreover we were very surprised when we did a workshop with about fifty young Istanbulans who had come very willingly for a weekend. Very surprised on the contrary by the freedom of tone and the speed with which the word « genocide » was used in our theatrical improvisations. We discovered a group of young people who did not know each other at the beginning, volunteers coming from all kinds of different establishments and who were there with a great desire to break the abscess, through the game and the fiction. We spent two days of great excitement because there was an impression of great acceleration brought by these young people from 17 to 25 years to be able to release the word. It has been a wonderful place for us.

The moment of surprise was the final restitution. We had a theater in the private university Istanbul … which has a lot of means and a great openness to all progressive vocations, to advance the dialogue in Turkey. During this final presentation, we were very surprised that the young participants of the workshop did not invite anyone.

It has been a kind of return trip for us. At one time we saw them in a great freedom in the context of the workshop, and finally, they were not yet at the stage where they could claim this freedom in front of their friends, their parents …

We ended up with fifty young people, but fewer guests. It was, in a way, a return of reality. I came out of this experience with the conviction that there was a lot of room for dialogue but also a question of space for this dialogue: the public space was still really difficult.

To clarify this, we have benefited from the support of a large foundation in Turkey, … culture, very active in terms of dialogue, especially with the Kurdish community. As you know, the Armenian question is foundational in Turkish history, but Kurdish history is more present and even more topical. This association organizes a lot of exchange, it is very active in terms of youth. She organized with us the recruitment of young people to participate in the workshop, and very quickly, they realized that it was not possible to go through official channels. When they sent the ad to the institutions, there was a reluctance to post the ad. Finally, recruitment was done through word-of-mouth networks. Theater speakers in high schools were talking about the project, but the information was not really written down. By means of mails, of candidatures, we had a great participation but at the time of the publicity of that, we met a reluctance.

Ariane Bonzon: Recruitment under the mantle in a certain way. And the play happened, or will it happen in Turkey? Because indeed, it is really didactic, it pronounces the word « genocide ».

Bruno Freyssinet: Today no, we have no representations planned in Turkey.

Ariane Bonzon: Because it blocks? Because officials have seen the show and must give their permission?

Bruno Freyssinet: No, I really do not think that’s it. Simply the conditions are not met, and honestly I can not explain to you clearly why. When the project was based on partnership with organizations in each country, there was a genuine desire on the German side and on the Armenian side to set up the project. As much on the side of the Turkish partners, there was the same desire to participate in this project, but for the moment, the notion of final representation is not done. But again, it’s hard to attribute it to censorship. It’s not that easy. The fact that a traveling show is not simply a censorship is the story of many parameters, financial, realistic. I still think it’s possible, but today the conditions are not there. Maybe on Monday, the French political situation could reopen doors. We do not know, and today I do not have any answers to give you on that, but I’m hopeful we can go one way or another. Maybe only six months from now, but I hope that the experience we have today will make a theater or organization in Turkey want to say, « Come on! « .

 

Audience: In which language did you do your workshops?

Bruno Freyssinet: We had speakers of Turkish, Armenian, and German origin so the workshops could be done in all four languages. And we met a lot of young people in Turkey who could speak a little bit of French or English. But many theatrical improvisations have also been made in Turkish. We had interpreters with us who were translating as we went along. We drank whey because we heard a freedom of tone and fantasy. I am thinking in particular of an improvisation that has created three generations. Grandchildren, parents, grandparents were represented, all these characters played by children of course. And we saw children turning to fictitious grandparents and asked, « What happened? We know something has happened. At school, in the street they told me about it. I read a book that talked about it. Grandpa, tell me what happened? « . The children were delighted with the leaks not to talk, the internal conflicts of the parents in the middle who said to themselves: « Should I prevent my child from speaking or take this opportunity to let them ask what I myself have not dared? « .

These things were extremely lively and present in the improvisations. For us, it was very pleasant. Afterwards, we noticed the presence of the word « genocide » in private, and its disappearance in public.

Things have also happened in Germany with second-generation Turkish youth and others of Armenian origins, since this community is very present in Berlin. And there were those communities that met in these workshops and delivered very beautiful things.

But it is true that in Turkey, there is really a fever of expression … accompanied by a fear.

I would like to ask the question to Selin Altiparmak, comedian of the show who comes from Turkey but who lives in France for a few years. There are things that work, obviously, that do not go without a form of worry.

Audience: I would like to both confirm and expand what you just said. It turns out that I myself have been engaged for decades in Franco-German reconciliation, I work at the OFAJ in particular and we have been able to set up franco-German-Turkish exchange programs since the beginning of the 90s. I myself went to Ankara at that time for a meeting with the Minister of Turkish Youth. Meeting that did not succeed for a reason that does not quite fit in with what you said. I had the feeling that one of the fundamental stakes was the emergence of a real civil society in Turkey, which is able to emancipate itself from this weight of the State that plays at all levels. These are things I felt when there was no mention of the Armenian genocide at all. We have seen the same things you describe. Turkish parliamentarians, who in Germany and France had complete freedom of expression and initiative and who, on the spot, in Turkey, were almost unrecognizable. I will not really speak of political fear but we felt that they were caught, more simply, by the weight of the institutions in which they were inserted.

Secondly, what you mentioned, the role that Turkish immigration can play in other countries. We are facing extremely rich situations but also very complex. I am thinking of Germany in particular, because we are at a greater distance from the Turkish state. You mention the case of the Kurds, and their role in the genocide. This is a question I would like to ask historians because I find it very interesting.

I lived in Cologne absolutely amazing situations. Some Kurds today have realized the very important role that the Kurds played in the massacres: they were indeed at the forefront of the slaughterers. Today, they embarked on an introspection of their current situation vis-à-vis the Turks, and in a reflection on the legitimacy of their claims to the Turks today given their own past with respect to Armenians. So there is, in my opinion, a whole series of usable situations.

And last point, which goes in the direction of what you did in your workshops, it is the whole question of the use of reconciliation tools, especially as we could forge them in a French context. German. Not in the case of automatic transposition that never works, but in the sense that these tools have a universal value, in terms of intercultural learning, discovery of the other etc. It would be a vast subject that I simply wanted to raise.

All this to say that your experience interests me passionately, it is part of a whole context, and it is rich in development.

Yves Ternon: I can answer on the problem of Armenian Kurdish reconciliation. The truths were stated on both sides between Armenians and Kurds at the end of the First World War. As you know, the Kurds were slaughtered in Turkey in 1927. The fact that there was an Armenian diaspora and hardly any Kurdish diaspora encouraged the Kurds to talk to the Armenians. The most powerful and upsetting moment was in April 1984, when the Sorbonne held a People’s Court on the Armenian genocide. Yilmaz Güney, the great Kurdish filmmaker, stood up. He was very tired, it was a few months before his death. And he said, « I apologize to the Armenians for what the Kurds have done to them. »

You see, it’s so simple reconciliation. It’s childish when the truth gushes out. The Kurds know perfectly well under what conditions they were brought to massacre the Armenians. Particularly in the province of XX, there are very specific details of how young Turkish deputies have been to see Kurdish communities to explain to them the interest of participating in the curia. It must also be added that in the Dersim region some of the Kurds saved Armenians and that, on top of that, the only real mass rescue of Armenians was the one that took place by Kurds … in the mountains of … All these events allow to target exactly Armenian / Kurdish relations during the genocide. Everything is clear, from the moment everything is said. You’re absolutely right to talk about it, it’s a shining example of reconciliation. Rather than complicating matters by saying that it did not happen, that the circumstances must be reviewed, that the situation must be examined by historians’ commissions, it would be so simple to say, yes, we know what has been recognized, we will work on it. And at this moment, as in Germany today, we would have new elements on the events constituting the genocide. The best work on the Holocaust is done by German historians who have access to often local documents, giving singular visions that we did not have completely. This recognition is therefore a prerequisite, and then reconciliation flows naturally. If this movement that seems to be emerging in Turkey in civil society continues, yes. But the lock, sometimes the verbal delirium of the Turkish government is absolutely wrong. It is in this conflict that the problem of reconciliation can be solved.

Michel Marian: I think that the diaspora question is extremely important and we observe very different situations. In a country like Germany, the political authorities in the Turkish diaspora are in agreement with a humanist line. The example is Ozdemir, the co-chair of the Green Party, who signed the petition we talked about earlier and who recently reminded the Turkish government that it would be good to recognize the genocide. Conversely, in a country like Belgium, one can make a career inside a Belgian political party by seeking the support of the Turkish community on theses of genocide denials!

We therefore have extremely varied situations. For example, for the Armenians of France, it is important to take into account the growing Turkish community, and to succeed in finding the words with respect to it.

Audience: It seems to me that what has been one of the stakes of reconciliation after the Holocaust is the absence of territorial stakes. And the other is that, to my knowledge, there has been no defeat of the Ottoman Empire. A victorious people writes their history and in the face of that, I feel that it is very difficult to do anything.

Jean-Pierre Mahé: Excuse me, maybe this is a little discussed, Turkey has been forced to sign the armistice of Moudros, which is not something victorious. And the first conditions that the allies put to Turkey were very hard. And despite Mustafa Quemal’s recovery and strong reaction, it is certain that the Ottoman Empire itself was totally dismantled. To say that there is a very different position between Turkey and Germany seems to me exaggerated. In debates, I have sometimes heard some opponents of the recognition of genocide say that genocide is the version of the victors: « We were beaten at that time, and you, you claim to impose your version.  » I do not know what you think about it…

 

Yves Ternon: I will be more in agreement with Sir, because firstly the armistice of Moudros was signed by the English, without the knowledge of France. On the other hand, it allows the Turkish army to keep its weapons in Anatolia. As a result, the resistance movement opposing the allies occupying Constantinople immediately developed from May 1919, when they found themselves a leader in the period of Mustafa Quemal. So from 1919 to 1923, Turkish nationalism is reinstated, with a more limited vision: that of turquism, and no pan-Turkism. Because first, it was necessary to survive, to survive and that arrived a leader of an exceptional political quality, Mustafa Quemal. Turkish nationalism thus varied from that of the young Turks, but it survived. And to a certain extent, the genocide of the Armenians has partly succeeded, since it has achieved the result sought by the assassins: the preservation of a territory inhabited by Armenians.

Audience: I would just like to react very quickly to what you said, Mr Ternon, in relation to France. I think it’s very clear that Turkey has to go a certain distance from its official national history. But even if France has already done a lot, I am not sure that we did everything, especially concerning the Algerian war and their common past that you could mention. It was a personal reaction, but I had to say it.

Yves Ternon: I would like to answer you anyway. When there was the vote in the Senate, Erdogan said: France has made a genocide in Algeria, France invented ovens to burn Algerians. The Algerian government has responded very well by saying, « It is not up to you to take care of our history. » We, we now know what has been done in Algeria, especially those who, like me, defended its Independence. This truth is more and more often evoked, known, and this History is really well written now. We know the horrors that have been done, we must now recognize them. On both sides, but first by the French.

 

Ariane Bonzon: If I can add something on this issue Benjamin Stora who works a lot on this issue, has set up a reconciliation commission between France and Algeria on the model of that which takes place in South Africa. So maybe it’s also an idea to dig.

Audience: I wanted to talk for a long time, but all these questions are complicated for me, they awaken in me many things. I will try to be fair, to say the essentials in relation to a psychology of a descendant, since I am a descendant of Armenians. I also made a very special path to dialogue. Personally of course since we are only people. I say that because all that is History and Politics, on which I have looked a lot, I think to the Armenians in particular and also to the Tricks who are very aware of things, all that gives a little vertigo. Just a little thing on the historical map Mr. Ternon, on which you have an authority. We do not talk much about the responsibility of states that were at war (France, England and Germany) on oblivion. And this despite the warnings of people who were aware, in Anatolia, who saw what was happening. Nobody reacted. They were at war, they finally had a lot of other things to do. But after, it was the same. On the one hand, there was some international support, including from our countries that welcomed the Diaspora on this genocide. These were obviously political reasons, as they are political reasons that today, brings to its laws the penalization of Holocaust denial.

I lived it like that. I wanted her to pass this law, because shit, it’s not possible … And at the same time, engaged in the dialogue with my Turkish friends I told myself: it will spoil everything! Because civil society needs to move. We must not create conditions that block the dialogue between the Armenians and the Turks and that there is in Turkey, even more bastards that are said … Excuse me, I speak with the heart. So at the same time, I was happy when she passed, and relieved when she was rejected. It’s crazy ! We become schizophrenic.

We always talk about where we are and that’s fine. Historians like you, Mr. Ternon, Mr. Mahé (and moreover, thank you for telling us things) are above all human beings, but they talk about where they are, in their place as historians. We, when simply, personally or even in our functions, we try to dialogue, we also talk about where we are. We see what happens. I was in Taksim Square, Istanbul, a week ago. The first time, when I went to Turkey on April 24th, I had returned like a pancake. I thought, the recognition is here! We feel it, it is palpable. It was a young Kurd, at one point, wearing the veil, who got up and made a speech: it was of an extraordinary dignity and above all one felt worn, completely. Recognition and dialogue are on the way.

Bruno Freyssinet: I think that’s a nice conclusion …

 

 

 

 

 

 

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