Sofia Yablonska: Dialogue of Time
Showcase at Maison des Réfugiés (House of Refugees, Paris City Cultural Center), France, Sept. 2026
Sofia Yablonska, Dialogue of Time (le dialogue des époques)
Un spectacle documentaire soutenu par ZMINA:Resilience
Produit par La Transplanisphère (France)
En collaboration avec la Fondation Sofia Yablonska (Ukraine)
Olena Morentsova — texte (basé sur l’œuvre de Sofia Yablonska)
Anastasiia Kholina — interprétation
Bruno Freyssinet — mise en scène
Sofia Yablonska, Passage du temps est un spectacle documentaire qui fait dialoguer le parcours de Sofia Yablonska dans les années 1930 avec les questions d’exil, de liberté et d’appartenance qui traversent les expériences des femmes ukrainiennes d’aujourd’hui.
Écrivaine, photographe et cinéaste, Sofia Yablonska (1907-1971) a parcouru le monde, observant les sociétés qu’elle rencontrait et racontant ses voyages dans une langue qui mêle précision documentaire, imagination poétique et regard critique sur les rapports de pouvoir. Ses textes, photographies, films et correspondances constituent la matière d’une création théâtrale où mémoire filmée et présence vivante se répondent.
Le spectacle propose au public un double voyage : dans l’espace, à travers les cultures rencontrées par Sofia ; et dans le temps, à travers un dialogue entre les années 1930 et notre présent, revisité depuis l’Ukraine d’aujourd’hui et son rapport au monde.
Sofia Yablonska, Yunnan, Chine – 1934,
photo : Sofia Yablonska (avec la Sofia Yablonska Foundation)
Anastasiia Kholina interprète Sofia Yablonska, Thessalonique, Grèce – 2026
Partir, observer, se laisser transformer
Au cœur du spectacle se trouve une période charnière de la vie de Sofia : ses voyages dans les années 1930, du Maroc à la Chine, puis à Bali, en Nouvelle-Zélande et à Tahiti. Dans un contexte où les femmes étaient censées rester à la maison, elle part explorer le monde, non pour le conquérir, mais pour enrichir sa propre culture et transformer son regard.
Sofia cherche moins une réponse définitive qu’un chemin de vie fait de prises de risque, de rencontres et de remises en question constantes de ce que pourrait être un « paradis ». Du Maroc à Tahiti, elle interroge les promesses de bonheur associées à l’ailleurs : l’abondance, l’harmonie avec la nature, un rythme de vie plus lent, mais aussi les illusions touristiques et les fantasmes occidentaux.
Loin de proposer un modèle à imiter ou de donner des leçons sur la manière de suivre ses traces, elle partage avant tout une interrogation et une quête ouverte. Son parcours évoque, à certains égards, les errances d’Ulysse, mais il ne s’agit pas ici du voyage d’un héros conquérant : c’est celui d’une héroïne qui refuse de posséder le monde et préfère se laisser transformer par lui.
Ses livres n’édictent pas de règles : ils composent un journal de bord où l’observatrice s’engage dans sa relation au monde, accueille le doute et s’appuie sur chaque rencontre pour interroger sa propre culture d’origine, cette Ukraine qui l’a façonnée et à laquelle elle reste profondément attachée. Le spectacle prolonge cette démarche : plutôt que d’apporter des réponses, il invite les spectateurs à se demander ce que signifie s’exposer à l’altérité et laisser cette expérience redessiner leur rapport au monde et à leur propre chez-soi.
Un miroir sensible des exils contemporains
La pièce met en regard le parcours de Sofia et celui de nombreuses femmes ukrainiennes d’aujourd’hui, contraintes de quitter leur pays pour chercher refuge. Elle explore ce que signifie partir et maintenir, malgré la distance, un lien fort avec sa langue, ses récits et ses pratiques culturelles.
Ce rapprochement ne confond pas le voyage choisi et l’exil forcé. Il ouvre un dialogue entre des expériences différentes, autour de questions communes : comment habiter un autre pays ? Que gardons-nous de notre chez-soi ? Comment apprendre à vivre dans d’autres langues sans perdre la sienne ? Comment faire du déplacement une expérience qui transforme notre regard sur le monde et sur nous-mêmes ?
Alors que la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine conduit de nombreuses femmes et leurs enfants à s’installer durablement en Europe, le détour par une figure historique offre un autre éclairage sur les enjeux du départ, de l’appartenance et de la reconstruction. Sans en effacer les dimensions sociales et politiques, la pièce aborde ces questions dans un espace poétique et culturel.
Elle propose ainsi des représentations des femmes ukrainiennes qui ne se limitent pas à leur vulnérabilité : des femmes capables de créer, de penser, de transmettre, de faire vivre la mémoire et de contribuer à l’avenir de leur pays, même à distance.
Bali, 1932, photo de Sofia Yablonska (avec Sofia Yablonska Foundation)
Le spectacle : un dialogue entre deux époques
Deux figures féminines en miroir
La dramaturgie repose sur un dialogue étroit entre deux époques et deux figures féminines.
D’un côté, la Sofia des années 1930, telle qu’elle se révèle dans ses livres, ses lettres, ses articles et ses récits de voyage : une femme qui forge son esprit critique, affine sa sensibilité et prend pleinement conscience de la profondeur de ses racines ukrainiennes.
De l’autre, une figure contemporaine, incarnée par une comédienne ukrainienne aujourd’hui exilée en France, relie ces documents à la lumière des guerres, des déplacements et des luttes actuelles, en y projetant ses propres interrogations sur l’exil et la fidélité à sa culture d’origine.
Ce dialogue ne se réduit pas à un simple va-et-vient illustratif entre passé et présent. Le voyage apparaît comme un véritable rite de passage : il donne à Sofia sa voix d’autrice, façonne sa personnalité et structure son regard sur le monde. Il devient, en retour, un prisme à travers lequel envisager les trajectoires des femmes ukrainiennes d’aujourd’hui.
Anastasiia Kholina interprète Sofia Yablonska, Maison des Réfugiés, Paris – 2026
Une écriture faite de récits, d’images et de situations
Le spectacle s’appuie sur les récits de voyage, les articles et les lettres de Sofia, mais aussi — et peut-être surtout — sur ses images : des photographies et des films projetés dans l’espace. À travers ces documents, le public voit se déployer son regard sur les cultures qu’elle a rencontrées.
Le récit circule entre plusieurs registres :
– Le journal de bord, où l’héroïne raconte, donne des éléments de contexte et partage ses observations.
– Les moments introspectifs, où le récit se concentre sur l’expérience intime du voyage et ses effets sur la connaissance de soi.
– Les scènes dialoguées, inspirées des conversations que Sofia rapporte dans ses écrits.
– La mise en abyme, où Sofia se retrouve face à ses propres images, presque à la place des spectateurs, découvrant et commentant son œuvre projetée.
– La dimension épistolaire, qui révèle ses doutes sur sa légitimité, ses échanges avec ses proches et sa quête obstinée d’un « paradis sur terre ».
Il ne s’agit pas de proposer une conférence illustrée, mais une véritable création théâtrale, où les mots, les images et les interrogations de Sofia deviennent des situations dramatiques, des conflits et des monologues intimes.
Deux formats sont proposés : une version intégrale de 70 minutes et une version de 40 minutes destinée aux publics scolaires. Toutes deux conservent la structure du voyage initiatique, tout en adaptant le rythme et la densité des matériaux au contexte de représentation.






